Médailles

EXPO 67 – #125 – Printemps 2016

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1967, que de souvenirs! C’est l’année de l’Expo, le centenaire de la Confédération et la visite du général de Gaulle.

Avec le 22 juin 1960, les Québécois mettent fin à l’ère Duplessis et écrivent un nouveau chapitre de leur histoire, la Révolution tranquille. Le Québec se modernise et s’ouvre au monde. Le symbole par excellence de cette évolution est bien sûr l’Exposition universelle de Montréal, tenue en 1967.

Depuis 1851, divers pays organisent des expositions afin de souligner les progrès dans le développement des connaissances, de la science et des techniques. Ainsi, la première exposition dite universelle est présentée à Londres en 1851, suivie de Paris en 1855. Jusqu’en 1914, ces manifestations sont nombreuses : Paris en 1867, 1878, 1889, 1900, Londres en 1862, Lyon en 1872, Vienne en 1873, Philadelphie en 1876, Sydney (Australie) en 1879, Amsterdam en 1883, Anvers en 1885, Barcelone, Bruxelles et Copenhague en 1888, Chicago en 1893, Anvers en 1894, Bruxelles en 1897, Saint Louis en 1904, Liège en 1905, Milan en 1906, Bruxelles en 1910 et Gand en 1913.

Le Canada et le Québec sont présents à chacune de ces manifestations, sauf celle de Paris en 1889, soulignant le centenaire de la Révolution française, thème peu cher au cœur des Canadiens et Québécois de l’époque.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe se reconstruit. Une seule exposition universelle a eu lieu : Bruxelles en 1958.

Le maire Jean Drapeau, présente son dossier auprès du Bureau international des expositions et Montréal est désignée le 13 novembre 1962, pour l’organisation de l’exposition universelle de 1967 afin de souligner le centenaire de la Confédération canadienne et le 325e anniversaire de sa fondation.

Un vaste chantier s’amorce sur l’île Sainte-Hélène dont la superficie double tandis qu’une autre, l’île Notre-Dame, est construite de toutes pièces, pour une superficie totale de 600 hectares. 90 pavillons y sont érigés et 62 pays sont représentés. La ville de Montréal se transforme aussi. Le boulevard Métropolitain est construit en 1960 et le pont Champlain est ouvert à la circulation en 1962. Place Ville-Marie et la tour de la Bourse (aujourd’hui tour de la place Victoria) ont été érigées en 1962 et 1963, tandis que le métro entre en service en 1966. Le Pont-tunnel Louis-Hyppolite Lafontaine, l’autoroute Décarie et l’échangeur Turcot sont complétés moins d’un mois avant l’Expo.

Expo 67 est inaugurée le 28 avril 1967. Elle est placée sous le thème de « Terre des Hommes », titre du roman d’Antoine de Saint-Exupéry. Les meilleurs architectes sont mis à contribution dont Frei Otto (Allemagne de l’Ouest), Buckminster Fuller (États-Unis) et Walter Eykelenboom (Pays-Bas). La chanson thème, Un jour, un jour a été écrite, paroles et musique, par un jeune auteur-compositeur-interprète alors peu connu, Stéphane Venne. À sa fermeture le 27 octobre suivant, plus de 50 millions de visiteurs ont franchi les tourniquets.

De nombreux chefs d’État y sont aussi venus, notamment la reine Elizabeth II, le président Charles de Gaulle, le président américain Lyndon B. Johnson, l’empereur d’Éthiopie, Haïlé Sélassié, le roi de Thaïlande, le prince de Monaco, le prince Albert de Belgique. Le premier ministre du Québec, Daniel Johnson, ajoute aux fonctions de son jeune ministre d’État à l’éducation, Marcel Masse, la charge de ministre délégué à l’accueil des chefs d’État. Pendant l’été 1967, Montréal fut véritablement la capitale du monde.

Il est de tradition que chacune des expositions laisse un legs. En 1851, Londres a reçu le Crystal Palace et, en 1889, la tour Eiffel est devenue le symbole de Paris. Expo 67 nous donnera Habitat 67, un complexe immobilier, signé Moshe Safdie, le même architecte qui, vingt ans plus tard, sera l’auteur du Musée de la civilisation, à Québec.

La médaille officielle d’Expo 67 a un diamètre de 39 millimètres et a été frappée en or, en argent, en nickel et en bronze. L’avers représente l’Homme dans son univers tandis qu’il est entourée par la devise « Terre des hommes – Man and his word ». Le revers est illustré par une nébuleuse, accompagnée du logo de l’Expo. Tout autour est inscrit « Exposition universelle et internationale » et « Universal and international exhibition ».

Elle a été frappée par The Wellings Corporation Ltd., réputée maison de Toronto fondée en 1885, qui compte parmi ses réalisations, une série commémorative en 1963 sur la guerre de 1812, en 1968 sur les premiers ministres canadiens, en 1969, sur les missions Apollo XI et XII, en 1972, sur le centenaire de la Gendarmerie royale du Canada et enfin, de 1970 à 1975, une célèbre série sur l’histoire du Canada.

De nombreuses autres médailles ont aussi été frappées, dont une collection de jetons représentant les pavillons du Canada, du Québec, de l’Ontario et des États-Unis.

Denis Racine, AIG

LA CRÉATION DE LA FAO EN 1945 – #124 – Hiver 2016

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Nous sommes à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les Alliés doivent imaginer le monde au lendemain de la défaite nazie. Le 1er janvier 1942, les Américains, les Anglais, les Soviétiques et les Chinois, alors en guerre contre les puissances de l’Axe, élaborent la Déclaration des Nations unies, qui s’inspire des principes de la Charte de l’Atlantique d’août 1941. Le lendemain, 22 pays adhèrent à la Charte. En 1945, les délégués de 45 pays se réunissent à San Francisco et signent la Charte des Nations unies, le 26 juin 1945. L’ONU est créée le 24 octobre 1945 et remplace la Société des nations.

Dans les années 1940, Québec a été un rendez-vous international pour d’importantes réunions stratégiques. Deux de ces conférences ont eu lieu à Québec en 1943 et en 1944. Puis, en juin 1945, la Conférence de l’Organisation internationale du travail (OIT) s’y réunit.

En mai 1943, une conférence internationale sur l’alimentation et l’agriculture, réunie à Hot Spring (Virginie), constatait à la fois le faible état des réserves alimentaires mondiales et les graves pénuries dans plusieurs pays, alors que la science et les techniques d’agronomie s’amélioraient sans cesse. Une nouvelle conférence se réunit donc au Château Frontenac le 16 octobre 1945 avec 600 délégués représentant 32 pays, qui donne lieu à la fondation de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Une plaque commémorative a été apposée par la suite sur le mur extérieur de l’hôtel, près de l’entrée principale.

Il n’en fallait pas plus pour donner l’idée au maire de l’époque, Lucien Borne, de proposer la construction du Palais des Nations unies sur les plaines d’Abraham. Des plans sont préparés par les architectes Adrien Dufresne et Édouard Fiset. Mais rapidement, il devra déchanter une première fois lorsque New York sera choisie comme siège de l’ONU, en décembre 1946. Puis, dans la foulée de la fondation de la FAO, Borne souhaite que celle-ci désigne Québec pour y établir ses bureaux. Après quatre ans de tractations, ce sera la ville de Rome (Italie) qui sera choisie. Québec devra attendre quelques dizaines d’années avant d’avoir un bureau de l’Unesco tandis que Montréal aura la main plus heureuse avec le siège de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) dès sa création, en 1947.

On rattache à la nouvelle Organisation des Nations unies, la Cour internationale de justice, dont le siège est à La Haye (Pays Bas), mais on désire aussi ajouter des organismes spécialisés. C’est ainsi qu’est fondée la FAO, puis l’Unesco la même année et l’Organisation mondiale de la santé en 1948.

Aujourd’hui, la FAO compte 197 membres. Sa devise est Fiat panis (qu’il y ait du pain pour tous). Elle a pour mission de contribuer à éradiquer la faim, l’insécurité alimentaire et la malnutrition, à éliminer la pauvreté, à favoriser le progrès social et économique pour tous, à gérer et à utiliser de manière durable les ressources naturelles, y compris la terre, l’eau, le climat et les ressources génétiques au profit des générations présentes et futures.

En novembre 1979, les pays membres de la FAO instituent la Journée mondiale de l’alimentation dont la date est celle de sa fondation, le 16 octobre.

En 1970, à l’occasion du 25e anniversaire de la création de la FAO, une médaille en or, en argent et en bronze fut émise. Elle est d’un diamètre de 72 millimètres, bombée vers le centre. La médaille en argent a un poids de 264,8 grammes. Une plus petite médaille d’un diamètre de 35 mm fut aussi frappée.

L’avers présente un épi de blé sur sa bordure droite et un épi d’avoine cultivée (avena sativa) au centre sur un fond de carte du Québec. En bas, la devise indique 1945 – 16 octobre – 1970 au-dessus de la mention Québec.

Le revers représente un globe terrestre muni de ses latitudes et de ses longitudes où on peut voir une gerbe de blé dans chacune des cases et une autre gerbe plus grande au centre. Près de la bordure supérieure est inscrit Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et en bas, l’acronyme FAO.

La médaille a été réalisée par Sylvain Bret. Né en 1937, il est diplômé de l’École Boulle à Paris. Il a réalisé notamment les médailles des pompiers de Monceaux-les-Mines, du ministère de l’Agriculture et des Pêches, de Nicolas Léonard et Sadi Carnot en 1985, de la France à la semeuse et l’avers d’une pièce commémorative de 100 francs en vue de la Coupe du monde de football de 1998.

En 1995, l’Italie émet des pièces commémoratives de 100 et 500 lires pour commémorer le 50e anniversaire de la FAO tandis que plusieurs autres pays (Vatican, Espagne) ont aussi frappé des pièces présentant les symboles de la FAO.

Le 10 octobre 1995, la Ville de Québec a inauguré la place de la FAO à l’intersection des rues Saint-Paul et Saint-Pierre. Le concept de la place publique a été élaboré par l’architecte paysagiste André Plante. L’œuvre d’art, intitulé La Vivrière, est signée par Carmelo Arnoldin, Richard Purdy et François Hébert. On peut lire sur la plaque apposée près du monument : « La Vivrière poursuit l’évocation du thème en faisant naître du sol un témoin imaginaire de l’histoire portuaire de Québec : une figure de proue portant dans ses bras des produits alimentaires venant de tous les continents, symbole de la générosité, de l’abondance et de la fécondité de la terre. »

DENIS RACINE AIG

 

LA PREMIÈRE FAMILLE EUROPÉENNE AU QUÉBEC : LOUIS HÉBERT ET MARIE ROLLET – #123 – Automne 2015

R3.2_web1917, nous sommes en pleine guerre. Les soldats canadiens se font massacrer dans les tranchées françaises. C’est dire qu’au pays, le cœur n’est pas à la fête. Et pourtant, il y a des anniversaires importants : le cinquantenaire de la Confédération canadienne, le 275e anniversaire de la fondation de Montréal et le 300e anniversaire de l’arrivée de la première famille européenne à Québec. Louis Hébert est né à Paris, en 1575. Adulte, il exerce comme son défunt son père, le métier d’apothicaire-épicier au Mortier d’Or sur l’île de la Cité. Il épouse Marie Rollet en juillet 1602 et un premier enfant, Anne, naît l’année suivante.

Atteignant bientôt l’âge de 30 ans, il se passionne pour le Nouveau Monde où, croit-il, les opportunités pour une vie meilleure sont plus grandes qu’en France.

Il s’embarque en 1606 pour joindre l’expédition de Pierre Du Gua de Monts pour un séjour en Acadie avec Jean de Poutrincourt, son cousin par alliance. Il navigue et explore en compagnie de Samuel de Champlain et parfait ses connaissances sur les plantes avec ses contacts avec les Amérindiens. Il rentre en France en 1607 lorsque les titres de concession de Pierre Du Gua de Monts sont annulés. Il y retourne en 1610, mais il est fait prisonnier avec ses compagnons par les Anglais à l’île des Monts-Déserts à l’été 1613. L’établissement de Port-Royal sera détruit peu de temps après. Il est ramené en France.

En 1616, Champlain, de passage à Paris, le convainc de revenir s’établir à Québec avec femme et enfants. C’est ainsi que Louis quitte Paris avec Marie et leurs trois enfants pour rejoindre Honfleur et s’embarquer pour Québec, le 11 mars 1617.

R3.1_webLorsqu’ils débarquent à Québec, ils deviennent la première famille européenne à s’établir en Nouvelle-France. Louis laboure et cultive la terre. De plus, ses talents d’apothicaire aident à la guérison de nombreux colons malades et affamés.

Rapidement, Louis et son épouse jouent un rôle important dans la nouvelle ville. Ainsi, le mariage en 1617 de sa fille Anne avec Étienne Jonquet est le premier à être célébré à Québec. En 1620, Champlain le nomme procureur du roi et il reçoit confirmation de ses titres de propriété en 1623 pour une concession de terre au Sault-au-Matelot. Cette concession est ratifiée en 1626 et ses terres sont agrandies.

Il décède à la suite d’une chute sur la glace et il est inhumé le 25 janvier 1627 dans le cimetière des Récollets. En 1678, ses restes sont transférés dans le caveau de la chapelle des Récollets, nouvellement construite, avec ceux du frère Pacifique Duplessis.

Son épouse se remarie en 1629 avec un nouvel arrivant dans la colonie, Guillaume Hubou.

Marie Rollet et sa famille demeurent à Québec lors de l’épisode de l’occupation anglaise des frères Kirke, de 1629 à 1633.

Ses enfants, Anne et Guillaume, qui avait épousé Hélène Des Portes, décèdent rapidement, elle en 1619 lors de son premier accouchement et lui, en 1639. Son autre fille, Guillemette, a épousé Guillaume Couillard de Lespinay, et engendrera une nombreuse descendance incluant l’actuel premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

Marie Rollet meurt à Québec le 27 mai 1649.

Louis Hébert et Marie Rollet comptent parmi les fondateurs du Québec. On lui a attribué le titre de premier colon canadien. Quant à elle, son travail d’éducatrice mérite d’être souligné.

Louis Hébert a continué de s’intéresser aux plantes et a envoyé plusieurs échantillons en France.  À ce titre, son œuvre de découverte est importante.

Ce sont les belles figures de Louis Hébert et de Marie Rollet que les habitants de la ville de Québec désirent célébrer en 1917, à l’occasion du tricentenaire de leur établissement. Un comité du monument est mis sur pied en 1914 sous l’égide de la Société Saint-Jean-Baptiste. La Ville de Québec entérine le choix du monument et souscrit une somme de 3 000 $ pour ce projet.

Alors que le monument devait être inauguré le 4 septembre 1917, l’atelier où est exécuté le piédestal en granit de Stanstead est ravagé par un incendie dans la nuit du 18 au 19 juillet 1917, forçant le report de la cérémonie au 3 septembre 1918.

Le magnifique monument, représentant la première famille européenne du Québec, est inauguré, œuvre du sculpteur Alfred Laliberté, près de l’hôtel de ville de Québec. Il a été démonté en 1971 pour être réinstallé ultérieurement dans le parc Montmorency.

Au sommet, Louis Hébert tient une poignée d’épi de blé qu’il dirige vers le ciel, avec deux hauts-reliefs représentant Marie Rollet instruisant ses enfants et Guillaume Couillard. Une plaque apposée sur le monument énumère les 47 premières familles de Québec.

Fidèle aux habitudes, une médaille est émise par le Comité du monument pour souligner ce tricentenaire. Elle est, bien sûr, signée par Alfred Laliberté et frappée par la maison Caron et Frères, de Montréal.

Elle est en bronze, d’un diamètre de 68 millimètres. L’avers  représente Louis Hébert tenant une faucille dans la main droite et une gerbe de blé dans la gauche. Il est entouré à sa droite de Marie Rollet, avec ses trois enfants et à sa gauche, de son gendre, Guillaume Couillard. À ses pieds, sous Marie Rollet, figure le blason de la famille Couillard. La légende, tout autour de la médaille, indique « IIIe centenaire de l’arrivée de Louis Hébert au Canada » tandis qu’au-dessus de Marie Rollet, les années 1617 et 1917 apparaissent. Sous les pieds de Louis Hébert est inscrit sur une autre devise : «  Dieu ayde au premier colon ».

Au revers, au sommet sous une fleur de lys entourée de deux feuilles d’érable, on a inscrit « Honneur ». Dessous, sur un écu posé sur une couronne de feuilles d’érable, sont énumérés les noms des quatorze premiers couples de la colonie, avec pour certains d’entre eux, l’année de leur mariage. En bas, la devise énonce « Aux premiers colons du Canada ».

Alfred Laliberté est né à Sainte-Élisabeth-de-Warwick, en 1878. Il s’initie à la sculpture à l’âge de quinze ans et va ensuite, sur recommandation de Wilfrid Laurier, étudier à Montréal. En 1902, il part se perfectionner à Paris avec son ami Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté. Son style est influencé par Auguste Rodin. En 1922, il devient professeur à l’École des beaux-arts de Montréal. Il décède à Montréal en 1953 après avoir réalisé plus de 900 sculptures en bronze, en marbre, en bois ou en plâtre, ainsi que plusieurs centaines de peintures. C’est lui qui a gravé la médaille du 275e anniversaire de la fondation de Montréal, aussi en 1917, que nous avions présentée dans le numéro  119 de Cap-aux-Diamants.

La Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs et la Société historique de Québec, désireuse d’éviter que le quatrième centenaire de l’arrivée de Louis Hébert et Marie Rollet ne soit éclipsé par d’autres anniversaires, ont uni leurs voix pour demander à la ministre de la Culture de décréter l’année 2017, « Année Louis Hébert et Marie Rollet ». Pour l’instant (avril 2015), cette demande est sans réponse.

 

DENIS RACINE AIG

 

LE DEUXIÈME CONGRÈS DE LA LANGUE FRANÇAISE EN 1937 – #122 – été 2015

r-3-b-Image numérisée 2Après le succès du premier Congrès de la langue française en 1912 (voir Cap-aux-diamants, no 110, p. 52-53), la Société du parler français, qui avait publié en 1930 le monumental Glossaire du parler français au Canada, choisit de convoquer 25 ans plus tard, de nouveaux états généraux pour faire le point sur la langue française. La protection et la promotion de français sont au cœur des débats. Tenu à l’Université Laval, à Québec, du 27 juin au 1er juillet 1937 sous le thème « L’esprit français au Canada, dans notre langue, dans nos lois, dans nos mœurs », le congrès attire 6 000 participants. Présidé par Mgr Camille Roy, recteur de l’Université Laval,  il réunit tout l’intelligentsia francophone de l’Amérique du Nord et des délégués de France, de Belgique et d’Haïti, au cours d’activités publiques (concerts en plein air, expositions) ou d’études.

Il redonne vie au Comité permanent des congrès de la langue française, créé à la suite du congrès de 1912, mais demeuré inactif. L’organisme est incorporé en 1940 sous le nom de Comité permanent de la survivance française et prend comme devise « Conservons notre héritage français ». Il aura comme mission immédiate la publication des actes du congrès. Il devient, en 1955, le Conseil de la vie française en Amérique qui aura des activités jusqu’à sa dissolution en 2007. Il sera à l’origine du troisième Congrès de la langue française qui aura lieu à Québec du 18 au 26 juin 1952. Il a publié de 1946 à 1989 la revue Vie française et, de 1978 à 2007, le Répertoire de la vie française en Amérique. Son premier président a été Mgr Camille Roy, suivi, en 1940, du scientifique bien connu Adrien Pouliot. Pendant 70 ans, le Conseil a entretenu les liens culturels entre les francophones d’Amérique et a été l’interlocuteur privilégié des différentes communautés francophones, fruit de la diaspora québécoise et acadienne. Il participe à la création de l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF) en 1947 et crée en 1957, le prix Champlain qui vise à encourager la production littéraire chez les francophones à l’extérieur du Québec, en Amérique du Nord. Par ailleurs, dans la foulée de l’adoption par l’Assemblée nationale du Québec, de la Charte de la langue française, en 1977, est créé le Conseil supérieur de la langue française, chargé de donner des avis au ministre sur toute question relative à la langue française au Québec. L’année suivante, le Conseil met sur pied l’Ordre des francophones d’Amérique, ainsi que le Prix du 3-Juillet-1608, et le prix littéraire Émile-Ollivier, attribués annuellement.

Lors du deuxième Congrès, le 28 juin 1937, on dévoile deux plaques commémoratives soulignant, à Québec, le tricentenaire de la fondation de l’Hôtel-Dieu de Québec et à Lévis, le cinquantième anniversaire de la publication de La Légende d’un peuple de Louis Fréchette, apposée sur sa maison natale. Deux palmes de bronze données par la Mission française Cavelier de La Salle au Comité québécois France-Amérique ont souligné le tricentenaire de la naissance du père Jacques Marquette; l’une d’elles fut apposée dans l’église des Saints-Martyrs-Canadiens. On a également souligné le tricentenaire de la fondation de Sillery.

Si le congrès de 1912 s’était terminé par un serment de fidélité à la langue française, celui de 1937 se conclut par un acte de foi en l’esprit français.

Pour rappeler l’évènement, le Comité du congrès a fait frapper une médaille. Elle porte à l’avers deux personnages, deux symboles : la France au front fleurdelisé, le Canada français au chef ceint de feuilles d’érable, et qui tient dans sa main droite le livre de nos traditions décoré d’un lys. Le tout repose sur un fond qui est une large croix. Tout autour la devise du congrès : Conservons notre héritage français. Au revers est inscrit Deuxième Congrès de la langue française au Canada – Québec 1937. La médaille est l’œuvre du sculpteur et verrier Marius Plamondon.

La médaille a été émise en or, en argent et en bronze. La médaille d’or a été remise à Louis Bertrand, membre et délégué de l’Académie française, présent au congrès.

La médaille de bronze a été réalisée comme médaille courante ou avec une anse pour être portée en sautoir. Elle a un diamètre de 40 mm.

L’avers de la médaille de 1937 a été repris par la suite pour orner celle de l’Ordre de la fidélité française, créé par le Comité permanent de la survivance française. Le revers de cette médaille comporte la mention L’Ordre de la fidélité française le long de la bordure supérieure et en bas, et elle est ornée de deux branches de feuilles d’érable, laissant place au centre à l’inscription du nom du lauréat et de l’année. Elle est en argent sterling (.925) et a un diamètre de 51 millimètres et un poids de 82 grammes.

Marius Plamondon est né à Québec en 1914. En 1937-1938, il étudie la sculpture sur marbre à l’Académie royale de Carrare, en Italie, puis la sculpture sur bois à l’Académie royale d’Ortisei. En 1938 et 1939, il est France pour perfectionner la technique du vitrail auprès du verrier et sculpteur Henri Charlier. Revenu au Québec, il est professeur de sculpture sur bois (1939-1947) et premier titulaire du cours de vitrail (1947-1963) à l’École des beaux-arts de Québec où il termine sa carrière comme directeur (1963-1970). Il décède à Québec en 1976.

Denis Racine, AIG

LE TRICENTENAIRE DE TROIS-RIVIÈRES EN 1934 – #121 – printemps 2015

r-3-a-Trois Rivières IMG_0025Fréquenté d’abord par les tribus algonquines, le site de Trois-Rivières est reconnu par Jacques Cartier lors de son voyage en 1535. En 1599, François Gravé Du Pont lui donne son nom actuel. En 1603, Samuel de Champlain note qu’il serait avantageux d’y établir une habitation permanente.

C’est le 4 juillet 1634 que le sieur de Laviolette y installe un comptoir de commerce. Rapidement, des habitants viennent s’y fixer et, située avantageusement à mi-chemin entre Québec et Montréal, la ville devient le siège du gouvernement des Trois-Rivières à compter de 1665. Les religieuses Ursulines y créent une maison d’enseignement en 1697, suivie de nombreuses autres et notamment un cégep en 1966 et une université (UQTR) en 1969.

Trois-Rivières est le siège d’un district judiciaire depuis 1792 et d’un évêché depuis 1852. D’abord active dans le commerce des fourrures, elle entre rapidement dans l’ère industrielle avec les forges du Saint-Maurice en 1738. Au XIXe siècle, grâce à l’exploitation forestière de la vallée du Saint-Maurice, de nombreuses scieries et usines de pâtes et papier viennent s’y installer.

La Ville de Trois-Rivières a été créée en 1845, en même temps que l’établissement du régime municipal au Québec. En 2001, le gouvernement québécois a regroupé les villes de Trois-Rivières, Trois-Rivières-Ouest, Cap-de-la-Madeleine, Pointe-du-Lac, Saint-Louis-de-France et Sainte-Marthe-du-Cap dans une seule entité qui compte aujourd’hui 134 000 habitants, soit la neuvième ville du Québec par sa population.

En 1934, ses citoyens ont célébré de façon grandiose le tricentenaire de sa fondation. Dans son ouvrage Trois-Rivières en liesse, paru en 1984, Rémi Tourangeau a dressé l’historique des célébrations du tricentenaire. Le programme des fêtes a mis l’accent sur le travail des ancêtres, l’histoire et l’apport du passé. Ces fêtes avaient été préparées de longue main. Depuis 1925, l’abbé Albert Tessier, dans le journal Le Bien public, proposait une chronique hebdomadaire intitulée « La grande et la petite histoire » faisant la promotion d’un régionalisme ouvert aux réalités canadiennes. L’année suivante, Arthur Béliveau fondait la Société d’histoire régionale, qui organise, dès 1927, des pèlerinages historiques, et à compter de 1928, publie les Cahiers d’histoire régionale. En 1932, elle lance le premier fascicule de la collection Pages trifluviennes. Et chaque fois, on rappelait l’anniversaire qui s’en venait. Mais ce n’est pas encore l’enthousiasme populaire. En avril 1932, à l’initiative du conseil municipal, est créé un comité d’initiative dont le mandat provisoire débouche sur l’incorporation de l’Association du tricentenaire de Trois Rivières en mars 1933, sous la direction de Louis D. Durand. Cet organisme sera complété par un Comité général des fêtes, composé de 90 membres, au printemps 1934 qui embauche Léon Trépanier comme organisateur général.

Les fêtes auront lieu du 30 juin au 31 août 1934. Au premier jour, le cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve, archevêque de Québec, et le délégué apostolique du Saint-Siège au Canada, Mgr Andrea Cassulo, arrivent au port à bord du navire Bellechasse, accompagnés d’une flottille de canots occupés par des figurants qui personnifient les premiers Européens venus sur le site avant le sieur de Laviolette. Devant 15 000 personnes, Jacques Cartier plante une croix et des Amérindiens font des danses rituelles. Le lendemain, le cardinal et  l’évêque de Trois-Rivières, Mgr François-Xavier Cloutier, célèbrent une messe solennelle, suivi d’une procession du Saint-Sacrement dans les rues de la ville. Puis, le 2 juillet, une célébration a lieu au sanctuaire du Cap-de-la-Madeleine. Le 14 juillet, Mgr Alfred-Odilon Comtois bénit la Porte du souvenir, érigée à l’entrée ouest de la ville. Le même jour et le lendemain, un vaste spectacle historique reconstituant le rencontre des fondateurs de la ville avec les premiers occupants est offert à la population. Ce 15 juillet, on inaugure le monument Laviolette.

La semaine suivante, on célèbre les 25 ans de la paroisse Saint-Philippe. Puis, un défilé part du parc Victoria pour se rendre à la terrasse Turcotte où est inauguré le monument dédié à La Vérendrye et aux autres explorateurs trifluviens, Jean Nicolet, Pierre-Esprit Radisson, Médard Chouart Des Groseilleirs, Nicolas Perrot, Pierre Pepin et François-Christophe Dufrost de La Jemmeraie. Le 29, on procède au dévoilement d’un monument à la mémoire des écrivains trifluviens Benjamin Sulte, Antoine Gérin-Lajoie, Edmond de Nevers, Nérée Beauchemin et Ludger Duvernay au parc Champlain, suivi d’une grand-messe chantée par Mgr Camille Roy, recteur de l’Université Laval. Les trois monuments précités sont signés par le sculpteur Jean-Jacques Cuvelier. Puis, le 12 août, c’est l’apothéose avec l’ouverture du monument du Flambeau, œuvre de Georges-Étienne Paulay, sur la place Pierre-Boucher, suivi d’un concert avec un chœur de 700 voix, et le 14, par une vaste parade nocturne où 26 chars allégoriques défilent sous les acclamations de plus de 60 000 personnes. Le 24 août, 1 200 invités se réunissent au Manège militaire pour un bal historique.

Afin de permettre à la population de participer à ces fêtes, le comité organisateur a prévu divers spectacles sous formes de pageants, nautiques, aériens ou historiques. Les pageants historiques sont présentés à compter du 20 juillet et ont un tel succès qu’il faut y ajouter des supplémentaires. Au total, 80 000 personnes assisteront aux dix représentations.

1934 ne marque pas uniquement le tricentenaire de Trois-Rivières, mais aussi le quatrième centenaire de la découverte du Canada par Jacques Cartier. À l’occasion de la visite du président du Conseil de France, Pierre-Étienne Flandin, le maire de Trois-Rivières, Georges-H. Robichon, a été honoré en recevant la Légion d’honneur.

Pour l’occasion, une plaque commémorative et une médaille ont été gravées.

L’avers de la plaque présente en son centre, les armes de la Ville de Trois-Rivières surmontées d’une devise, Deus nobiscum quis contra (Dieu est avec nous, qui sera contre), et d’une fleur de lys entourées de guirlandes de feuilles d’érable et de deux écus, à droite, au portrait de Laviolette, et à gauche, à celui de La Vérendrye, avec sous chacun trois fleurs de lys. Au bas, un espace est réservé pour y inscrire le nom du récipiendaire, en l’occurrence, l’avocat Charles G. Ogden (1879-1941). Au revers, apparaissent, dans la partie haute, une scène allégorique reconstituant l’histoire de Trois-Rivières avec l’arrivée de Laviolette en 1634, l’évangélisation des Autochtones, l’éducation avec les sœurs ursulines, et la conquête du territoire avec le bûcheron, l’agriculteur, l’artisan et la mère de famille avec son bébé assise sur une chaise berçante et en partie basse, un panorama de la ville mettant en vedette deux églises, le collège et une usine, avec, en avant-scène, les deux pôles du développement économique de la ville, un sapin (pour les ressources forestières) et un pylône électrique (pour les ressources hydroélectriques). Au bas, un cartouche indique 1634  IIIe Centenaire des Trois-Rivières. 1934.

La plaque porte le poinçon de la firme Birks, de Montréal, qui l’a fabriquée. Elle est en bronze et mesure 85 mm sur 65 mm et d’une épaisseur de 3 mm.

Elle a été remise aux citoyens qui s’étaient impliqués dans l’organisation des fêtes.

Une petite médaille en cuivre, non signée, mesurant 38 millimètres, se portant en sautoir, a aussi été émise. À l’avers se trouve le portrait de Laviolette entouré par la devise Fêtes du IIIe Centenaire de la fondation des Trois-Rivières. Au revers, les devises Deus nobiscum quis contra au-dessus et 1634 – Cité des Trois-Rivières 1934 au-dessous entourent les armes de la Ville.

 

Denis Racine

 

Le tricentenaire de la Congrégation du Canada à saint Joseph par les Récollets – #120 – hiver 2014

r-3-a-120 De tout temps, Joseph, le père de Jésus, a été un saint fort populaire au Canada et sa fête, le 19 mars, a été honoré. On n’a qu’à penser aux oratoires qui lui ont été érigés à Québec ou à Montréal. Cette dévotion remonte au début de la colonie. En effet, dès le 19 mars 1624, les Récollets ont consacré le Canada à saint Joseph. Trois ans auparavant, le pape Grégoire XV avait élevé la fête de saint Joseph comme fête d’obligation.

Les Récollets sont la première communauté religieuse à venir s’établir en Nouvelle-France, en 1615. Ils y seront d’abord présents jusqu’en 1629, date où la Nouvelle-France passe aux mains de l’Angleterre et des frères Kirke. Ils reviennent en 1670 pour y rester jusqu’en 1870. En 2015, plusieurs activités souligneront le 400e anniversaire de leur arrivée.

Ils sont issus d’une branche réformée des ordres qui se réclament de la règle de saint François d’Assise, créée en 1209. En 1897, le pape Léon XIII met un terme à l’existence des Récollets en les réintégrant dans l’ordre des Frères mineurs, les Franciscains.

Bien que les Jésuites soient déjà implantés en Acadie dès 1611, c’est par un concours de circonstances que les Récollets arrivent d’abord à Tadoussac, puis à Québec, à l’été 1615. Ce serait un ami de Samuel de Champlain, Louis Houel, sieur du Petit-Pré, contrôleur des salines de Brouage, qui aurait fait part de ce projet de missionnariat, en 1614, d’abord au récollet Bernard Du Verger, puis au supérieur, le père Jacques Garnier de Chapouin, qui l’aurait approuvé.

Les pères Denis Jamet, Joseph Le Caron, Jean Dolbeau et Pacifique Duplessis s’embarquent donc à Honfleur.

Ils auraient pu revenir en 1632, mais une querelle avec les Jésuites, implantés dans la colonie depuis 1625, retardera leur retour. Mgr de Laval leur interdit de s’établir en dehors de Québec. Il faut attendre la nomination de Mgr Jean-Baptiste de La Croix de la Chevrières de Saint-Vallier comme évêque de Québec, en 1688, pour que l’interdit soit levé. Rapidement, les Récollets érigent un couvent à Montréal (1692), puis à Trois-Rivières (1693) et deviendront les aumôniers officiels du gouverneur en 1692. Après la Conquête, les Britanniques refusent aux Récollets et aux Jésuites de recevoir des novices. En 1792, l’évêque de Québec sécularise les frères entrés dans la communauté depuis 1784. La communauté disparaît avec le décès du père Louis Demers, en 1813.

En 1624, la cinquantaine d’habitants de la colonie de Québec vivent dans un climat d’insécurité, sans compter l’état de gêne et de souffrance. C’est dans ce contexte que Champlain décide d’aller reconduire sa jeune épouse, Hélène Boulé, en France. Ils partent le 14 août 1624. Le frère Sagard qui les accompagne, apporte avec lui une lettre du père Le Caron qui écrit :

«  Nous avons fait depuis ce temps-là une grande solennité où tous les habitants se sont trouvés et plusieurs sauvages par un vœu que nous avons fait à saint Joseph que nous avons choisi pour le Patron du pays et le protecteur de cette église naissante. » (cité par C. Leclercq, Établissement de la Foy, p. 287).

Chez les ordres de la règle de saint François, la célébration de la fête de saint Joseph était déjà une coutume très ancienne. En 1637, les Jésuites renouvellent cette consécration en grande pompe. Puis, en 1834, le pape Grégoire XVI, à la demande des évêques, proclame saint Joseph « Premier Patron du Canada » et autorise le diocèse de Québec à en célébrer la fête le 19 mars.

En 1924, le père Charles-Alfred-Marie Paradis (1846-1926), figure marquante du mouvement de colonisation de l’Outaouais, du Témiscamingue et du district de Nipissing en Ontario (auquel Danielle Lacasse et Bruce Hodgins ont consacré une biographie parue en avril 2014 aux Presses de l’Université Laval),  prend l’initiative de faire frapper une médaille afin de commémorer le tricentenaire de cette consécration. L’archevêque de Québec, le cardinal Louis-Nazaire Bégin, bien que réticent devant l’audace de la proposition, donne son autorisation.

Œuvre de la maison Caron et frères, de Montréal, la médaille a un diamètre de 61 mm (2 ½ po). Un premier exemplaire est frappé en or dix carats afin que le cardinal en fasse don au pape Pie IX lors d’un prochain voyage à Rome.

D’autres exemplaires sont fabriqués pour les évêques et le grand public. L’or coûte 100 $, l’argent, 35 $, le bronze, 15 $ et l’aluminium, 5 $.

Sur l’avers, dix personnages sont rassemblés autour de la statue de saint Joseph, déposée sur un autel, dans la petite église de Québec. Sur une crédence, un encensoir fumant, emblème de la prière. À l’autel, le père Le Caron, debout, officie. Deux récollets sont à genoux sur les degrés. Dans le groupe d’habitants, il y a Champlain, Louis Hébert et sa famille et quelques Autochtones. Au pourtour, est inscrit : « O! saint Joseph. À toi ce Canada ».

Au revers, sur un nuage apparaissent saint Joseph, la Vierge Marie et l’Enfant Jésus. Devant eux, un prêtre présente le drapeau de Carillon-Sacré-Cœur à saint Joseph qui esquisse un geste pour le recevoir. Derrière lui, une famille avec le père, la mère, le poupon et la fillette, chargée d’une gerbe de fleurs. Au loin, la silhouette de l’oratoire Saint-Joseph (dont la pierre angulaire a été bénite en 1924) avec le frère André, « d’une parfaite ressemblance ».

En bas, dans l’écusson, l’année 1924 est indiquée, avec d’un côté, une gerbe de blé, rappelant le développement matériel du Canada et de l’autre, « des symboles conventionnels représentant les principales nationalités qui habitent le dominion : la rose, le trèfle, le chardon et la feuille d’érable, soulignant que saint Joseph n’est pas le patron exclusif des Canadiens français ». En effet, le pape Pie X avait déclaré saint Jean-Baptiste, patron des Canadiens français, en 1908.

En pourtour apparaît la devise latine « Ter saeculare patrocinium, gratire colentes, filli vota tibi renovant » (Se souvenant avec reconnaissance de ta protection trois fois séculaire, tes fils viennent à tes pieds renouveler leurs vœux).

La médaille est présentée dans un écrin vert où est inscrit en lettres d’or : médaille souvenir de la consécration du Canada à saint Joseph, ou sa traduction en anglais. Pour accompagner le tout, on offre gratuitement le livre du père Charles-Alfred Paradis, paru en 1925 et intitulé Le Grand Geste de 1624 ou la consécration du Canada à saint Joseph. Médaille commémorative (Québec, L’Action Sociale Limitée, 90 p.).

DENIS RACINE, AIG

 

Le 275e anniversaire de la fondation de Montréal en 1917 – #119 – automne 2014

Avers de la médaille du 275e anniversaire de la fondation de Montréal en 1917

Avers de la médaille du 275e anniversaire de la fondation de Montréal en 1917

Le 18 mai 1642, Paul de Chomedey de Maisonneuve fonde Ville-Marie, qui est devenue aujourd’hui Montréal.

275 ans plus tard, en 1917, alors que le pays est plongé en pleine guerre mondiale, les habitants de la ville désirent souligner cet anniversaire. Un comité est formé sous la présidence de Victor Morin, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, secondé par Émile Vaillancourt à titre de secrétaire.

Les festivités sont programmées pour se tenir les 17 et 18 mai 1917. Elles débutent par une grand-messe pontificale célébrée par l’archevêque, Mgr Georges Gauthier, suivi d’un Te Deum d’action de grâce, à la basilique Notre-Dame.

Dans l’après-midi du 17, une promenade historique dans les rues de Montréal a lieu. La foule est divisée en groupes, guidée par d’éminents citoyens dont Victor Morin, Aegidius Fauteux, Casimir Hébert, Édouard-Zotique Massicotte. Elle se termine à la place d’Armes par des discours de l’échevin Eudore Dubeau et du consul général de France, Charles-Jules-Joseph Bonin.

Le lendemain, un comité va chercher le maire Médéric Martin et les conseillers à l’hôtel de ville pour se rendre ensuite au monument Marguerite-Bourgeoys, chez les Dames de la Congrégation, rue Sherbrooke, puis au monument Jeanne-Mance, à l’Hôtel-Dieu, à la place D’Youville et enfin, au monument Maisonneuve, à la place d’Armes. À chacune des étapes, des discours sont prononcés par l’archevêque, le maire, le président des fêtes, les pères Henri Garrouteigt et Valentin Breton, le docteur Emmanuel-Persillier Lachapelle, Samuel Mathewson Baylis et Édouard Montpetit.

Dans toutes les écoles de la ville, on fait une célébration en souvenir de Maisonneuve et après l’interprétation du Ô Canada, un congé est accordé à tous les élèves.

Le soir, au Château Ramezay, la Société d’archéologie et de numismatique recevait les membres de la Société historique, le maire, les conseillers et les commissaires des fêtes.

Ces fêtes nous ont laissé un héritage. Plus de 50 plaques commémoratives ont été installées à divers endroits dans la ville.

Enfin, une médaille a été émise, œuvre d’Alfred Laliberté. Elle marque un certain tournant dans l’histoire de la médaille québécoise, en ce sens qu’auparavant, nous l’avons vu, on faisait appel aux sculpteurs européens pour souligner nos commémorations. À Montréal, en 1917, on innove en sollicitant les services d’un artiste de chez nous. La médaille est frappée en vermeil, en argent et en bronze. Elle est réalisée chez Caron et Frères de Montréal. Elle a un diamètre de 50 mm.

Sur l’avers, on aperçoit, à gauche, de Maisonneuve à l’avant de son bateau, accueilli par une femme, tandis que du côté droit, deux images de l’actuelle ville, la basilique Notre-Dame et le Château Ramezay et l’inscription suivante « 275e anniversaire de la fondation de Montréal, 17-18 mai 1917 ». Au-dessus de la tête de Maisonneuve apparaît la signature d’Alfred Laliberté et au bas, le nom de la maison qui a fondu la médaille.

Au revers, du côté gauche, comme s’il était sur le flanc du mont Royal, il y a un grand chêne au pied duquel se retrouvent les armes de France et de Grande-Bretagne. Au centre, sous les branches et les feuilles, l’artiste a rappelé les mots du père Vimont : « Je ne fais aucun doute que ce petit grain ne produise un grand arbre. (P. Vimont, 18 mai 1642). » Au-dessus de l’inscription, on voit encore la signature de l’artiste.

Alfred Laliberté est né à Sainte-Élisabeth-de-Warwick, en 1878. Il s’initie à la sculpture dès l’âge de quinze ans. Grâce à l’intervention de Wilfrid Laurier, il va étudier à l’école du Conseil des arts et de manufactures de Montréal, en 1896. Il remporte une première distinction, en 1898, à l’Exposition provinciale de Québec pour sa statue grandeur nature de son bienfaiteur.

En 1902, il part pour Paris afin de poursuivre ses études à l’École des beaux-arts jusqu’en 1907. De retour au Canada, il devient professeur, en 1922, à l’École des beaux-arts de Montréal. Il réalise plus de 900 œuvres, dont les monuments de Louis Hébert, de Dollard des Ormeaux, du curé Antoine Labelle, des Patriotes. Il est aussi l’auteur des médailles des lieutenants-gouverneurs Charles Fitzpatrick (1919), Louis-Philippe Brodeur (1923) et Narcisse Pérodeau (1924). Décédé à Montréal, en 1953, il est l’un des plus grands artistes québécois.

DENIS RACINE, AIG

 

Tricentenaire de Québec – #118 – été 2014

Avers de la médaille du tricentenaire de Québec, œuvre d'Eugène-Étienne Taché et Henri Dubois. (Coll. de l'auteur)

Avers de la médaille du tricentenaire de Québec, œuvre d’Eugène-Étienne Taché et Henri Dubois. (Coll. de l’auteur)

Tous se souviennent des fêtes de 2008 qui ont marqué les 400 ans de la fondation de Québec. Nos aïeux, quant à eux, avaient souligné avec éclat, en 1908, le tricentenaire de la ville.

Mais, à cette époque, les choses n’ont pas été simples. En 1909, de nombreux politiciens fédéraux, le premier ministre Wilfrid Laurier en tête, souhaitaient célébrer le 250e anniversaire de la bataille des plaines d’Abraham à cause de sa signification dans l’histoire canadienne et aussi pour faire coïncider le tout avec l’inauguration de pont de Québec, prévue en 1909. Comme ce fut le cas en 2009, l’issue de cette bataille rappelait aux francophones leur asservissement à la couronne britannique et une longue suite de mesures destinées à les faire disparaître comme entité de l’Amérique du Nord. On comprend donc la résistance opposée par le gouvernement du Québec au projet de Laurier. Par ailleurs, la chute de la travée sud du pont, en 1907, met fin aux espoirs de l’ouvrir à la circulation ferroviaire en 1909.

Après plusieurs tractations, on convient de célébrer le tricentenaire de Québec en 1908. Mais le gouverneur général, Albert Henry George, 4e comte Grey, insiste pour en faire une fête impériale digne de la couronne britannique. C’est ainsi qu’on invite le roi Édouard VII à venir visiter ses sujets canadiens, de même que les représentants des principales colonies de l’empire britannique. Le roi, étant déjà venu en 1860, notamment pour l’ouverture du pont Victoria, à Montréal, délègue son fils aîné, le prince de Galles, futur George V. Pour ne pas être en reste, le président Theodore Roosevelt, des États-Unis, envoie son vice-président, Charles Warren Fairbanks, tandis que la France est représentée par l’amiral Jauréguiberry, accompagné du comte de Montcalm et des marquis de Lévis et de Lévis-Mirepoix.

On choisit aussi d’écarter les nationalistes de l’organisation des fêtes. Ainsi, le 9 septembre 1907, le numéro deux du gouvernement québécois, Adélard Turgeon, ministre des Terres et Forêts, est élu président général de la Société Saint-Jean-Baptiste. Le 13 janvier suivant, le maire de Québec, Jean-George Garneau, est nommé président du comité organisateur des fêtes. Turgeon en est le vice-président tandis que le greffier de la Ville de Québec, Honoré-Julien-Jean-Baptiste Chouinard, à titre de secrétaire, en sera la cheville ouvrière.

Lord Grey a insisté pour que le terrain sur lequel s’est déroulé la bataille de 1759 devienne un parc national canadien. Le gouvernement fédéral adopte donc, le 19 mars 1908, une loi créant le parc et l’organisme chargé de sa gestion, la Commission des champs de bataille nationaux.

La fête commence entre Québécois lorsque le 21 juin, on procède à l’inauguration du monument de Mgr François de Laval, dans la côte de la Montagne.

Le début officiel des fêtes est prévu pour le 20 juillet. La veille, des hérauts d’armes lisent les proclamations tandis que débute, au Château Frontenac, le Congrès des médecins de langue française d’Amérique du Nord. Le 21, on accueille le prince de Galles. Le surlendemain, le prince, qui était venu visiter la ville en 1901, attribue des honneurs royaux à quatorze personnes. Le premier ministre du Québec, Lomer Gouin, et le maire de Québec, Jean-George Garneau, sont faits chevaliers (knight bachelor), ce qui leur permet de porter le titre de sir. Turgeon, déçu de ne pas être « siré », est fait commandeur de l’Ordre royal de Victoria tandis que Chouinard est nommé compagnon de l’Ordre de Saint-Michel et Saint-Georges. Par la suite, les dignitaires se transportent au monument Champlain où se déroulent les cérémonies protocolaires qui se terminent par un immense feu d’artifice. Turgeon y va d’un long et magnifique discours. Puis, dans les jours suivants, huit spectacles à caractère historique (pageants) ont lieu sur les plaines d’Abraham. Le prince repart le 28 juillet et les festivités se terminent le 31.

Le 23 septembre suivant, la fête des anciennes familles a lieu à l’Université Laval. Pour l’occasion, une médaille particulière est remise aux représentants des familles qui occupent leurs terres depuis plus de 200 ans.  La médaille, décrite dans le livre Les Fêtes du troisième centenaire de Québec 1608-1908, a la forme d’une croix en argent, « aux bras de laquelle s’enlace une large couronne d’or de feuilles d’érable. Au centre de la croix, un écusson émaillé, de couleur verte, porte la devise du laboureur patriote et chrétien : ense, cruce, aratro (par l’épée, par la croix, par la charrue. Au revers, on lit : Troisième centenaire de Québec, le nom du chef de famille décoré, et le millésime 1908 ».

Pour marquer ce tricentenaire, on fait fabriquer une médaille commémorative. Eugène-Étienne Taché, sous-ministre des Terres et Forêts, en définit le sujet. Le comité d’organisation requiert les services du sculpteur et médailliste français Henri Dubois (1859-1943) pour la graver. Dubois est alors un artiste connu. Fils du sculpteur Alphée Dubois, il a réalisé les monuments d’Hardouin-Mansart aux Invalides, à Paris, et de Fromentin et Guitton à La Rochelle. Son magnifique buste de la République orne de nombreuses médailles françaises.

Raymond Boily, dans son ouvrage Monnaies, médailles et jetons au Canada (1980), porte un jugement sévère sur la médaille. Il y indique que Dubois « encombre souvent ses pièces d’accessoires superflues au goût de l’époque, son style est académique, froid et souvent sans vie ».

La médaille est frappée en cuivre, en argent et en or. Elle est d’un diamètre exceptionnel (75 mm). Taché nous a laissé une description technique de la pièce :

« La face de la médaille représente Champlain debout, chapeau bas, la croix de son épée vers le ciel, débarquant de son navire et mettant le pied sur le roc de Québec. Ce roc est marqué par une cartouche portant le nom de Stadaconé, flanquée de deux petites poteries, seuls indices du site de cette ancienne bourgade. Cette figure est accompagnée, à dextre, du chiffre d’Henri IV  timbré de la couronne royale de France, à senestre, du chiffre d’Édouard VII, surmonté de la couronne d’Angleterre. Au bas, sur de petites banderoles, sont gravés les millésimes 1608 et 1908. Sur les eaux, deux dauphins du Saint-Laurent se jouent dans les ondes du grand fleuve. Autour de cette face, l’exergue se lit comme suit : “Médaille commémorative du IIIe centenaire de la fondation de Québec”.

Sur le revers figurent deux femmes assises au pied d’un arbre de haute futaie. L’une, à droite, symbolisant la Nouvelle-France, est adossée à un piédestal orné de trois fleurs de lis; et l’autre, à gauche, personnifiant le Canada, appuyée sur l’écu royal de la Grande-Bretagne, lève la main vers le sommet verdoyant de l’arbre, tandis que la France, la tête penchée, regarde, indiquant du doigt les racines profondes et robustes de l’arbre qu’elle a planté. À travers le feuillage, un large cartouche renaissance se déroule sur lequel est inscrite la devise : “Dieu aidant, l’œuvre de Champlain née sous les lis a grandi sous les roses”. »

Boily reproche à Taché son inexpérience dans l’art de la médaille alors qu’il a confondu héraldique, histoire et botanique. Il poursuit :

« D’abord le sujet manque d’unité et de mesure. Il n’était guère possible d’inscrire dans le champ du petit monument métallique deux thèmes aussi divers et aussi vastes que le Régime français et le Régime anglais, alors qu’il s’agissait tout simplement de commémorer la fondation de Québec par Champlain.

L’ampleur du sujet a conduit Taché aux plus sots rapprochements.

Le revers offre “un arbre de haute futaie” selon l’expression même de Taché. Il est bien difficile de savoir de quelle espèce il s’agit même si les branches sont enveloppées de feuilles d’érable. Un arbre chimérique devant lequel “se déroule un large cartouche” qui porte la devise inscrite “Dieu aidant, l’œuvre de Champlain, née sous les lis a grandi sous les roses”. C’est un mauvais jeu de mots. Outre le rapprochement inattendu d’un érable de haute futaie, des lis et des roses, Taché commet une bourde en confondant lis et fleur de lis : la fleur de lis n’a rien à voir avec la botanique ni avec les lis : c’est un meuble héraldique. Quant à la rose, elle est absente des armoiries de la maison régnante en Angleterre. Enfin, on voit mal comment l’érable hybride a pu grandir sous les roses. Comme jeu de mots de mauvais goût, c’est réussi!

Mais les plus graves reproches s’adressent à Dubois.

À l’avers, le graveur nous présente Champlain comme un pantin tout en articulations, debout, piétinant un caillou qui évoque, paraît-il, l’imposant cap Diamant! C’est grotesque.

Le revers est traité d’une façon purement académique avec ses deux personnages allégoriques, mornes et presque funèbres. Rien ne parle à l’imagination, Dubois a manqué totalement de sensibilité, il s’est contenté d’exécuter la commande de Taché. Champlain méritait davantage! »

Malgré des critiques acerbes, cette médaille est importante dans notre histoire, car elle souligne à la fois un évènement exceptionnel et la ferveur de nos ancêtres à le commémorer. L’enthousiasme que nous avons connu en 2008 est le reflet de celui de 1908.

DENIS RACINE, AIG

 

Georges-Étienne Cartier (1814-1873) – #117 – printemps 2014

Avers et revers de la médaille de sir Georges-Étienne Cartier (Coll. Yves Beauregard)

Avers et revers de la médaille de sir Georges-Étienne Cartier (Coll. Yves Beauregard)

George-Étienne Cartier est né il y a 200 ans, le 6 septembre 1814, à Saint-Antoine-sur-Richelieu. Après des études au collège de Montréal, dirigé par les sulpiciens, il devient membre du Barreau du Bas-Canada, en 1835. Il exerce en pratique privée à Montréal où sa clientèle compte les sulpiciens et la compagnie du chemin de fer du Grand Tronc. Il appuie les Patriotes et participe à la bataille de Saint-Denis, en novembre 1837. Il s’enfuit aux États-Unis et revient après l’amnistie d’octobre 1838.

Il est élu député de Verchères à l’Assemblée législative du Canada-Uni, en 1848. Son mandat sera reconduit en 1851, 1854,1855 et 1858. Il représente ensuite le comté de Montréal-Est de 1861 à 1867. Après la Confédération, il est élu à nouveau député de Montréal-Est à la Chambre des communes et, en vertu du double mandat, député de Beauharnois à l’Assemblée législative du Québec. Battu aux élections fédérales de 1872 dans Montréal-Est, il est élu dans le comté de Provencher (Manitoba) et conserve ces sièges jusqu’à son décès.

Il devient ministre en 1855 dans le cabinet MacNab-Taché, puis dans celui de Taché-Macdonald l’année suivante. Il forme deux ministères avec John A. Macdonald de 1858 à 1862. Il redevient procureur général dans les gouvernements qui se succèdent jusqu’en 1867. Il participe aux conférences de Charlottetown, de Québec et de Londres qui donneront lieu à la naissance de la Confédération canadienne le 1er juillet 1867. Il est nommé ministre de la Milice et de Défense en 1867. Il meurt en fonction le 20 mai 1873, à Londres, où il s’était rendu à la suite de problèmes de santé l’automne précédent.

Il avait épousé Hortense Fabre en 1846, fille du maire de Montréal, Édouard-Raymond Fabre (1799-1854), et sœur du premier archevêque de cette ville, Mgr Édouard-Charles Fabre (1827-1896) et d’Hector Fabre (1834-1910), sénateur et premier représentant du Québec à Paris (1882-1910).

La reine Victoria l’a fait baronnet en 1868. Il est l’auteur de la chanson bien connue O Canada, mon pays, mes amours.

L’idée de commémorer la mémoire de Cartier a fait son chemin depuis son décès et c’est en 1911, lors d’un banquet au Monument national, à Montréal, que l’on forme un comité sous la présidence d’Eugène W. Villeneuve. L’année 1914 devait marquer le centenaire de la naissance de Cartier et le cinquantième anniversaire des conférences de Charlottetown et de Québec. Toutefois, la Première Guerre mondiale fait sursoir aux projets élaborés. Le retour de la paix permet donc l’érection des statues de Cartier à Montréal, Ottawa et Saint-Antoine en 1919 et à Québec en 1920.

Pour souligner ces évènements, on fait graver une médaille, l’une des plus belles de notre répertoire, « un travail d’une exécution remarquable, particulièrement soignée », selon l’avocat et numismate Raymond Boily.

Le graveur n’est pas connu, mais la médaille a été frappée par la maison montréalaise Caron et frères. Elle est en deux modules, l’un d’un diamètre de 80 mm, en bronze et en argent, pour les invités d’honneur et l’autre de 35 mm, en bronze, pour le grand public. Trois exemplaires en or sont offerts au roi George V (qui avait, depuis Londres, présidé la cérémonie du dévoilement du monument Cartier à Montréal, en 1919), au président des États-Unis et au président de la République française.

Sur l’avers, apparaît le buste de Cartier et la légende « Sir George-Étienne Cartier, baronnet, 1814-1914 ». « L’effigie de Cartier est traitée avec vigueur, sans mollesse. On ne retrouve pas le style évanescent de l’époque, mais de la fermeté et une certaine noblesse dans les traits : le graveur a su idéaliser sans complaisance le personnage, ce qui était alors peu courant » (Raymond Boily).

Le revers reproduit les armes de Cartier qui lui ont été concédées à la suite de son anoblissement, avec sa devise « Franc et sans dol », surmontée du titre de sa célèbre chanson : O Canada, mon pays, mes amours.

Denis Racine, AIG

 

La médaille Ulric-Joseph Tessier – #116 – hiver 2014

r3-116 La médaille Ulric-Joseph Tessier, en plus d’être très belle, soulignait l’excellence à la faculté de droit de l’Université Laval.

Ulric-Joseph Tessier, fils du marchand Michel Tessier et de Mariane Perrault, est né à Québec le 3 mai 1817. Après ses études au Petit Séminaire de Québec et son apprentissage du droit chez Me Hector-Simon Huot, il est admis au barreau, en 1839. Pratiquant au sein de l’étude Tessier, Hamel, Tessier, il enseigne en plus la procédure civile à la faculté de droit de l’Université Laval de 1855 à 1892. Il est doyen de 1873 à 1892 et membre du Conseil de l’Université de 1858 à 1892. Il y obtient un doctorat en droit en 1855. Il est fait conseiller de la reine en 1863. Membre-fondateur de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, il en est le secrétaire-archiviste en 1847.

Parallèlement, il fait aussi carrière dans le domaine des affaires à une époque où peu de francophones y atteignent les sommets. Il est cofondateur et premier président de la Banque Nationale (qui, après sa fusion en 1924, avec la Banque d’Hochelaga, devient la Banque Canadienne Nationale, qui à son tour fusionnera avec la Banque Provinciale du Canada pour devenir l’actuelle Banque Nationale du Canada). Ulric-Joseph Tessier est directeur de la Caisse d’économie de Notre-Dame de Québec (qui deviendra, en 1944, la Banque d’économie de Québec) de 1871 à 1892, après en avoir été le président honoraire de 1859 à 1862.

Enfin, il est attiré par la politique. Conseiller municipal de la Ville de Québec de 1846 à 1853, il deviendra maire de 1853 à 1854. Élu député de Portneuf, en 1851, il ne se représente pas en 1854. En 1858, il est élu conseiller législatif de la division du Golfe et le restera jusqu’à l’avènement de la Confédération, en 1867. Il est commissaire des Travaux publics du Canada-Uni de 1862 à 1863 et préside le Conseil législatif de 1863 à 1867. Nommé sénateur, en 1867, il démissionne en 1873 lorsqu’il accède à la magistrature à la Cour supérieure.  De 1875 à 1891, il est juge de la Cour du banc de la reine. Il décède à Québec, le 7 avril 1892. Il avait épousé, en 1847, Marguerite-Adèle Kelly. Ses fils, Auguste et Jules Tessier, auront à leur tour une carrière politique importante.

Le doyen Tessier, voulant encourager l’excellence et le goût de l’effort durant les études, crée, en 1877, un prix portant son nom et doté de deux bourses, l’une de 30 $ et l’autre de 20 $. Le prix Tessier est attribué annuellement par la faculté de droit de l’Université Laval  aux deux étudiants qui ont obtenu les meilleures notes au cours de leurs trois ans d’études. Le prix n’est pas remis de 1885 à 1888. En 1889, il est remplacé par une médaille qui porte son nom, l’une en argent et l’autre en bronze. Les premiers étudiants à la recevoir sont Louis-Alexandre Taschereau (qui deviendra premier ministre du Québec) et Thomas Lefebvre.

À son décès, en 1892, ses héritiers continuent par une fondation, en sa mémoire, l’octroi de la médaille jusqu’en 1962. Les derniers récipiendaires sont René Dussault (qui deviendra juge à la Cour d’appel du Québec) et Jacques LeMay.

Les médailles en argent et en bronze ont un diamètre de  50 mm. La première a un poids de 56,8 grammes. L’avers  présente un portrait de profil de Tessier entouré de son nom. Le centre du revers est vierge de façon à y graver le nom du récipiendaire, entouré d’une guirlande de feuilles d’érables (Leroux, no 1854A, Breton, no 140)

La médaille est signée A. Genest. Il s’agit du graveur Pierre-Marie-Alphonse Genest, né le 31 juillet 1844, à Saint-Joseph-de-la-Pointe-Lévy. Après des études au collège de Sainte-Thérèse, il enseigne le dessin au Collège de Lévis jusqu’en 1872, pour devenir ensuite fonctionnaire au département des Terres et Forêts du gouvernement du Québec. En 1874, il est admis à la Corporation des arpenteurs-géomètres de la province de Québec.

Pour des raisons de santé, il séjourne à Paris de décembre 1884 à août 1886. Il en profite pour se perfectionner en peinture à l’atelier d’A.E. Carolus-Duran (Charles-Auguste-Émile Durand) et en sculpture chez Félix-Paul Jobbé-Duval. À son retour, il expose au parlement quatre médaillons, La Patrie, L’Histoire, La Religion, et La Poésie, qui furent probablement présentés à l’Exposition coloniale de Londres et à l’Académie canadienne, en 1886. L’année suivante, il remporte le premier prix à l’Exposition provinciale de Québec. Il se partage entre sa profession comme fonctionnaire et son art lors de ses moments de loisirs. En 1900, il envoie une vitrine de médailles ainsi que deux bas-reliefs pour l’Exposition universelle de Paris. Il a réalisé un buste d’Octave Crémazie et signe, en 1887, avec Louis Bottée, la médaille du lieutenant-gouverneur Auguste-Réal Angers. Il décède à Québec, le 13 septembre 1901.

Denis Racine, AIG

 

François de Montmorency-Laval – #115 – été 2013

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Avers de la médaille François de Laval, œuvre de Stefano Johnson, vers 1885. (Collection de l’auteur).

Le premier évêque de Québec est né à Montigny-sur-Avre (Eure, France), en 1623. En 1658, il est nommé vicaire apostolique de la Nouvelle-France et est sacré dans l’église Saint-Germain-des-Prés, à Paris. Arrivé à Québec en 1659, il fonde en 1663 la communauté des prêtres du Séminaire de Québec, puis le Grand Séminaire et le Petit Séminaire. En 1674, lors de la création du diocèse de Québec, il en devient le premier évêque. Il démissionne en 1685 et se retire alors au Séminaire de Québec où il termine ses jours. Il décède en 1708 et est inhumé dans la cathédrale de Québec. En 1878, son corps est exhumé pour être transféré dans la crypte de la chapelle extérieure du Séminaire de Québec, avant d’être ramené, en 1950, dans la chapelle funéraire conçue par l’architecte Adrien Dufresne et en 1993, dans une autre chapelle funéraire qui lui est consacrée dans la Basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec. Il est déclaré bienheureux par le pape Jean-Paul II en 1980.

Lors de l’année du tricentenaire de Québec, un monument à sa mémoire, œuvre de Louis-Philippe Hébert, est érigé en face de l’archevêché. Son inauguration, le 21 juin 1908, donne lieu à une grande fête, prélude aux célébrations soulignant le tricentenaire de la fondation de Québec, un mois plus tard.

La médaille aurait été frappée vers 1885 pour le Grand Séminaire de Québec. L’avers fait voir au centre le buste de Mgr de Laval, avec le nom de l’auteur, Johnson, et en exergue, ses armes. La légende indique : FRANCISCUS DE LAVAL PRIMUS EPISCOPOR CANAD. CONDITOR SEM. QUEBECENS. Il représente le portrait de l’évêque de Québec dessiné sur pierre par Guiseppe Fassio, en 1844, lithographié par Napoléon Aubin d’après une gravure de Claude Duflos de 1708, elle-même inspirée du tableau du Claude François (frère Luc) de 1672.

Sur le revers, au centre, est inscrit DOCTRINAE ET PIETATI, entouré d’une couronne de lauriers et de la légende DISCIPLINAE THEOLOG. ACADEMIAE LAVALLINAE.

La médaille (Leroux, no 1840) a un diamètre de 39  mm et un poids de 21,175 g. Elle est fabriquée en métal blanc.

Son auteur est Stefano Johnson. En 1836, il fonde à Milan (Italie) une société de fabrication de médailles. Son père, Giacomo Johnson, aussi graveur, a travaillé à Birmingham (Grande-Bretagne), puis à Lyon avant de se fixer à Milan. La société est reprise en 1880 par le fils de Stephano, Federico, puis par son petit-fils Stephano et par son arrière-petit-fils Cesare, jusqu’à ce que l’atelier soit détruit en 1943 à la suite d’un bombardement aérien. Elle a produit de nombreuses médailles commémorant divers faits ou évènements historiques de l’Italie. Ses descendants, Riccardo Johnson, Mariangela Johnson et son époux Roberto Pasqualetti ont aussi repris le flambeau jusqu’à nos jours. Les Johnson ont travaillé avec la plupart des grands sculpteurs italiens de leur époque, Emilio Greco, Luciano Minguzzi, E. Fazzini, F. Bodini, E. Manfrini, Arnaldo Pomodoro et V. Crocetti.

Stefano Johnson est notamment l’auteur d’une médaille à l’effigie du pape Léon XIII, de même que la médaille Tiffin, commandée pour le château Ramezay. Pendant plusieurs années, l’établissement Johnson, de Milan, a frappé les médailles de la Royal Philatelic Society of Canada.

Denis Racine, AIG

 

La Société Saint-Jean-Baptiste – #114 – été 2013

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Anvers de la médaille de Ludger Duvernay de 1909 (Collection privée)

La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a été fondée en 1834 par Ludger Duvernay dans le contexte des revendications qui allaient conduire à la rébellion de 1837-1838. Ainsi, le 24 juin de cette année-là, Duvernay convie une soixantaine d’invités à un banquet d’inspiration nationaliste par opposition à la Loge franc-maçonnique de Montréal et aux extrémistes du Doric Club, devenant ainsi l’instigateur de notre fête nationale.

Ludger Duvernay est alors une personnalité en vue, propriétaire du journal La Minerve qu’il publie depuis 1827. Ce journal constitue le principal véhicule de soutien du parti patriote de Louis-Joseph Papineau.

Tout cela a valu à Duvernay de devoir s’exiler en Nouvelle-Angleterre de 1838 à 1842. Dès son retour, il remet la Société sur pied sous le nom d’Association Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Lors de la première assemblée générale des membres, Denis-Benjamin Viger est élu président. Plusieurs personnes bien connues lui succéderont, notamment Joseph Masson (1845), Auguste-Norbert Morin (1846-1847), George-Étienne Cartier (1854-1855), Frédéric-Auguste Quesnel (1860), Pierre-Joseph-Olivier Chauveau (1865-1866), Gédéon Ouimet (1869-1870), Antoine-Aimé Dorion (1874), Napoléon Bourassa (1881), Laurent-Olivier David (1888-1892), Olivar Asselin (1913-1914), Victor Morin (1915-1924), François-Albert Angers (1969). La Société est toujours active de nos jours, ayant comme mission la protection de la langue française et la promotion de notre histoire nationale et de l’indépendance du Québec. Son président est Mario Beaulieu depuis 2008.

En 1884, l’Association célèbre son cinquantenaire. On émet donc deux médailles commémoratives en bronze doré (Leroux, nos 1742 et 1743). Sur l’avers, le portrait de Ludger Duvernay apparaît au centre, cerclé d’une guirlande de feuilles d’érable, ayant à sa base un castor avec la légende suivante du côté extérieur : « Ludger Duvernay, fondateur 1834 ». Au revers, les armes de l’Association sont entourées de la devise suivante : « Association de St.Jn.Baptiste de Montréal, 50e anniversaire 1884 ». La première médaille a un diamètre de 34 mm, et la seconde, de 52 mm. Un anneau est fixé à chacune des médailles afin qu’elle puisse être portée sur la poitrine. La plus grosse médaille porte la signature d’A. Bertrand, Paris, au bas de l’effigie de Duvernay. Il s’agit de la maison Arthus-Bertrand, issue de la fusion, dans les années 1860, de l’entreprise de broderie de matériel militaire de Michel-Ange Marion et de la librairie de Claude Arthus-Bertrand, toutes deux fondées en 1803. En plus de réaliser des broderies militaires et des drapeaux d’apparat, elle fabrique des insignes militaires et civils et des décorations tant françaises qu’étrangères. Aujourd’hui, elle a pignon sur rue à place Saint-Germain-des-Prés, à Paris, et frappe et commercialise toujours toutes les décorations françaises.

En 1909, l’Association compte 75 ans d’existence. On fait frapper une nouvelle médaille en cuivre de 40 mm. Sur l’avers, on aperçoit le portrait de Louis-Hippolyte La Fontaine avec à sa droite, l’année de sa naissance (1807) et à sa gauche, l’année de son décès (1864). Au haut, est inscrit le nom « La Fontaine » et en exergue, sa devise, « Notre langue, nos institutions, nos lois ». Sur le revers, au centre, les armes de l’Association sont soutenues par une guirlande de feuilles d’érable, entourée des mots « 75e » à droite et « Annv » à gauche, et sous les feuilles d’érable, est inscrite l’année 1909. Au-dessus des armes, on peut voir la devise « Rendre le peuple meilleur » et les mots « Association St-Jean-Baptiste de Montréal », en exergue. Elle est l’œuvre du médailliste, peintre et décorateur parisien Armand Bargas et frappée par la maison Duval & Janvier, aussi de Paris. Bargas a été actif durant la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle. Membre de la Société des artistes français, il a réalisé notamment des boucles de ceinture et de nombreux modèles de boutons dans le style Art nouveau, qui sont signés « A. Bargas » ou simplement « AB ». Parmi les médailles qu’il a gravées, soulignons celle à l’effigie du président de la République française, Sadi Carnot, assassiné à Lyon le 24 juin 1894 et celle intitulée « Gloire aux Serbes », en 1916.

De plus, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a créé, en 1923, la médaille Bene Merenti de Patria, œuvre de Jean-Baptiste Lagacé. Les premiers récipiendaires ont été Laurent-Olivier David et Marie Lacoste-Gérin-Lajoie, en 1924. Plus récemment, Alice Poznanska-Parizeau et Mary Travers ont été honorées à titre posthume, tandis que Marcel Masse, ancien ministre de l’Éducation du Québec et de la Défense du Canada, ardent promoteur de la spécificité québécoise, l’a reçue, en juillet 2012. Ce fut l’occasion de souligner les 45 ans de la visite du général de Gaulle et de son célèbre « Vive le Québec libre! », visite à laquelle M. Masse fut étroitement associé en sa qualité de ministre.

Denis Racine, AIG

Médaille de l’Exposition agricole et industrielle – #113 – printemps 2013

Avers de la médaille conçue par Adolphe-Louis Gerbier pour l’Exposition agricole et industrielle. (Coll. de l’auteur)

Dans la foulée du succès de la première exposition universelle tenue à Londres, en 1851, on organise annuellement, au Québec, des expositions agricoles et industrielles. Celles de Montréal ont lieu au Palais de cristal. Cet édifice, de fer et de verre, inauguré par le prince de Galles en 1860, se voulait une réplique du palais érigé à Londres en 1851. D’abord construit rue Sainte-Catherine, il est relocalisé, en 1879, dans le Fletcher’s Field (parc Jeanne-Mance). Il abritait aussi une vaste patinoire.

Après l’incendie du Palais de cristal, en 1896, les expositions se tiennent désormais à Sherbrooke, Trois-Rivières et Saint-Hyacinthe.

Les visiteurs peuvent admirer des objets dans plusieurs domaines (horticulture, beaux-arts, art aratoire, etc.) ou des animaux de ferme présentés par les exposants, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du bâtiment. Les meilleurs sont récompensés par des prix en argent, des diplômes ou des médailles.

La médaille est en en or, en argent et en bronze (ou bronze cuivre), d’un diamètre de 50 mm (Leroux, no 1470). Sur l’avers, apparaissent  au centre les armes de la province de Québec, entourées de deux branches de feuilles d’érable, avec la légende AGRICULTURAL AND INDUSTRIAL EXHIBITION, au haut, et PROVINCE OF QUEBEC, au bas, et le nom de l’artiste, A. Gerbier. Sur une autre version de la médaille, on a ajouté le mot « graveur » après le nom de l’artiste. Au revers, le centre est dégagé pour inscrire le nom du gagnant, qui est entouré d’une couronne de feuilles d’érable, avec la même légende qu’au revers, mais en français. Sur la tranche, le mot « bronze » est inscrit pour les médailles ne comportant que le nom de Gerbier, tandis que les mots « bronze » et « cuivre » sont présents lorsque le nom de Gerbier est suivi du mot « graveur ».

Elle a été frappée en 1880. Dans le rapport du Comité permanent des expositions provinciales au sujet de l’exposition qui s’est tenue à Montréal du 14 au 23 septembre 1881, on peut lire :

« Le Comité croyant qu’il serait à propos d’accorder certaines marques de distinction aux exposants les plus méritants, et qu’on devrait accorder quelques autres récompenses, en outre des prix en argent et des diplômes, des dispositions furent prises en conséquence pour faire faire à Paris, une matrice sur laquelle furent frappées des médailles ».

Lors de l’exposition de 1881, on a distribué 12 médailles d’or, 34 d’argent et 32 de bronze. L’année précédente, une seule médaille d’or a été remise. En 1882, ce sont 3 d’or, 44 d’argent et 40 de bronze. C’est dire à quel point elle a connu une large distribution avec les années.

Plusieurs commerçants illustrent leur publicité d’une médaille qu’ils ont obtenue lors d’une des expositions, tels N. et A.C. Larivière, constructeurs de carrioles de la rue Saint-Antoine, à Montréal, qui font étalage de leurs nombreuses médailles, dont celle de l‘exposition de 1882, dans l’Annuaire de Montréal de 1892, et le cordonnier Joseph Gilbert, de la rue Saint-Jean à Québec, qui reproduit la sienne, remportée en 1887, dans les annuaires de Québec de 1889-1890, 1890-1891 et 1893-1894.

Cette médaille côtoie souvent dans ces publicités celles du Dominion du Canada (Leroux, no 1460) ou de Toronto (Leroux, nos 1463 à 1468).

Il semble que cette médaille fut aussi utilisée par le département du surintendant de l’Instruction publique (ancêtre de notre ministère de l’Éducation), car sur certains exemplaires, on a ajouté, burinée en rond à l’intérieur de la couronne, le nom du département, et au centre, un type de minerai ou de ses dérivés. Ainsi, dans la collection numismatique du Musée de l’Amérique française, on retrouve divers exemples : minerais de cuivre ou de fer, phosphates bruts ou ocres et autres couleurs minérales. Il s’agissait sans doute d’honorer les artisans ou les professeurs de techniques de travail qui les utilisaient.

L’artiste graveur, Adolphe-Louis Gerbier est né à Paris en 1829 et est décédé après 1901. Il a épousé Marie-Joséphine-Héloïse Amouroux, puis Marie-Victoire-Zoé Desjardin en secondes noces, à Paris, le 17 juillet 1897. Il a été l’élève de Le Saché, père. En 1879, il était inscrit à l’Annuaire des beaux-arts et arts décoratifs (p. 627). Son atelier était situé au 65, rue Richelieu, à Paris. Il avait exposé des pièces au Salon des artistes de Paris en 1874 et en 1877. Médailliste et graveur sur pierre, il est notamment l’auteur de la médaille de la ville de Bordeaux, du Conseil suprême du Pérou, de l’exposition de Porto Rico (1860) et de plusieurs autres attribuées lors des expositions agricoles en France.

Denis Racine, AIG

Le IVe Congrès de l’Association des médecins de langue française – #112 – hiver 2012

 La fondation, en 1843, de l’École de médecine et de chirurgie de Montréal (EMCM), avec ses cours dispensés tant en français qu’en anglais, vient faire contrepoids à l’Université McGill, institution unilingue anglophone, qui était, depuis 1829, la seule université autorisée à décerner des doctorats en médecine au Bas-Canada. Bien sûr, auparavant, il y avait eu quelques tentatives de mettre sur pied une école de médecine francophone, mais sans succès. Citons à cet égard, les formations théoriques offertes à Québec, au dispensaire en 1819, à l’hôpital des Émigrants en 1823 ou à l’hôpital de la Marine en 1834.

En 1847, le Parlement du Canada-Uni adopte la loi créant le Collège des médecins et chirurgiens du Bas-Canada qui choisit d’imposer une formation théorique d’au moins six mois en clinique médicale ou la pratique pendant un an dans un hôpital d’au moins 50 lits pour être admis à la profession. Pour rencontrer ces exigences, l’ECMC conclut une entente avec la Faculté de médecine de l’Université McGill afin de donner accès aux salles du Montreal General Hospital et à la Faculté pour les six derniers mois de formation. Dès lors, l’École devient entièrement francophone, puis s’affilie à l’Université Victoria, de Cobourg dans les années 1860. Elle est alors connue comme l’École Victoria.

À Québec, une école de médecine située dans l’hôpital de la Marine, voit le jour en 1849, puis s’affilie en 1852 à l’Université Laval, nouvellement créée. Le Dr Jean Blanchet est nommé doyen de la Faculté de médecine qui ouvre ses portes en 1854. Elle décerne son premier doctorat à François-Alexandre-Hubert Larue en 1859.

En 1877, l’Université Laval décide de s’implanter à Montréal. Naturellement, l’École Victoria pourrait devenir la nouvelle Faculté de médecine. Mais Laval exige d’imposer un contrôle sur l’enseignement, ce qui est perçu comme étant une atteinte à l’autonomie de l’école. Les négociations sont rompues et l’Université Laval crée une nouvelle Faculté de médecine. Les deux écoles se font concurrence jusqu’à leur fusion en 1891. Cela tombe à point nommé pour l’École Victoria, car l’Université Cobourg fusionnant avec l’Université de Toronto, son affiliation universitaire risquait de devenir problématique.

Entre-temps, dès 1826, la Société médicale de Québec voit le jour. Sa vie associative est ponctuée de haut et de bas, de sorte qu’il faut attendre jusqu’en 1896 pour qu’une certaine pérennité s’installe. En 1871, la Société médicale de Montréal est aussi fondée, qui publie dès l’année suivante, une revue sous le nom de l’Union médicale du Canada qui compte bientôt plus de 400 abonnés.

Ces structures permettent de mettre en lien les médecins francophones du Québec avec leurs confrères du reste du Canada et des États-Unis. Sur le plan international, quelques congrès se tiennent à compter de 1867 dans les grandes capitales européennes tous les cinq ans. Dans chacun des cas, rapidement, la question linguistique devient préoccupante avec les affrontements nationalistes qui en sont le corollaire. Au Canada, l’Association médicale canadienne est fondée à Québec, en 1867. Comme les anglophones y sont largement majoritaires, toutes ses communications sont faites en anglais, ce qui marginalise les francophones.

La présentation par le gouvernement de Wilfrid Laurier du projet de loi Roddick en 1896 va cristalliser l’opposition des francophones face à la tentative de mainmise du gouvernement fédéral sur la pratique de la médecine au Canada, ce qui risque encore d’isoler les francophones. C’est dans ce contexte qu’une rencontre réunissant 150 médecins francophones se tient à Québec en juin 1900 et jette les bases de ce qui sera, deux ans plus tard, l’Association des médecins de langue française de l’Amérique du Nord. Son premier président est le Dr Michel-Delphis Brochu (1853-1933), professeur à l’Université Laval et qui deviendra, en 1903, surintendant médical de l’asile Saint-Michel-Archange, ancêtre de l’hôpital Robert-Giffard. L’Association tient son premier congrès à Québec, du 25 au 27 juin 1902. Les congrès suivants ont lieu à Montréal en 1904, à Trois-Rivières en 1906, à Québec en 1908, et à Sherbrooke en 1910. Au IIIe congrès, on accueille des médecins étrangers de grande réputation : Samuel Pozzi, Adolpheus Knopf, Adrien Loir, Henri Triboulet et surtout le jeune Alexis Carrel, futur Prix Nobel de médecine. Par contre, le semi-échec de la rencontre de 1910 fait en sorte que la décennie 1910-1920 ne verra pas de nouvelles rencontres. C’est en septembre 1920 que le VIe congrès a lieu à Québec pour ensuite se poursuivre de façon bisannuelle par la suite. En 1946, l’Association modifie son nom en retranchant les mots « de l’Amérique du Nord » pour ajouter « du Canada ». En 2002, forte de ses 5 000 membres, elle célèbre ses 100 ans par la publication d’un ouvrage de 444 pages de Guy Grenier intitulé 100 ans de médecine francophone – Histoire de l’Association des médecins de langue française du Canada.

Le IVe Congrès se tient à Québec du 20 au 22 juillet 1908, à la veille des célébrations des fêtes du tricentenaire de fondation de la ville, sous la présidence du Dr Arthur Simard. Ceci lui donne un lustre particulier. Les 300 participants s’intéressent à l’inspection médicale des écoles et à l’enseignement de l’hygiène. Selon l’habitude, on frappe une médaille pour l’occasion.

Celle-ci est en argent, de forme rectangulaire (40 mm sur 56 mm) et d’un poids de 58,4 grammes. Sur l’avers, la partie supérieure présente une allégorie où une femme donne à boire à une jeune fille qui a la jambe droite appuyée sur un rocher. Dans la partie inférieure apparaît un espace vierge, sans doute pour pouvoir y graver le nom d’un lauréat. Au revers, y est inscrit « ASSOCIATION DES MÉDECINS DE LANGUE FRANÇAISE DE L’AMÉRIQUE DU NORD – IVe CONGRÈS  QUÉBEC 1908. La médaille est signée par H. Kautsch.

Heinrich Kautsch, fils d’un orfèvre, est né à Prague en 1859. Il étudie dans cette ville sous la direction des professeurs Popp, Mentzel et Schultz, puis à Vienne avec Stefan Schwart et König. À la fin de ses études, il voyage en Italie, en France et en Allemagne et revient à Prague en 1882 où il accepte un poste de professeur à l’École impériale des arts décoratifs. En 1888, il réorganise le Musée des arts décoratifs de Budweis (Bohême). L’année suivante, il s’établit à Paris. Il est membre du jury des beaux-arts et rapporteur officiel des beaux-arts et des arts décoratifs de l’Autriche-Hongrie lors de l’Exposition universelle de Chicago en 1893, et vice-président du jury lors de l’Exposition universelle de Paris en 1900. Il a été décoré de l’ordre de la Légion d’honneur et de l’ordre de François-Joseph. Il est le sculpteur notamment des médailles de Jeanne d’Arc, frappée en 1898 pour souligner le jubilée de la ville d’Orléans, de l’empereur François-Joseph en 1899, de la participation de la Bosnie-Herzégovine et de celle des Pays-Bas ainsi que du pavillon de l’Autriche lors de l’Exposition de Paris en 1900, du musicien Richard Wagner, du poète Friedrich von Schiller, du peintre Franz von Leinbach, du professeur Raphaël-Georges Levy, du pianiste et compositeur Émile Saüer, du prince Roland  Bonaparte, de l’archiduc Otto de Habsbourg en 1917, et du baron Oppel. Il signe la médaille d’argent de Bravoure à l’effigie de l’empereur Charles I d’Autriche-Hongrie en 1917. Ses médailles ont été longtemps exposées au Musée du Luxembourg. Il a aussi été photographe. Il est décédé à Vienne, en 1943.

De nos jours, l’Association distribue annuellement outre de nombreux prix, quelques médailles dont celles du Mérite, d’Excellence, d’Hommage et reconnaissance, de l’Association et du Partenariat.

Denis Racine, AIG

Photo: Avers de la médaille réalisée, en 1908, par K. Kautsch. (Collection de l’auteur)

Le premier Congrès de la langue française au Canada – # 110 – été 2012

 En juillet 2012, la Ville de Québec sera l’hôtesse du Forum mondial de la langue française. Cette initiative marque le centenaire d’une autre manifestation qui avait marqué son époque : le Premier Congrès de la langue française au Canada.

En 1902, un groupe de professeurs de l’Université Laval met sur pied la Société du bon parler français dont le premier président est Adélard Turgeon, ministre influent au gouvernement québécois et grand orateur.

Déjà, en 1880, la Société Saint-Jean-Baptiste invite les francophones de l’Amérique du Nord à participer à Québec à un grand congrès national concernant la défense et la promotion de la langue française. De plus, la célèbre réponse d’Henri Bourassa au discours de l’archevêque de Westminster, Mgr François Bourne, lors du Congrès eucharistique de Montréal en 1910, sur la relation entre l’Église catholique et la langue, est encore dans toutes les mémoires.

En 1912, à l’initiative de la Société qui compte plus de 1 000 membres et de son président, Mgr Paul-Eugène Roy, évêque auxiliaire de Québec, avec l’appui de l’abbé Stanislas Lortie, de l’avocat et futur juge Adjutor Rivard et de l’Action catholique de la jeunesse canadienne-française se tient dans cette université, du 24 au 30 juin, le Premier Congrès de la langue française, qui réunira avec succès, tous les chefs de file religieux, politiques et intellectuels de la francophonie nord-américaine de l’époque. Il a pour objet « l’examen des questions que soulèvent la défense, la culture et le développement de la langue et de la littérature françaises au Canada », sujet, soulignons-le, encore d’actualité, 100 ans plus tard. Les séances de travail se déroulent autour de quatre thèmes : les sciences, la pédagogie, la littérature et la propagande. Les grands discours sont prononcés lors des séances publiques qui reçoivent aussi les rapports des séances de travail.

À la tribune se succèdent nos grands orateurs : Louis-Adolphe Pâquet, Henri Bourassa et Lionel Groulx qui démontrent notamment les liens unissant la religion catholique et la langue française. L’archevêque nationaliste de Saint-Boniface, Mgr L.-P. Adélard Langevin, que l’on surnomme «le grand blessé de l’Ouest » inaugure, par un discours d’une émotion poignante, les assises. Alors que l’on se méfie de la France, qui avait récemment séparé l’État et l’Église, le consul Charles-Jules-Joseph Bonin connaît un énorme succès avec son discours bien senti.

Un grand ralliement populaire réunit 25 000 personnes au monument des Braves. C’est d’ailleurs lors de cette rencontre que l’on inaugure le monument Honoré-Mercier, en face de l’Hôtel du Parlement. Après la clôture, la population est invitée à assister à un magnifique feu d’artifice lancé de l’esplanade et des remparts.

Un Comité de la langue française naît de cette rencontre afin de faire le lien entre les groupes et de promouvoir la langue et la culture françaises. Cet organisme disparaîtra dans les années 1920.

En coulisse du Congrès, on s’inquiète des intentions du gouvernement ontarien qui s’apprête à adopter l’infâme Règlement 17, qui impose l’anglais comme la langue d’enseignement dans cette province et maintient, par voie d’exception, les écoles catholiques françaises, qui se retrouvent sous la tutelle d’inspecteurs protestants anglophones. La résistance s’installe d’abord en Ontario, notamment avec la fondation du journal Le Droit, à Ottawa, en mars 1913, puis s’étend au Québec où cet enjeu vient se superposer avec la participation d’abord volontaire, puis par voie de conscription, des francophones à la Grande Guerre.

Un deuxième congrès se tient à Québec en 1937 et sur lequel nous reviendrons dans un autre article. Un troisième congrès aura lieu en 1952, suivi d’un Congrès de la refrancisation en 1957 et des États généraux du Canada français en 1967.

Le compte rendu du Congrès en deux volumes a été publié en 1913. On a aussi frappé pour l’occasion, une médaille dont la description officielle est la suivante :

« La médaille porte, à l’avers, la figure d’une jeune mère de famille canadienne, personnification idéale de notre nationalité, dans une noble posture, le bras droit reposant affectueusement sur l’épaule de son fils aîné, à qui elle interprète les hautes leçons de patriotisme rayonnant au livre de notre histoire, que, de la main gauche, elle tient appuyé sur ses genoux et ouvert à l’endroit où se détachent les noms aimés de Champlain, de Laval, de Montcalm et de Lévis. Sur le sol, aux pieds de la mère canadienne, le fils cadet, un tout jeune enfant, a interrompu les débats de son âge et tournant vers le groupe qui le domine une figure où brille un air d’intelligence et de précoce attention, il prête aussi l’oreille aux enseignements maternels. Dans le lointain de la perspective apparaît la modeste église canadienne-française, avec son clocher à la pointe effilée, se détachant sur le fond des premiers contreforts de nos Laurentides. Au bas de ce délicieux tableau, on lit ces simples mots, très expressifs : PARLONS FRANÇAIS!

Au revers, dans une légère concavité que la double ligne de bordure, nettement dessinée, détache avec le meilleur avantage, et couchée sur un semis de rameaux et de feuilles d’érable, apparaît, au centre, l’inscription : 1er Congrès de la langue française au Canada, Québec, 1912. En exergue, ponctuée par une fleur de lys, se déroule vers, si bien inspiré, de notre cher poète canadien-français d’adoption, Gustave Zidler, cette sentence heureuse, qui est devenue la devise de choix de tout mouvement français d’Amérique : “C’est notre doux parler qui nous conserve frères”.

Deux rameaux d’érable, au feuillage entrelacé, en s’unissant par la base, forment la bélière de la médaille. Elle s’attache à un riche ruban, tissé expressément pour l’occasion, aux couleurs spéciales adoptées par le Congrès : blanc et bleu d’azur.

Cette médaille a été frappée en bronze patiné, plus quelques centaines d’exemplaires en bronze argenté, qui furent offerts aux membres du Comité organisateur et aux plus dévoués zélateurs de l’œuvre du Congrès. » (Premier Congrès de la langue française au Canada, Québec, 24-30 juin 1912 : compte rendu, Québec, 1913, p. 61).

Pour graver la médaille, on fait appel au sculpteur français, Pierre-Alexandre Morlon (1878-1951). La médaille, d’un travail délicat, tranche avec l’académisme froid, courant de l’époque et est remarquée lors du Salon des artistes français, en 1912, où elle est présentée. Élève d’Alexandre Falguière, Morlon réalise le monument aux Morts de sa commune d’origine, Macon, ainsi que la médaille commémorative française de la Grande Guerre, en 1921, et la célèbre médaille interalliée de la Victoire, en 1923. Il crée, en 1931, un nouveau type de monnaie à la tête de la République coiffée d’un bonnet phrygien ceint d’épis et de feuilles de chêne (le type Morlon) qui sera utilisé pour les pièces de 50 centimes, d’un et de deux francs par la Monnaie française jusqu’en 1959.

Denis Racine, AIG

Illustration: Avers de la médaille de bronze réalisée par le sculpteur français Pierre-Alexandre Morlon pour le Congrès de la langue française au Canada, en 1912. (Collection de l’auteur)

L’Exposition universelle de Paris en 1900 – # 109 – printemps 2012

  Le but d’une exposition universelle est de montrer les progrès réalisés dans tous les domaines de l’activité humaine. La première a lieu à Londres en 1851. Paris a présenté celles de 1855, 1867, 1878, 1889 et 1900. À partir de 1931, ces événements sont règlementés par la Convention de Paris de 1928 qui distingue les expositions universelles de celles qui sont dites spécialisées (comme celle de Paris en 1937). L’Exposition universelle de 1900 se propose de faire le bilan d’un siècle qui s’achève et qui a été très significatif pour l’avancement des sciences et de l’industrie, de célébrer le nouveau qui commence et dont tous prophétisent que ses réalisations dépasseront les rêves les plus fous. De plus, la Ville lumière désire manifester qu’elle est toujours la capitale des arts et de la civilisation. L’Exposition est inaugurée le 14 avril 1900 et se termine le 12 novembre. Elle accueille une foule record de 51 millions de visiteurs. Son site s’étend sur 216 hectares, partant du Grand et du Petit Palais, traversant la Seine vers l’Esplanade des Invalides, continuant sur les deux rives de la Seine jusqu’au Trocadéro, au Champ-de-Mars et enfin au bois de Vincennes. Le métro de Paris, le Grand, le Petit Palais et le pont Alexandre III sont les legs de cet événement. Découverte des civilisations dans l’espace et le temps, la place dévolue aux colonies françaises atteint une importance inégalée, plus du double qu’en 1889. Dans le domaine des arts, c’est le triomphe de l’Impressionnisme et de l’Art nouveau, alors que du côté des sciences, l’électricité est la grande vedette.

Le Canada participe à la plupart des expositions depuis 1851, à l’exception notable de celle de 1889. En 1900, le pavillon canadien propose notamment les œuvres de divers artistes (Suzor-Coté, Hébert, Beau, Brownell).

Plusieurs médailles ont été émises pour commémorer cette exposition. Celle du Canada est réalisée par le sculpteur Louis-Philippe Hébert (1850-1917).

Sur l’avers, il y a le portrait du commissaire général du Canada, J. Israël Tarte (1848-1907), ministre des Travaux publics de Wilfrid Laurier, au-dessus, la légende Le CANADA EST UNE NATION, et en bas, HON. J.I. TARTE COMMISSAIRE GÉNÉRAL. Au revers, au centre, on peut voir les noms des commissaires, les uns sous les autres, COMMISSAIRES J.X. PERRAULT, J.C. JARDINE, LT.COL. F. GOURDEAU, W.D. SCOTT, SECRÉTAIRE L.A. CUSSON, entourés de deux guirlandes de feuilles d’érable, partant d’une branche sur laquelle figure un castor. La légende du haut est EXPOSITION INTERNATIONALE et celle du bas, PARIS 1900.

La légende de l’avers, qui fait l’intérêt de cette médaille, est sans doute inspirée par Tarte lui-même dont le nationalisme, les discours et les attitudes francophiles avant et durant l’exposition, irriteront les anglophones et conduiront à sa rupture avec Wilfrid Laurier, en 1902. Néanmoins, cette médaille inscrit dans le bronze l’ambition du Canada de rejoindre véritablement le concert des nations, rompant progressivement avec une politique des affaires étrangères décidée en son nom à Londres, centre de l’Empire britannique. Ce statut de nation lui sera définitivement reconnu lors de sa participation à la Première Guerre mondiale, au traité de Versailles en 1919 et finalement au statut de Westminster, en 1931.

Louis-Philippe Hébert est l’un des grands artistes du Québec. Il a étudié auprès de Napoléon Bourassa et débute sa carrière professionnelle en 1878. Il réalise les monuments de Michel de Salaberry (à Chomedey), de Mgr Joseph-David Déziel (à Lévis), de Mgr François de Laval (à Québec), de nombreux personnages qui ornent la façade du parlement à Québec (Louis de Buade, comte de Frontenac, Louis-Joseph de Montcalm, François-Gaston de Lévis, James Wolfe, Charles-Michel de Salaberry, Louis-Hippolyte Lafontaine, James Bruce lord Elgin) et du roi Edward VII au carré Phillips à Montréal. Pour réaliser les statues de la reine Victoria et du premier ministre MacKenzie, sur la colline parlementaire à Ottawa, il se rend à Paris durant l’Exposition universelle de 1900. Ces deux œuvres sont présentées dans le pavillon canadien. Il est aussi l’auteur de plusieurs médailles dont celles de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, Benjamin Sulte, Faucher de Saint-Maurice, Louis Fréchette, Pierre-Évariste Leblanc, Félix-Gabriel Marchand, Damien et Jean-Baptiste Rolland, Joseph Tassé et Charles Tupper.

Denis Racine, AIG

Photo: Avers de la médaille de Louis-Philippe Hébert dans Raymond Boily, Monnaies, médailles et jetons au Canada. Sillery, Société numismatique de Québec, 1981, 86 p.

1886 : Le premier cardinal canadien – #108 – hiver 2011

 Le 7 juin 1886, le Vatican annonce une nouvelle qui réjouit tous les Québécois : le pape Léon XIII élève au rang de cardinal Mgr Elzéar-Alexandre Taschereau, archevêque de Québec. C’était il y a 125 ans. Il est le premier Canadien à devenir membre du Sacré Collège et le second en Amérique du Nord, après l’archevêque de New York, John McCloskey, créé cardinal en 1875. L’archevêque de Baltimore, Mgr James Gibbons, reçoit la pourpre cardinalice en même temps que Mgr Taschereau. La semaine suivante, le pape érige en archevêché les diocèses de Montréal et d’Ottawa. Le 29 juin, l’émissaire du Vatican, le comte Charles Gazzoli, remet au nouveau prince de l’Église, la calotte cardinalice, tandis que la remise de la barrette se fera le 21 juillet. Ces événements donneront lieu à de grandes fêtes populaires et à des élans légitimes de fierté qui surviennent quelques mois après la commotion nationale créée par la pendaison de Louis Riel.

Mgr Taschereau est né le 17 février 1820 à Sainte-Marie de Beauce. Il est le fils du seigneur du lieu, Thomas-Louis Taschereau et de Marie Panet (nièce d’un ancien évêque de Québec, Bernard-Claude Panet). Après des études au Séminaire de Québec, il est ordonné prêtre le 10 septembre 1842. Il poursuit ses études à Rome où il obtient un doctorat en droit canon, en 1856. Revenu au pays, il devient professeur au Séminaire de Québec, puis directeur des études et enfin, supérieur. Il participe à la fondation de l’Université Laval en 1852, dont il sera le recteur de 1860 à 1866 et de 1869 à 1871. Vicaire général du diocèse de Québec, en 1862, le pape Pie IX le nomme archevêque de Québec, le 24 décembre 1870, après la mort de son prédécesseur, Mgr Charles-François Baillargeon. Durant son mandat, ses idées libérales le mettent en opposition avec les ultramontains, représentés par les évêques de Montréal et de Trois-Rivières, Ignace Bourget et Louis-François Laflèche. Après 1886, sa santé commence à décliner et c’est son coadjuteur, nommé en 1891, Mgr Louis-Nazaire Bégin, qui dirige l’archidiocèse. Il décède le 12 avril 1898 sans jamais participer à un conclave puisque ce n’est qu’en 1903, à la suite du décès de Léon XIII, après 25 ans de pontificat, que se tiendra le suivant.

Un magnifique monument sera élevé à sa mémoire, en 1923, en face de la basilique-cathédrale Notre-Dame-de-Québec.

C’est à l’occasion de sa nomination au titre de prince de l’Église qu’est frappée, en étain, en cuivre et en argent, une médaille d’un diamètre de 38 millimètres.

Sur l’avers apparaît le buste du cardinal entouré de la légende : E.A.S.R.E. CARD. TASCHEREAU, ARCHPUS QUEBECEN 1886.

Sur le revers sont gravées les armoiries du diocèse de Québec (D’or, à une Notre-Dame et un Saint-Louis de carnation, vêtus de gueules et d’azur, ayant nimbe, couronne et sceptre du champ. L’écu porte la mitre et la crosse tournée à l’extérieur, surmonté du chapeau et de cinq rangs de houppes). Le tout est entouré de la devise Tales ambio defensores. La médaille n’est pas signée. Toutefois, un exemplaire en or dans un écrin, remis au cardinal, porte sur la tranche la mention qu’elle fut offerte par Gustave Seifert.

Dès lors, on peut présumer, comme l’a fait Raymond Boily dans son ouvrage Monnaies, médailles et jetons du Canada, qu’on peut attribuer la médaille à l’orfèvre et horloger Gustave Seifert (1813-1909), dont l’atelier était situé au 12, rue de la Fabrique, à Québec.

Denis Racine, AIG

 

L’exposition provinciale de Québec – # 107 – automne 2011

 Expo Québec célèbre en 2011 son centenaire. Toutefois, l’exposition provinciale existe depuis 1854. D’abord présentée en alternance avec Montréal, l’exposition agricole élit, définitivement domicile à Québec, à la fin du XIXe siècle, ce qui donne lieu en 1892, à la création de la Compagnie de l’exposition de Québec. L’exposition a lieu généralement sur le terrain du manège militaire, à la haute-ville. Puis, l’étroitesse des lieux incite la Compagnie à acquérir, en 1898, et à aménager la propriété Gowen à Limoilou, à proximité des rivières Lairet et Saint-Charles. Ce site est depuis cette époque le lieu où se tient annuellement l’exposition. À la suite de nombreux conflits avec les autorités municipales, la Ville de Québec achète, en 1911, le terrain et les bâtiments de la Compagnie pour une somme de près de 200 000 $ et crée la Commission de l’exposition qui a le mandat d’organiser l’évènement annuellement. Elle fait construire divers édifices afin de servir de base permanente à l’exposition : le Palais des beaux-arts en 1913, le Palais central en 1916, le Palais de l’industrie en 1924 et le Palais de l’agriculture en 1930. C’est en 1942 qu’une patinoire est aménagée dans ce dernier palais jusqu’à ce qu’un incendie le détruise en 1949. Il a depuis été remplacé par le Colisée actuel.

Une médaille émise en 1894 a attiré mon attention par la beauté de l’avers. Celui-ci comprend au centre deux personnages mythiques, un homme symbolisant l’industrie et une femme, l’agriculture. Au haut, apparaît la légende EXPOSITION AGRICOLE ET INDUSTRIELLE, tandis qu’au bas, il y a une vue de Québec à partir du fleuve, avec en avant-plan le port et un gros navire et en arrière-plan, la citadelle. Au revers, entouré d’une couronne de feuilles d’érable, sous les mots LA COMPAGNIE D’EXPOSITION DE QUÉBEC – DÉCERNÉE À est inscrit le nom du récipiendaire et l’année, CUSHING & CO 1894.

Cushing & Co. était une société commerciale montréalaise. Selon l’annuaire Lovell, son propriétaire, Frederick Cushing, après avoir été associé dans l’entreprise Holland & Cushing, fonde, en 1876, son propre commerce qui continue les activités d’importation de petites marchandises, jouets et biens de fantaisie et de grossiste au coin des rues Saint-Paul et Saint-Sulpice. Elle déménage par la suite au 3, rue de Brésoles, puis au 63, rue King. En 1894, elle s’annonce comme fabricant de brosses. Cushing & Co. semble cesser de faire des affaires après 1898.

La médaille est en bronze plaqué or, d’un diamètre de 50 mm. Elle est l’œuvre du sculpteur Louis-Alexandre Bottée (1852-1941). Né à Paris, celui-ci a appris son métier comme apprenti dans une manufacture de boutons, à laquelle était rattaché un studio pour graver des médailles. Il a, par la suite, étudié à l’École nationale supérieure des beaux-arts en 1871 et devient un disciple d’Hubert Ponscarme, Auguste Dumont et Jean-François Millet. En 1878, il obtient le Grand Prix de Rome. Au Salon des artistes français, il reçoit une médaille de troisième classe en 1882, de deuxième classe en 1887 et de première classe en 1894. Il est récipiendaire d’une médaille d’or lors de l’Exposition universelle de 1900 et fait officier de la Légion d’honneur en 1903. Il est admis à l’Académie des beaux-arts en 1930. Il a aussi beaucoup travaillé pour le Québec. On lui doit les médailles des lieutenants-gouverneurs Joseph-Adolphe Chapleau (1892), Amable Jetté (1898), Charles-Alphonse-Pantaléon Pelletier (1908) et François Langelier (1911).

Denis Racine, AIG

 

L’inauguration du Pont Victoria. – #106 – été 2011

medaille-106Au XIXe siècle, quelques médailles ont été émises. Il s’agit souvent de médailles pieuses. Toutefois, certaines retiennent l’attention. Parmi celles-ci, en voici quelques-unes reliées à un événement important. La visite du prince de Galles, futur Edward VII, au Canada, en 1860, a suscité beaucoup d’émoi. En effet, c’était la première visite de ce genre au pays et elle suivait de peu celle du navire la Capricieuse qui avait donné lieu à un vaste mouvement d’enthousiasme scellant nos retrouvailles avec la France. On avait construit à Montréal un grand pont afin de joindre l’île et la rive sud. Comme on envisage de lui donner le nom de la souveraine régnante, Victoria, il est donc naturel de l’inviter . venir l’inaugurer. Mais il s’agit d’un long voyage et la reine désigne son fils aîné, le prince de Galles, en janvier 1860, afin de la représenter. La Ville de Québec n’est pas en reste, car la session parlementaire débute le 28 février dans un tout nouvel édifice qui remplace celui incendié en 1854. Malheureusement, la session vient à peine de commencer qu’un vaste incendie détruit Spencer Wood, la demeure du gouverneur général à Québec. Le prince Albert Edward quitte Plymouth à bord du vaisseau Hero, escorté par l’Ariadne, le 10 juillet 1860. Il est accompagné de sept personnalités dont le duc de Newcastle, secrétaire d’état aux colonies. Il arrive à Saint-Jean (T.-N.) le 23, pour ensuite se rendre à Halifax, Saint-Jean (N.-B.), Fredericton et Charlottetown. Il débarque à Gaspé le 12 août, remonte le Saguenay jusqu’au cap éternité, puis arrive à Qu.bec le 18. Le 21, il est reçu au parlement dans la salle du Conseil législatif. À cette occasion, il fait chevalier les deux orateurs : Henry Smith, de l’Assemblée législative, et Narcisse-Fortunat Belleau, du Conseil législatif. Puis, après une escale à Trois-Rivières, il se rend ensuite à Montréal afin d’inaugurer, le 25 août, le pont Victoria. Le prince continue son voyage jusqu’à Ottawa où il pose la première pierre des édifices parlementaires. On sait que cette ville vient d’être choisie par sa mère pour être la nouvelle capitale permanente du Canada. Le 7 septembre, il est à Toronto, puis à Sarnia, aux chutes du Niagara, à Hamilton. Par la suite, la visite se poursuit . Detroit, Chicago, Saint Louis, Cincinnati, Washington, Richmond, Philadelphie, New- York, Albany, Boston avant de repartir vers la Grande-Bretagne de Portland, le 20 octobre. Après une traversée éprouvante, le prince rentre à Plymouth le 15 novembre. La construction du pont Victoria a débuté en 1854 pour se terminer en 1859. C’est une structure tubulaire, composée d’éléments de fer forgés préfabriqués en Angleterre et conçue par le célèbre ingénieur Robert Stephenson, qui s’est inspiré du pont Britannia et du pont Conwy, au pays de Galles. Le long tube est érigé sur des piles de maçonnerie, renforcées de becs brise-glace massifs. Trois mille travailleurs ont participé au chantier. C’est alors le plus long pont du monde. Toutefois, en 1898, la structure tubulaire est remplacée par la charpente de treillis métalliques que nous connaissons aujourd’hui. La visite du prince de Galles en 1860 donne lieu à l’émission de deux médailles. La première, ayant 48 millimètres de diamètre, porte à l’avers le buste du prince et la légende Albert Edward Prince of Wales. Sur le revers apparaît la couronne du prince avec ses plumes emblématiques, une guirlande et un ruban sur lequel est inscrit le mot Welcome, le tout entouré de la légende Visited Canada and inaugurated the Victoria Bridge. 1860. Le portrait du prince est l’oeuvre de J. S. Wyon et le revers, d’après M. D. Wyatt. Elle a été frappée en or, en argent et en bronze (Leroux, no 641, Eimer, no 1535). Joseph Shepherd Wyon (1836-1873) provient d’une célèbre famille de graveurs anglais. Il a étudié à l’Académie royale. En 1858, il est nommé graveur en chef des Sceaux, succédant à son père Benjamin Wyon. À son décès, il sera remplacé par son frère Alfred Benjamin Wyon, avec lequel il a beaucoup travaillé. Il est l’auteur de nombreuses médailles, notamment celles des gouverneurs généraux du Canada, Dufferin, Lorne et Lansdowne. Matthew Digby Wyatt (1820-1877) est quant à lui architecte et designer. La seconde médaille a 44 millimètres de diamètre. Le buste du prince en uniforme apparaît à l’avers avec la légende H.R.H. The Prince of Wales born 9 nov. 1841. Au revers, on aperçoit une vue du pont avec un train qui vient de le traverser et la légende Opened by the Prince of Wales 1860, puis en exergue, Victoria Bridge Montreal. On ignore le nom de l’artiste qui a réalisé la médaille. Elle a été frappée en bronze et en métal blanc. Il existe plusieurs variétés de cette médaille; la longueur de la moustache du prince, ou son absence, les distingue (Leroux, no 642, Eimer, no 1536). Deux autres médailles ont été frappées pour souligner l’ouverture du pont. Elles sont signées par Abraham Hoffnung, marchand, joaillier et bijoutier, de Montréal, dont la boutique est située au 170, rue Notre-Dame et qui fut l’un des fondateurs de la synagogue germano-polonaise, en 1858. Sur la première, on aperçoit sur l’avers une vue du pont Victoria, du port et de la ville de Montréal, ainsi que les armes de celle-ci, avec la légende The Victoria Bridge Medal en haut, Grand Trunk Railway of Canada, au bas, et au centre, The Victoria Bridge Montréal, the greatest work of engineering skill in the world publikly inaugurated and opened in 1860 Ross Stephenson. Au revers, il y a en haut les armes de la Grande-Bretagne avec sa devise Dieu et mon droit, trois médaillons sur les côtés et le bas représentant la reine Victoria, le prince Albert et le prince de Galles et, au centre, les mots The Victoria Bridge consists of
23 spans 242 ft. each, and 1 in centre 330 ft. with a long abutment on each bank of the river. The tube are from 22 ft. high, 16 ft. large, and weigh 6000 tns, supported on  
24 piers containing 250 000 tons of stone, measuring 3 000 000 cubic ft. extreme length 2 miles, cost 5 000 000 $. A Hoffnung, Montreal (Leroux,
no 643). La seconde médaille est semblable à la précédente, à la différence que le chiffre de 7 000 000 $ apparaît comme prix de la construction au lieu de 5 000 000 $. Les deux médailles ont un diamètre de 45 millimètres (Leroux, no 644).

Denis Racine, AIG

 

Les médailles de la guerre de Sept Ans – #105 – printemps 2011

 

medaille-105La guerre de Sept Ans a été la première guerre mondiale, puisque plusieurs puissances se sont affrontées sur des champs de bataille situés sur plusieurs continents. Plus particulièrement, en Amérique du Nord, la France et l’Angleterre se sont disputé le Canada. Cet épisode a débuté par des batailles dans les postes éloignés et s’est terminé par des affrontements au coeur même de l’Empire français. Tout ceci a donné lieu à la frappe de nombreuses médailles, surtout du côté britannique. Durant cette guerre, la France a émis deux médailles concernant l’Amérique du Nord, l’une célébrant la prise d’Oswego en 1756 et l’autre, la signature du traité de Paris en 1763. En 1756, le général Louis-Joseph Montcalm, marquis de Montcalm, appuyé par une troupe de 3 000 hommes et 250 autochtones, décide de faire le siège du fort Oswego, sur la rive sud du lac Ontario afin de conserver le contrôle des forts français allant de Québec jusqu’en Louisiane. Après une stratégie classique de siège, les troupes britanniques, laissées à elles mêmes, capitulent au bout de quatre jours : 1 600 hommes sont faits prisonniers. Cette capture a été très importante pour le moral des troupes françaises. Le roi Louis XV a ordonné la frappe d’une médaille afin de marquer cet événement ainsi que d’autres faits d’armes de la guerre. Sur l’avers, le buste du roi apparaît avec la légende LUDOVICUS XV ORBIS IMPERATOR 1758. Sur le revers, on aperçoit au centre quatre forts entourés au-dessus des noms WESEL, OSWEGO, PORTMAHON et en exergue, EXPUG, STI DAVIDIS ARCE ET SOLO AEQUATA (Leroux, no 308a). En 1763, le roi fait émettre une nouvelle médaille pour souligner la paix retrouvée après la signature du traité de Paris, le 10 février. Sur l’avers, le buste de Louis XV est entouré de la légende LUD. XV REX CHRISTIANISS, complétée par F.M., les initiales du graveur. Sur le revers, une allégorie personnifiant la paix avec, au-dessus, les mots PAX UBIQUE VICTRIX et au bas, GALLORUM ET BRITANNORUM CONCORDIA MDCCLXIII (Leroux, no 309). Par contre, les nombreuses et importantes victoires britanniques ont donné lieu à l’émission de plusieurs médailles, frappées en argent et en bronze. Après la prise de Louisbourg, en 1758, quatre médailles sont frappées. Trois d’entre elles portent en avers le buste de l’amiral Boscawen et au revers, une vue du port et du fort de Louisbourg. La quatrième est plus intéressante en ce que l’avers est composé d’un soldat et d’un marin, d’un globe terrestre sur lequel apparaît le Canada et l’Amérique et où la Renommée proclame la victoire de l’Angleterre. Sur le revers, le dessin illustre une batterie assiégeant la ville fortifiée, ainsi que des vaisseaux de guerre, surmonté de la légende LOUISBOVRG TAKEN MDCCLVIII. Elle a un diamètre de 44 millimètres et a été gravée par Thomas Pingo (1714-1776) (Leroux, no 857, Betts, no 410, Eimer, no 657). La victoire des plaines d’Abraham a été célébrée par l’émission de deux médailles. La première comporte sur son avers une couronne sous une tête de femme. La légende indique BRITANNIA sur le dessus, le nom de SAUNDERS sous le trident et de WOLFE sous l’étendard. Le revers représente la Victoire couronnant un trophée au pied duquel est attaché un prisonnier, avec les mots QUEBEC TAKEN MDCCLIX et, en exergue, SOC.P.A.C. (Society Promoting Arts and Commerce, société émettrice des médailles célébrant les victoires anglaises, qui deviendra plus tard la Royal Society of Arts). Elle est l’oeuvre du sculpteur John Pingo, fils du graveur Thomas Pingo. Son diamètre est de 40 millimètres (Leroux, no 864, Betts, no 421, Eimer, no 673). Une variante de cette médaille porte sur l’avers, la légende O FAIR BRITTANIA HALE. L’autre médaille souligne plusieurs succès de l’armée britannique. Sur l’avers, le buste du roi George II avec la légende GEORGIVS II REX. Sur le revers, le dessin est très chargé. Au centre, la licorne et le lion supportent un écu entouré de la légende PERFIDIA EVERSA avec une devise, W PITT AUSP GEO II PR MI (William Pitt premier ministre de George II). Tout autour sont indiqués les noms des victoires et des généraux victorieux. À midi, on lit sur quatre lignes, QUEBEC, WOLFE, MONCKN et TOWNSN, SEPT 13 & 18. Au-dessous, surmontant les armes, HAWKE, QUIBERON, NOV. 20. À deux heures, CROWN POINT, AMHERST, AUG. 4. À quatre heures, LAGOS, BOSCAWEN, AUG. 19. Au bas, MINDEN, FERDINAND, AUG I. À huit heures, GUADALOUPE, BARINGN MOORE, MAY I. Enfin, à dix heures, NIAGARA, JOHNSON, JULY 25. Immédiatement sous les armes est inscrite l’année MDCCLIX. Elle est attribuée à John Kirk (vers 1724-1776), élève du Genevois James Anthony Dassier (1715-1759), et a un diamètre de 44 millimètres (Leroux, no 861, Betts, no 418, Eimer, no 677). La capitulation de Montréal, le 8 septembre 1760, a donné lieu à la frappe d’une médaille. Sur l’avers apparaissent un homme, un castor, un écusson et une couronne de lauriers avec le nom AMHERST inscrit en son centre, entourés des mots THE CONQUEST OF CANADA COMPLEATED. Sur le revers, on remarque un aigle, un arbre, une femme, un bouclier et une hache avec la légende, MONTREAL TAKEN MDCCLX. En exergue, on peut lire SOC. PROMOTING ARTS AND COMMERCE. Son diamètre est de

41 millimètres. Elle est aussi l’œuvre de John Kirk (Leroux, no 860, Betts, no 429, Eimer, no 679). Enfin, une conquête aussi importante que celle du Canada se devait d’être marquée par la frappe d’une autre médaille. Sur l’avers, le buste de George II est surmonté de la légende GEORGE II KING. Au revers, au centre, apparaît une femme assise au pied d’un arbre, entourée de chaque côté, des mots Canada et SUBDUED, et en exergue, MDCCLX S.P.A.C. Son diamètre est de 39 millimètres (Leroux, no 850, Betts, no 430, Eimer, no 680).

Denis Racine, AIG

 

La première médaille commémorative canadienne – # 104 – hiver 2011

medaille-104Kebeca Liberata, Québec libérée, fut la première médaille commémorative canadienne. Elle fut frappée à Paris par ordre du roi Louis XIV pour souligner la défaite de l’amiral anglais William Phips, devant Québec, en 1690. Le débarquement de Guillaume d’Orange en Angleterre en 1688 et sa victoire sur Jacques II qui s’enfuit en France laissent présager une guerre entre ces deux pays. Déjà, en Amérique, le gouverneur de la colonie de New York fournissait des armes aux Iroquois et les incitaient à attaquer les Français. Devenu Guillaume III en 1689, roi d’Angleterre, il forme la ligue d’Augsbourg avec cinq autres nations, pour attaquer la France. Même si elle ne compte que 15 000 habitants face aux 200 000 des treize colonies anglaises, la Nouvelle-France peut jouer des différends existant entre ses adversaires parmi lesquels seuls New-York et le Massachusetts veulent la conquérir. Devant la gravité de la situation, le roi Louis XIV nomme donc l’ancien gouverneur, Louis de Buade , comte de Palluau et de Frontenac, pour un nouveau mandat (1689-1698). Celui-ci organise des raids contre Albany et dans la région de Boston à l’hiver 1690. Les colonies anglaises décident de riposter par une attaque terrestre à Laprairie, puis maritime à Québec. L’amiral William Phips, fort de 32 navires et de plus de 2 000 hommes, assiège Québec à partir du 16 octobre 1690. Immédiatement, il somme le gouverneur français de se rendre, ce qui lui vaudra la célèbre réponse de Frontenac. Après quelques bombardements, incapable de tenir une tête de pont sur les battures de Beauport, la flotte anglaise quitte Québec le 24 octobre. Lors de la retraite, le mauvais temps leur coûte trois navires qui sombrent dans le fleuve Saint-Laurent, tandis qu’une épidémie de variole se déclare dans les navires restants. Mille morts s’ajoutent aux 30 perdus lors du siège de Québec. Les Français ne déplorent que six pertes de vie. Désireux de confirmer la victoire au roi, Frontenac, malgré la saison avancée, affrète le navire La fleur de mai, et demande à Louis-Armand de Lom d’Arce baron de La Hontan d’agir à titre d’émissaire. Ce dernier s’embarque pour La Rochelle le 29 novembre. Il rencontre Louis XIV à Versailles, le
13 janvier 1691, qui, enthousiasmé par la nouvelle, ordonne sur-le-champ que l’on frappe une médaille pour souligner l’évènement. La médaille de cuivre rouge a un diamètre de 41 mm et pèse 34,8 grammes. Sur l’avers apparaît le profil de Louis XIV avec la légende Ludovicus Magnus Rex Christianissimus (Louis, le grand roi chrétien), signée par J. Mauger. Sur le revers, un personnage allégorique (la France), foulant à ses pieds le drapeau anglais. Près de lui, on retrouve à sa gauche un castor, symbole de la Nouvelle-France, et à sa droite, un autre personnage appuyé sur une urne représentant le dieu du fleuve Saint-Laurent. La légende Francia in Novo Orbe Victrix apparaît en exergue (la France victorieuse au Nouveau Monde) et en bas, la mention Kebeca Liberata MDCXC (Québec libérée 1690). On attribue généralement cette médaille au graveur et sculpteur Jean Mauger, né à Dieppe en 1648 et mort à Paris le 9 septembre 1712. Après une formation de graveur sur ivoire, art qui florissait alors dans sa ville natale, il fut appelé à Paris vers 1677, avec son compatriote Michel Mollart, par le ministre François Michel Le Tellier, marquis de Louvois. Élève de Jean Varin (1604-1672), il devient médailliste du roi Louis XIV. Il réalise ainsi plus de 260 médailles du souverain, racontant les hauts faits d’armes du règne dont les prises de Tionville en 1643, de Tournai et Courtnai en 1667, d’Oudenarde en 1667, de Limbourg en 1675, d’Ath en 1690, de Namur en 1692 et de Lerida en 1707. Toutefois, la médaille a été frappée avec plusieurs avers où l’effigie du roi était différente. Sous chacune, le nom du graveur était spécifique. C’est ainsi qu’on peut retrouver des médailles portant la signature de J. Mauger, comme celles de L. Mauger, F. Dollin ou de Joseph-Charles Roettiers (identifié avec un simple R) (Joseph Leroux. Le médailler canadien. Montréal, 1892, nos 305, 306, 306a et 307). La Monnaie de Paris a frappé à nouveau cette médaille en 1967. Elle aurait été distribuée lors de la fameuse visite du président Charles de Gaulle au Québec. L’intitulé de la médaille se prêtait bien aux intentions du général. Kebeca Liberata ne fut pas la seule médaille concernant les colonies françaises d’Amérique du Nord. En outre, on a souligné la fondation de Louisbourg en 1720 (Leroux, no 308), tandis que de nombreux jetons de la Compagnie des Indes occidentales ont été frappés (Leroux, nos 255 à 290). Une autre médaille, avec quelques variantes, fut émise à l’effigie du Roi-Soleil pour distribution aux chefs autochtones en signe de paix (Leroux, nos 300 à 300g).

Denis Racine, aig

 

 

L’art de la médaille – # 103 – automne 2010

medaille-103Cette série d’articles sur l’histoire du Québec par la médaille est le fruit de nombreuses rencontres entre deux passionnés : le soussigné et Yves Beauregard. Depuis longtemps, le souverain ou les autorités ont voulu graver dans le métal un fait marquant de leur histoire. C’est cette succession de jalons historiques que nous vous présentons en décrivant aussi l’objet d’art et son auteur.

 UN ART ANCIEN

La médaille se distingue de la monnaie en ce « qu’elle n’est pas destinée à la circulation monétaire et qu’elle est une pièce commémorative ». Elle « reflète à la fois les traits physiques ou moraux d’un être ou des faits historiques ou sociaux d’une époque ». C’est « une oeuvre d’art dans laquelle se conjugue le génie créateur de l’inventeur et de la devise avec le talent du médailleur ». Le métal utilisé est divers : or, argent, bronze, étain, plomb ou plus récemment, cuivre, zinc, nickel. Dès l’époque romaine, bien que le concept de médaille soit inconnu, plusieurs empereurs ont fait frapper des monnaies commémoratives qui se distinguaient par leur poids et l’illustration agrandie. On les nomme « médaillons ». Puis, à la Renaissance (XVe siècle), certains princes italiens, désirant gratifier ou récompenser une personne ou exprimer leur identité ou leur personnalité, ont fait frapper des médailles. C’est ainsi qu’est apparue la première médaille, frappée en 1390, afin de célébrer la reprise de Padoue et portant l’effigie de Francesco II Mobello de Carrare. C’est véritablement Antonio Pisano, dit Pisanello, qui crée, en 1439, l’art de la médaille avec celle qu’il fit à l’effigie de l’avant-dernier empereur de Constantinople, Jean Paléologue. Ses médailles sont fondues, c’est-à-dire qu’elles sont produites au moyen d’une coulée de métal sur des moules en plâtre ou en cire. Vers la fin du XVe siècle, Ambrogio Foppa, dit Carabosso, bouleverse les habitudes en donnant à ses oeuvres un module plus proche des grands bronzes et des médaillons romains. Il reprend l’usage romain puisque le type du revers est à l’inverse du motif de l’avers. Il produit des médailles de la famille Sforza, de Milan, et des papes Alexandre VI et Jules II. Puis, après 1550, la plupart des artistes utilisent des coins ou des poinçons gravés sur acier au lieu de la technique de fonte. À cet égard, l’art de la médaille a été remarquablement perpétué, depuis la Renaissance jusqu’à nos jours, par les papes qui, encore aujourd’hui, en émettent chaque année. Rapidement, cet art s’est répandu en France, ainsi que l’attestent les médailles du duc de Berry datées de 1401 et 1402. Mais, c’est sous le règne de Charles VIII qu’apparaissent les premières médailles officielles. Les grands médailleurs de l’époque se nomment Germain Pilon, Jacques Primavera et Guillaume Dupré (1574-1649). Le roi Louis XIV était un grand amateur de médailles. Après qu’il eut repris le contrôle de l’État, en 1661, « l’art de la médaille a été sous l’autorité de la Petite Académie, fondée en 1663, devenue en 1716, l’Académie Royale des inscriptions et des belles-lettres. Le graveur était dépossédé de toute initiative ». Il en a ainsi fait frapper un très grand nombre durant son règne pour sa plus grande gloire. En Grande-Bretagne, Christopher Eimer recense 41 médailles qui ont été frappées durant les 45 ans du règne d’Élisabeth I re (1558-1603). Les graveurs allemands ont également taillé des médailles dans le buis ou la pierre. Ils ont aussi été les premiers à procéder à la fabrication par la frappe à l’aide d’un coin. Les artistes de Leipzig, d’Augsbourg et de Nuremberg se sont particulièrement distingués jusqu’à ce que la guerre de Trente Ans ne mette fin à leur élan créateur.

 LA MÉDAILLE MILITAIRE

Un autre type de médaille apparaît au XIXe siècle : la médaille militaire. À l’époque des croisades s’est développée l’idée de chevalerie. Il s’agit d’un regroupement d’hommes qui s’inspirait de hautes valeurs chrétiennes. C’est ainsi que sont nés l’ordre des Chevaliers de Jérusalem, l’ordre des Chevaliers teutoniques et l’ordre des Templiers qui ont joué un grand rôle historique. En Grande-Bretagne, le roi Édouard III a institué, en 1348, l’ordre de la Jarretière avec sa fameuse devise

« Honni soit qui mal y pense ». Suit l’ordre du Bain, en 1725, de George 1er. En France, l’ordre du Saint-Esprit a été créé par Henri III, en 1578. De son côté, le roi Louis XIV a fondé, en 1693, l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, bien connu en Nouvelle-France. Ces ordres étaient attribués en nombre restreint aux militaires et civils de haut rang et comportaient parfois un anoblissement automatique. Le signe ostensible d’appartenance à ces ordres de chevalerie était et est toujours un bijou, souvent une croix, que l’on nomme improprement médaille. Mais que restait-il pour les soldats pendant que les grands chefs militaires se partageaient les honneurs des ordres de chevalerie? C’est la reine Victoria qui a créé les premières médailles militaires, en 1847, afin qu’elles soient portées sur la poitrine par son récipiendaire. Il s’agit de la Military General Service Medal et de la Naval General Service Medal attribuées aux soldats et aux marins ayant participé aux campagnes britanniques entre 1793 et 1815, 30 ans après les faits. Ces médailles étaient attachées à un ruban, entourées d’une barrette où était inscrite le nom de la campagne à laquelle avait pris part le récipiendaire. Ainsi, sur la Military, parmi les 29 barrettes, trois concernent la guerre anglo-américaine de 1812-1815 : fort Detroit, Chateauguay, Crysler’s Farm. Deux autres médailles militaires spécifiques au Canada ont été créées au XIXe siècle. La Médaille canadienne du service général (Canadian General Service Medal) a été émise en 1899 pour récompenser les militaires ayant participé aux combats lors des raids des Fenians et de la première rébellion de Louis Riel, entre 1866 et 1870. Cette médaille a été remise à 17 644 personnes. La seconde, émise en 1885, la Médaille du Nord- Ouest, a été reçue par 5 650 militaires ayant combattu la seconde rébellion de Louis Riel la même année.

LES MÉDAILLES CIVILES

Pour en revenir aux médailles dites civiles (c’est-à-dire celles attribuées aux civils), sujet principal de notre chronique, les premières furent introduites au Canada par le roi Louis XIV afin d’honorer les chefs autochtones avec qui la France concluait des alliances militaires ou commerciales. La première véritable médaille canadienne fut la Kebeca Liberata émise en 1690 afin de souligner la victoire française et la déroute de la flotte de l’amiral William Phips devant Québec. Dans une série d’articles subséquents, nous étudierons une trentaine de médailles civiles illustrant les grands moments de notre histoire. Nous y aborderons notamment l’évènement souligné, la façon dont le sujet a été traité par l’artiste et la biographie de ce dernier.

 

Denis Racine