
Les Cantons-des-l’Est, une vaste région historique
Situés au sud-est du Québec, les Cantons-de-l’Est sont un carrefour de cultures et d’influences, façonnées par la rencontre et la cohabitation de divers groupes ethniques et religieux. Développée principalement aux XVIIIe et XIXe siècles, la région s’est constituée sous le régime des townships, une rupture marquée avec le système seigneurial du Bas-Canada, attirant des populations anglophones telles que des immigrants britanniques, américains et irlandais, dont l’héritage demeure vivant dans certaines zones frontalières.
Les premières infrastructures, comme les chemins Craig (1810) et Gosford (1831), ont permis d’ouvrir ces terres, facilitant la colonisation et servant de points stratégiques à une époque marquée par les tensions avec les États-Unis. Cette dynamique initiale a donné naissance à une mosaïque de communautés aux trajectoires distinctes, certaines conservant un caractère anglo-protestant marqué, tandis que d’autres témoignent plus discrètement de cette influence par leur architecture et leur toponymie.
À partir du milieu du XIXe siècle, l’arrivée massive de colons franco-catholiques, cherchant de nouvelles terres en raison de la saturation des seigneuries du Saint-Laurent, a transformé l’arrière-pays.
C’est à cette époque que le terme « Canton-de-l’Est » fait sa première apparition dans le roman Jean Rivard, le défricheur d’Antoine Gérin-Lajoie. Ce terme remplace progressivement Eastern Township dans l’usage des francophones qui affluent dans les cantons. Parallèlement, la construction des chemins de fer joue un rôle clé en facilitant l’installation des colons et le développement économique de la région. Dans le Centre-du-Québec, des terres auparavant difficiles d’accès deviennent des bastions franco-catholiques, soutenues par les institutions religieuses. Dans la région voisine de Chaudière-Appalaches, c’est l’essor de l’industrie minière, avec des villes comme Thetford-Mines, qui attire de nouvelles vagues de colons d’origines multiples.
L’histoire des Cantons-de-l’Est s’étend donc bien au-delà des limites administratives actuelles de l’Estrie ou encore de certains secteurs de la Montérégie. Cette région historique incarne une intersection unique de cultures, de langues et de traditions, délimitée par l’espace seigneurial, les rivières Richelieu et Chaudière ainsi que la frontière canado-américaine. Cet espace porte encore les traces visibles d’un passé complexe marqué par des mouvements migratoires et des politiques coloniales. Nous vous invitons à plonger dans l’histoire vivante et riche de cette région, où chaque recoin raconte une partie de l’évolution du Québec. Bonne lecture et exploration!
Pierre-Gabriel Gosselin