Médias de l’histoire

Médias de l’histoire – #130 – été 2017

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L’auteur-compositeur Luc Cousineau (1944–2017) a été emporté par la maladie de Lou Gehrig, le 6 mars 2017. Avec la chanteuse Lise Vachon (devenue Lise Vachon-Cousineau), il avait formé un duo de chansonniers, Les Alexandrins, qui a rapidement obtenu la faveur du public québécois dès 1966. Leur style facilement reconnaissable par leurs riches harmonies vocales empruntait à la fois à la musique folk électrifiée et aux rythmes populaires venus des États-Unis; en les réécoutant, on pense par exemple aux arrangements vocaux de John Phillips pour le groupe The Mamas & The Papas ou aux harmonies du duo new-yorkais Simon et Garfunkel. Plusieurs de leurs succès sur 45 tours tournaient à la radio AM à la fin des années 1960 : « Les copains » (1967), « Angela mon amour » (1969), mais aussi « Que veux-tu? », « Béatrice ». Si on redécouvre leurs chansons après presque un demi-siècle, on s’étonne de la complexité des accords et de la complémentarité de leurs voix réunies : Luc Cousineau était un mélodiste et un arrangeur inégalé, sauf peut-être par son frère François Cousineau et par Stéphane Venne. Et la voix merveilleuse de Lise Cousineau était incomparable, se faufilant parfois dans un registre plus grave que celle de son partenaire. Ensemble, leurs voix combinées semblaient encore plus riches, offrant des chansons à texte sur des rythmes résolument nord-américains, mais dans un français impeccable. Le point culminant de leur œuvre vocale est atteint en 1970 dans la chanson « Je n’ai aimé au fond que toi », où Luc et Lise innovaient en réenregistrant sur plusieurs pistes des harmonies vocales qui se répondaient entre elles.

Au début des années 1970, les compositions de Luc Cousineau ont évolué, dépassant la simple structure des couplets et des refrains qui se succèdent en trois minutes. Intéressés par l’histoire du Québec et de la Nouvelle-France, Luc et Lise Cousineau s’allièrent le temps d’un album aux auteurs Léandre Bergeron et Robert Lavaill pour créer un disque-concept : Tout l’monde est heureux?! (1971). D’un style proche de la comédie musicale, la chanson-titre « Tout l’monde est heureux?! » – parfois épelée « Tout le monde est heureux?! » – débordait d’audace et d’irrévérence en incluant un sacre dans le dernier couplet et de ce fait ne pouvait pas passer à la radio de l’époque, sauf sur les stations alternatives comme CKRL-FM.

Par la suite, Luc Cousineau allait diversifier son travail artistique (publicité, cinéma, télévision) et se faire plus rare sur scène, sans pour autant se faire oublier, grâce à ses chansons « Vivre en amour » (1976) et « Comme tout l’monde » (1980). De son côté, Lise Vachon allait produire trois disques sous son propre nom et enseigner le chant, après avoir collaboré au groupe Ville Émard Blues Band. Pionnière des musiques du monde et du métissage des cultures, Lise Vachon allait aussi contribuer à la formation afro-québécoise Toubabou, lors de la Superfrancofête, en 1974.

Luc et Lise Cousineau méritaient encore plus de visibilité et il est regrettable que l’on ne retienne que quelques titres de leur vaste répertoire d’une vingtaine de disques et de compilations. Le fait que leurs 33 tours aient été distribués par des étiquettes indépendantes (Disques Mérite, Disques Airedale) et par des compagnies étrangères (Capitol, Polydor) ont rendu les rééditions éparses et leur musique trop rare dans les magasins de disques; leurs chansons semblaient pratiquement introuvables pendant plusieurs décennies. Heureusement, un magnifique coffret double sur CD reprend l’essentiel de l’œuvre de Luc Cousineau sous le titre Tant qu’il y aura une chanson… (Airedale, MUL 24529, 2015). De plus, un autre coffret de neuf disques CD, intitulé Des Alexandrins à Luc Cousineau 1966 à 2015 comprend 156 chansons que l’on doit commander directement sur le site Internet de Luc Cousineau; ce n’est pas une intégrale, mais on trouvera un portrait assez représentatif de ce créateur somme toute méconnu. Mais il faudra un jour y ajouter un DVD regroupant des apparitions télévisées des Alexandrins, que l’on retrouvera entre temps sur Internet, avec notamment des passages à l’émission hebdomadaire « Jeunesse d’aujourd’hui », véritable archive de l’âge d’or de la musique populaire québécoise.

Site officiel de Luc Cousineau
http://luccousineau.com/
Courte biographie de Luc Cousineau
http://www.qim.com/artistes/biographie.asp?artistid=422
Les Alexandrins – « Les copains » – 1967
https://www.youtube.com/watch?v=wtpMrewuu6s
Les Alexandrins – « Angela mon amour » – 1969
https://www.youtube.com/watch?v=kIJjjnSTapY
Les Alexandrins – « Que veux-tu? » – 1970
https://www.youtube.com/watch?v=GiFJ1oFLORc
Luc Cousineau – « Vivre en amour », vidéoclip
https://www.youtube.com/watch?v=JXMjb0R2FKo
Site du coffret Des Alexandrins à Luc Cousineau 1966 à 2015
https://luccousineau.myshopify.com/products/coffret-collection-luc-cousineau
Site officiel de Lise Vachon
http://www.lise-vachon.com/pages/biographie.html

 

Yves Laberge

 

Médias de l’histoire – #129 – hiver 2017

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LEONARD COHEN (1934-2016), LE MONTRÉALAIS

Leonard Cohen est décédé dans son sommeil à sa résidence de Los Angeles, le 7 novembre 2016. Après l’annonce de sa disparition, plusieurs Montréalais ont défilé devant sa maison du 28, rue de Vallières, tout près du boulevard Saint-Laurent, pour saluer sa mémoire. Il avait connu deux carrières sur un demi-siècle : à la fois écrivain respecté puis poète de la chanson, mondialement célébré depuis son tout premier disque 33 tours, Songs of Leonard Cohen, lancé en 1967. Ses nombreux admirateurs ne savaient pas tous que ce représentant de la « Renaissance new-yorkaise de la musique folk » était Canadien, mais beaucoup étaient fiers de le considérer comme un de leurs compatriotes. Grand voyageur, Leonard Cohen a longtemps vécu aux États-Unis, mais aussi en Grèce et en France; presque tous ses premiers disques ont été enregistrés à New York ou à Los Angeles. Ultime consécration, il s’était présenté à deux heures du matin pour un concert filmé devant un demi-million de spectateurs, lors du fameux Festival de l’île de Wight, en août 1970.

La disparition de Leonard Cohen nous prive d’un auteur inspirant et d’une voix inoubliable. Il suffit de comparer la tonalité d’une de ses premières chansons, « So Long, Marianne », sur son premier disque de 1967, et « Dance me to the End of Love », sortie en 1984, pour s’en convaincre. Né à Westmount, il évoqua assez peu son pays natal dans ses chansons ou du moins, en évitant des allusions directes comme le faisaient à la même époque Gilles Vigneault ou Robert Charlebois. Et pourtant, lorsque Leonard Cohen chantait « Sisters of Mercy », n’était-ce pas à propos des Sœurs de la Charité du Vieux-Montréal? Et cette mystérieuse Suzanne qui déambulait « by the river » était une référence au fleuve Saint-Laurent. Par la suite, Pauline Julien avait interprété vers 1970 une très belle version française de « Suzanne », traduite par Gilbert Langevin, sur son disque Comme je crie… comme je chante (Gamma, GS125, 1969).

L’excellente biographie d’Ira B. Nadel, Leonard Cohen, le Canadien errant (Boréal, 1997) demeure le document définitif pour comprendre cet artiste atypique et intemporel. Un compte rendu de ce livre était paru en 1999 dans le n° 59 de Cap-aux-Diamants. Méticuleusement, le professeur Ira Nadel nous permet de saisir l’ancrage du futur poète dans la société québécoise, par exemple dans ses lectures de jeunesse qui témoignent de son admiration pour le livre du père Édouard Lecompte sur une héroïne amérindienne, Catherine Tekakwitha, dont il avait lu et relu la traduction anglaise (p. 169). À propos du sentiment d’appartenance identitaire du jeune Cohen, le biographe citait cette lettre de Leonard Cohen datée de 1964: « Dans dix ans le Québec ne fera peut-être plus partie du Canada et je resterai au Québec » (Leonard Cohen, cité dans Ira B. Nadel, Leonard Cohen, le Canadien errant, p. 169). Parue il y a vingt ans, il n’y aurait pas grand-chose à ajouter à la biographie exhaustive d’Ira Nadel.

Contrairement à beaucoup de Canadiens anglais, Leonard Cohen pouvait s’exprimer en français. Un documentaire de l’ONF dresse un portrait du jeune poète dans la vingtaine, bien avant de débuter sa seconde carrière de chanteur : dans une courte séquence de cinéma-vérité, on le voit répondant en français à sa logeuse. Lorsqu’il donnait un spectacle à Québec et à Montréal, Leonard Cohen se plaisait à interpréter « La Manic », cette belle chanson que Georges Dor (1931-2001) avait composée en 1966. Son interprétation fidèle, de sa voix caverneuse, réinventait cette chanson immortelle; pour la présenter à son public, Leonard Cohen disait travailler depuis longtemps à une adaptation anglaise de « La Manic ». Il y a quelques années, au moment de recevoir un prix honorifique à Toronto, Leonard Cohen en avait récité les premiers vers, sans en mentionner le nom de l’auteur :

« Si tu savais comme on s’ennuie

À la Manic

Tu m’écrirais bien plus souvent

À la Manicouagan ».

Par ailleurs, Leonard Cohen avait intégré à son répertoire une autre chanson en français, « Le Partisan », chant de la Résistance sur la fraternité et l’abnégation pour une cause plus grande que la vie elle-même. Sur la télévision française, en 1992, Leonard Cohen déclarait à l’animateur Michel Field qu’il écrivait des prophéties et qu’il concevait ses chansons comme des parodies; était-ce une révélation de son secret de fabrication? On peut le croire en réécoutant « Ain’t no Cure for Love » ou encore « I’m your Man », qui ressembleraient presque à des aveux.

 

Yves Laberge

Pour en savoir plus :
Diane Lebel, compte rendu du livre d’Ira B. Nadel, Leonard Cohen, le Canadien errant (Boréal, 1997), dans Cap-aux-Diamants, n° 59, 1999, p. 66-67.
Édouard Lecompte. Kateri Tekakwitha : le lis des missions iroquoises, 1948.
Ira B. Nadel, Leonard Cohen, le Canadien errant, traduit par Paule Noyart. Montréal, Boréal, 1997.
Sur la toile :
Don Owen et Donald Brittain, Ladies and Gentlemen… Mr. Leonard Cohen, documentaire de l’ONF, 1965, sur Internet :
https://www.onf.ca/film/mesdames_et_messieurs_m_leonard_cohen/
Leonard Cohen interprétant « La Manic », de Georges Dor, sur scène à Québec, en 2012.
https://www.youtube.com/watch?v=DAiGIRBrY5w
Leonard Cohen interprétant « La Manic », de Georges Dor, sur scène à Montréal, en 2012.
YouTube https://www.youtube.com/watch?v=XjBGK23nIds
Leonard Cohen interprétant « La Manic », de Georges Dor, sur scène à Bruxelles, en 2013.
https://www.youtube.com/watch?v=ZNoCnKpdnwg
Georges Dor interprétant sa composition, « La Manic »
https://www.youtube.com/watch?v=h2RzMhqbrkY

 

Médias de l’histoire – #128 – hiver 2017

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Ce mois-ci, la chronique Médias de l’histoire rend hommage à deux créateurs montréalais disparus il y a vingt ans et auxquels des documentaires ont été consacrés.

Gaston Miron : un portrait

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Simon Beaulieu a réalisé un portrait émouvant du poète Gaston Miron (1928-1996), réussissant à montrer la complexité de ce personnage et à en illustrer les poèmes. Mais la poésie seule ne saurait résumer cet éditeur, pédagogue, militant et essayiste; ce film nous présente toutes les facettes du même homme. Celui qui voulait « donner à ce pays une légende au futur » a décrit le Québec d’une manière incomparable, avec des mots simples, inattendus, parfois négligés ou sortis de nulle part. Miron aimait la langue française et voulait valoriser la langue populaire parlée au Québec, sans aucun complexe et sans se comparer désavantageusement aux modèles hexagonal ou européen. Mais surtout, il voulait montrer que le français populaire peut être beau, attachant, qu’il nous ressemble collectivement, et que c’est au fond l’anglicisation si facile qu’il faut éviter pour préserver la richesse et l’intégrité de notre langue québécoise. Dans Miron, un homme revenu d’en dehors du monde, c’est non seulement un portrait d’un écrivain-patriote qui nous est proposé, mais aussi et, par la bande, un morceau d’une histoire parallèle et non officielle du Québec populaire axé sur l’homme ordinaire, le monde ouvrier et sur les marginalisés. De multiples images d’archives (dont certains vieux films de l’ONF comme La Nuit de la poésie de 1970) ont nourri ce portrait étoffé, que l’on trouvera sur DVD et en ligne. Miron, un homme revenu d’en dehors du monde fait partie de ces films qui aident à mieux comprendre le Québec d’aujourd’hui.
Miron, un homme revenu d’en dehors du monde, réalisé par Simon Beaulieu. Productions Esperamos, 2014. Distribution : Les Films du 3 mars.

http://www.f3msurdemande.ca/

https://vimeo.com/ondemand/mironlefilm

http://zonevideo.telequebec.tv/media/19494/miron-un-homme-revenu-d-en-dehors-du-monde/miron-un-homme-revenu-d-en-dehors-du-monde

http://www.gastonmironfilm.com/ 

 

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Disparu prématurément : Robert Gravel (1944-1996)

Le réalisateur Jean-Claude Coulbois a tourné un bel hommage au comédien Robert Gravel (1944-1996), à la fois metteur en scène et improvisateur. Qui ne se souvient pas de ses personnages de téléromans comme le brave Miville Galarneau dans L’Héritage (de Victor-Lévy Beaulieu) ou de l’ignoble Jacques Melançon dans Marilyn (téléroman quotidien de Lise Payette et Sylvie Payette)? Mais ces étiquettes et ces rôles alimentaires à la télévision ne suffisent pas pour résumer l’œuvre méconnue de ce créateur polyvalent et de ce pionnier de l’improvisation au théâtre, notamment à la Ligue nationale d’improvisation (LNI), qu’il avait cofondée en 1977. De courts extraits de ses improvisations télévisées de la LNI sont montrés. Maintenant disponible sur DVD et en ligne, le documentaire Mort subite d’un homme-théâtre rend justice au travail créatif de l’immense Robert Gravel en montrant l’élaboration d’une mise en scène, avec ses essais et erreurs. Aimant le risque et l’instabilité, Robert Gravel voulait « fouiller […] dans le laid, dans le difficile ». Les nombreuses séquences d’archives et les témoignages intégrés dans ce documentaire donnent l’impression d’un créateur effervescent, toujours vivant, et permettent d’apprécier un artiste disparu trop tôt, comme on en trouve peu dans l’histoire du théâtre québécois.

Robert Gravel, mort subite d’un homme-théâtre, DVD de Jean-Claude Coulbois, Productions Esperamos, 2012. Distribution : Les Films du 3 mars.

http://www.f3msurdemande.ca/

https://vimeo.com/ondemand/robertgravel

 

Yves Laberge

 

Médias de l’histoire – #127 – automne 2016

Jean-Pierre Ferland, animateur à la télévision

r-8-c-1988_autobus_37On a parfois l’impression que Jean-Pierre Ferland est devenu animateur à la télévision en 1980, après de longues années de succès sur scène, mais c’est inexact. Au contraire, Jean-Pierre Ferland a d’abord animé plusieurs émissions, à la radio et à la télévision de Radio-Canada, à partir de 1957, avant même de connaître le succès sur disque. Très peu d’archives de cette période sont accessibles librement. En réalité, Jean-Pierre Ferland était déjà un animateur expérimenté lorsqu’il entreprit d’animer l’émission Jeunesse oblige à Radio-Canada. La liste des émissions animées par Jean-Pierre Ferland serait longue à énumérer; retenons parmi les plus importantes : Les fleurs de macadam (d’après le titre d’une de ses chansons) en 1980, Station soleil (également sur Radio-Québec en 1981 et 1982, puis de 1984 à 1987), de retour à Radio-Canada pour Tapis rouge, puis L’autobus du show-business, et enfin Ferland-Nadeau en vacances sur le réseau TVA.

Dans un extrait de Jeunesse oblige daté du 13 janvier 1966 que l’on peut revoir sur YouTube, l’animateur-chansonnier recevait le jeune Claude Dubois, alors peu connu. Sans le savoir, les deux chansonniers avaient en commun d’avoir écrit une chanson à propos de la rue Sanguinet, à Montréal.

Vingt ans plus tard, un autre extrait sur YouTube nous montre Jean-Pierre Ferland et Nana Mouskouri chantant ensemble Je reviens chez nous, une composition de Jean-Pierre Ferland que Nana Mouskouri a popularisée en Europe dès sa sortie. À un autre moment, les deux interprètes font ensemble un pot-pourri de standards de la chanson, allant de Roses blanches de Corfou à Guantanamera. Un animateur pouvant bien chanter et qui peut inviter des vedettes internationales dans ses émissions, c’est un atout rare dans cette profession!

Source des dates des émissions mentionnées :

Marc-François Bernier. Jean-Pierre Ferland : Un peu plus haut, un peu plus loin. Montréal, Les Éditions de l’Homme, 2012, p. 88 et 328-333.

Sur Internet :

Jean-Pierre Ferland, Jeunesse oblige, le 13 janvier 1966, à Radio-Canada

https://www.youtube.com/watch?v=yelFB0rzSKw

 

Jean-Pierre Ferland et Nana Mouskouri interprètent ensemble Je reviens chez nous, composition de Jean-Pierre Ferland

https://www.youtube.com/watch?v=PIC0i_IyPng

Pot-pourri de Jean-Pierre Ferland et Nana Mouskouri interprétant ensemble un extrait de Comme un soleil, de Michel Fugain et Pierre Delanoë (sur TVA) :

https://www.youtube.com/watch?v=BglzhU6Qf1s

 

Yves Laberge

 

Médias de l’histoire – #126 – été 2016

Enfin disponible sur DVD : L’inhumaine, de Marcel L’Herbier

r-8-aIntrouvable pendant des dizaines d’années, le long métrage L’inhumaine de Marcel L’Herbier est désormais disponible dans une version restaurée sur DVD (en format PAL) et Blu-ray, grâce à la compagnie parisienne Lobster Films, qui diffuse cette magnifique version dans son catalogue de films rares ou considérés comme perdus. Uniquement pour ce tournage complété en 1924, Marcel L’Herbier (1888-1979) a travaillé avec les artistes les plus innovateurs des années 1920 pour créer une esthétique qui se rapproche de l’Art déco. C’est d’ailleurs le seul film d’époque (avec Crise [1928], de Georg Wilhelm Pabst) adoptant cette esthétique épurée axée sur les lignes continues. Parmi les concepteurs et designers de ce projet avant-gardiste, on retrouvait les décorateurs Robert Mallet-Stevens, Fernand Léger, Alberto Cavalcanti, Claude Autant-Lara, et le couturier Paul Poiret. Le compositeur Darius Milhaud avait même créé une partition originale, malheureusement perdue, mais assez fidèlement évoquée dans deux nouvelles trames musicales (optionnelles). Visuellement, L’inhumaine serait à l’Art déco ce que Metropolis (1927) est à l’expressionnisme allemand. L’affiche de ce film incomparable est restée célèbre pour ses formes rectilignes qui rappellent vaguement le cubisme; on pouvait voir à l’occasion des photogrammes tirés de L’inhumaine dans les premiers livres sur l’histoire du cinéma français.

Lors de sa sortie, on présentait L’inhumaine comme une « histoire féérique ». Un simple résumé de l’intrigue ne suffirait pas à rendre toute la valeur de ce chef-d’œuvre du cinéma muet : une cantatrice, adulée et lasse, reste insensible à la déclaration d’amour d’un jeune admirateur fervent et exalté, qui songe à quitter ce monde. Dans une atmosphère éthérée et onirique, les situations sont absolues. Adoptant un style recherché, les intertitres communiquent des phrases de ce type : « Mais qu’adviendra-t-il du progrès? »; au début, un des personnages est présenté comme le « théoricien du mouvement humaniste ». Le rôle de la cantatrice Claire Lescot était tenu par Georgette Leblanc.

En 1997, les cinéphiles de Québec avaient pu visionner une séance unique de L’inhumaine au Musée national des beaux-arts du Québec, à l’époque de sa série des « Classiques du cinéma ». Naturellement, les cinéphiles voulant se procurer le DVD de L’inhumaine devront au préalable vérifier la compatibilité de leur équipement audiovisuel avec le système PAL avant de commander ce document qui demeure une rareté, au Québec comme ailleurs. C’est un bonheur inespéré de redécouvrir L’inhumaine de Marcel L’Herbier dans ce coffret luxueux comprenant plusieurs suppléments.

 

Affiche du DVD L’inhumaine de Marcel L’Herbier

Site de L’inhumaine

http://linhumaine.com/

Extrait en ligne de L’inhumaine (version non restaurée), de Marcel L’Herbier

https://www.youtube.com/watch?v=qPsDQUrlCZQ

Le distributeur Lobster Films, Paris

http://shop-lobsterfilms.com/fr/home/246-l-inhumaine-bluraydvd-3760130460583.html

 

Yves Laberge

Médias de l’histoire – #125 – printemps 2016

Un cinéaste mal aimé : Denis Héroux (1940-2015)

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Bien qu’il fût réalisateur, producteur, administrateur et conférencier de cinéma, Denis Héroux restera célèbre pour deux films populaires : Valérie (1969) et L’initiation (1970). Ces deux mélodrames comportant des scènes de nudité (chose alors inusitée au Québec) ont immortalisé l’actrice Danielle Ouimet, bien qu’elle eût longtemps souffert d’être réduite à cette image de symbole sexuel. Il s’agissait alors des premiers « films érotiques » tournés au Québec; leur retentissement avait été considérable puisque ces films ont eu une carrière internationale et de nombreuses traductions. Sans s’en douter, ce double succès avait donné lieu à une sorte d’engouement pour ce genre, avec les films subséquents de Claude Fournier (Deux femmes en or, 1970) et de Roger Cardinal de (Après ski, 1971). Mais pour certains observateurs, cette vague de succès commerciaux classés « pour 18 ans et plus » avait également terni la réputation des films québécois pour une grande partie du public entre 1969 et 1974.

Par la suite, Denis Héroux démontrera sa polyvalence et son audace comme initiateur de projets dont il ne sera pas forcément le metteur en scène, mais plutôt l’instigateur. Fort de ses succès financiers, Denis Héroux produira des longs métrages français comme Violette Nozière (1978 de Claude Chabrol), À nous deux (1979) de Claude Lelouch, mais aussi des productions internationales comme Atlantic City (1980) de l’américanophile Louis Malle et La guerre du feu (1981) de Jean-Jacques Annaud. Il participa également à la coproduction du long métrage à grand budget Les Plouffe (1981), le plus beau film de Gilles Carle.

Dès ses débuts, Denis Héroux était déjà un observateur de la société québécoise, capable de saisir les tendances et la modernité du Québec en effervescence. Contrairement à la plupart des cinéastes québécois de sa génération, Denis Héroux ne faisait pas partie de l’équipe montréalaise de l’ONF, ce qui pouvait limiter le financement ou la circulation de certaines de ses productions. Son premier film en création collective, Seul ou avec d’autres (1962), avait été tourné semi-professionnellement avec ses camarades de l’Université de Montréal dont Denys Arcand et ceux qui allaient par la suite former le quatuor humoristique Les Cyniques. Trois ans plus tard, Denis Héroux réalisera Pas de vacances pour les idoles (1965), film musical axé sur des vedettes québécoises de la musique pop des années 1960 (Joël Denis, Donald Lautrec), qui gagnerait à être redécouvert après un demi-siècle.

Conscient du caractère éphémère des œuvres, Denis Héroux se préoccupait de la préservation des films québécois et de leur accès auprès des nouveaux publics. Producteur reconnu et prospère sur la scène internationale, il avait aussi cofondé l’Observatoire du cinéma au Québec. La revue Cap-aux-Diamants avait souligné la contribution de Denis Héroux au cinéma québécois dans son bilan 100 ans de cinéma (n° 38, 1994). Sa disparition, survenue le 10 décembre 2015, laisse un vide considérable, car nous perdons un autre pionnier du cinéma québécois tel que nous le connaissons.

Pour en savoir plus :

Yves Lever. Histoire générale du cinéma au Québec, 2e éd. Montréal, Boréal, 1995 [1988].

Yves Lever. Anastasie ou la censure du cinéma au Québec. Québec, Septentrion, 2008.

Danielle Ouimet. Si c’était à refaire. Outremont, Publistar, 2005.

Denis Héroux

http://elephant.canoe.ca/nouvelles/denis-heroux-realisateur-scenariste-et-producteur_7881/

Denis Héroux, Pas de vacances pour les idoles (1965)

http://elephant.canoe.ca/films/pas-de-vacances-pour-les-idoles_2820

Observatoire du cinéma au Québec

http://histart.umontreal.ca/departement/lobservatoire-du-cinema-au-quebec/

100 ans de cinéma, dans Cap-aux-Diamants, n° 38, 1994.

 

Yves Laberge

Médias de l’histoire – #124 – hiver 2016

Le disque de Noël le plus enjoué produit au Québec : Un Noël chez Isidore, de la famille Soucy

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Notre chronique précédente célébrait la musique d’Amédée « Jos » Larin et de sa famille (pensons au refrain « Envoye, envoye la p’tite jument »), au cours des années 1950. Or, durant cette même période, la famille Soucy produisait des disques traditionnels beaucoup plus enlevés, mais tout aussi authentiques. Initialement, les premiers enregistrements de la famille Soucy paraissaient d’abord sur 78 tours (souvent sur RCA Bluebird) puis en 33 tours au cours des années 1960, sur les étiquettes Gala et Dominion. Devenus introuvables, on peut désormais réentendre certains de ces classiques de notre folklore sur Internet ou en réédition sur CD. La compagnie Disques XXI a réédité en CD le classique Un Noël chez Isidore, sans doute le disque de Noël le plus enjoué jamais produit au Québec, désormais avec 25 titres, soit le double du contenu du microsillon paru un demi-siècle auparavant. On trouve parmi les suppléments de ce CD des gigues, des quadrilles et même un set callé d’une durée de plus de dix-huit minutes.

Au début des années 1950, la famille Soucy s’est fait connaître en enregistrant ce qui allait devenir un classique de la chanson folklorique québécoise, « Prendre un verre de bière mon Minou ». Véritable apologie de l’ivrognerie, cette chanson à boire a souvent été reprise par la suite. Autre signe de sa popularité, la famille Soucy avait même son émission de télévision, Chez Isidore, au début des années 1960.

Paru en 1963 (étiquette Dominion LPS 48006), le disque de Noël de la famille Soucy (Un Noël chez Isidore) occupe une place à part en recréant en studio l’atmosphère des veillées du bon vieux temps. D’entrée de jeu, la pièce « Ça frappe à la porte » simule un peu maladroitement l’arrivée de la parenté à la maison durant le temps des fêtes, juste avant d’entonner un refrain rythmé : « Nous viderons nos verres, nous les remplirons, les viderons; nous viderons nos verres, nous les remplirons ». Cette pièce en trois parties débute par un bref extrait de rigodon, interrompu par la fameuse formule « les dominos, les femmes ont chaud ». Après quelques secondes de silence survient un bruit de cognement à la porte (d’où le titre); chacun répète tour à tour « on va avoir d’la visite » avant de saluer, un peu comme dans un radioroman d’autrefois, l’arrivée de la parenté : « Regarde-moi ça qui c’est qui arrive : mon oncle Isidore, ma tante Laura, mon oncle Eugène, sa femme, la p’tite cousine, le p’tit cousin, Fernando pis Jacqueline… ». Et la musique reprend de plus belle : « c’est la famille Soucy qui vient vous récréer… » À l’origine, sur le microsillon, la pièce « Ça frappe à la porte » débutait la deuxième face; sur le CD, elle apparaît maintenant au tout début, ce qui est plus logique, car elle nous plonge immédiatement dans l’atmosphère du temps des fêtes.

Musicalement, l’accordéon prédomine avec un accompagnement au piano et presque toujours au violon. La pièce-titre contient des arpèges d’accords majeurs joués audacieusement à l’accordéon. On croit déceler sur certaines pièces plus rythmées des percussions ou de la batterie. Et toujours la belle voix de Fernando Soucy (1927-1975), fils du violoneux Isidore Soucy (1899-1963). On n’a plus retrouvé cette gaité, cette vivacité et cette authenticité par la suite. Stylistiquement, on pense aux gigues traditionnelles, aux reels, mais avec une rythmique puissante et efficace qui serait parfois digne des mélodies cajuns les plus entraînantes, par exemple dans une chanson grivoise (« Pour boire il faut vendre »), interprétée ici par Oscar Morin, une autre légende du folklore populaire québécois. Seul point faible (et de taille) : sous un ton léger et prétendument humoristique, les textes sont souvent grivois et abominablement misogynes; on s’étonne qu’ils aient pu être acceptés à cette époque pourtant pas si lointaine.

Sur la famille Soucy

La chanson « Un Noël chez Isidore », par la famille Soucy

https://www.youtube.com/watch?v=2V31tu-1zuc

La chanson « Ça frappe à la porte », par la famille Soucy

https://www.youtube.com/watch?v=-mtKMZpeXD8

« Prendre un verre de bière mon Minou », par la famille Soucy

https://www.youtube.com/watch?v=AD7s5eDVwUo

Sur CD

Un Noël chez Isidore, par la famille Soucy, XXI – CD 2 1657.

Chez Isidore, par la famille Soucy

http://collections.cinematheque.qc.ca/recherche/objets-et-documents/fiche/42175-chez-isidore-tele-metropole-canal-10

Disques XXI, http://www.xxi-21.com/

 

Yves Laberge

Médias de l’histoire – #123 – automne 2015

Le disque de Noël le plus authentique : Noël à la campagne, par la famille Larin

R8.1Après presque 60 ans, on peut encore se procurer le disque Noël à la campagne, qui fut longtemps introuvable en dépit de son succès auprès de plusieurs générations. C’est à partir de 1956 que sont parues, d’abord sur 78 tours, ces chansons de Noël (et du jour de l’An) de la famille Larin. Réunies sur 33 tours RCA Victor (par sa filiale, Gala) vers 1963, puis rééditées sur l’étiquette Pickwick Canada, ces versions originelles sont maintenant disponibles sur CD, mais seulement dans certains magasins spécialisés ou sur Internet.

Ayant vécu à Cornwall, en Ontario, Amédée « Jos » Larin a créé des chansons attachantes qui sont devenues immortelles. Souvent reprises, modifiées ou réarrangées, voici les versions d’origine. Qui ne se souvient pas de « La lettre du père Noël »? Cette chanson enfantine débutait par la voix chaleureuse de Jos Larin qui personnifiait le père Noël :

« Je m’appelle le père Noël et je m’ennuie beaucoup
C’est pourquoi à tous les ans je quitte mon igloo
Pour visiter les enfants car beaucoup m’ont écrit
Parmi les lettres que j’ai reçues il y en a z-une qui dit… »

La partie suivante comportait des paroles enfantines chantées par Norma Larin imitant une enfant :

« Père Noël, j’veux des bebelles comme les années passées
La promesse que j’t’avais faite je l’ai toujours gardée
Mon papa et ma maman j’ai toujours écoutés
Père Noël oublie-moi pas, laisse-moi pas l’cœur brisé ».

Dans la chanson suivante, chaque couplet de « Noël à la campagne » comprenait l’entonnement « Envoye, envoye la p’tite jument ». Le message de cette chanson à répondre était simple :

« Comme nous sommes de bons habitants (envoye, envoye la p’tite jument)

Le jour de Noël est important (envoye, envoye la p’tite jument…)

[…]

En cas de beau temps / mauvais temps (envoye la p’tite, la p’tite, tout’ p’tite …)

[…]

À la messe de minuit on s’rend (envoye, envoye la p’tite jument …) ».

Un effet sonore caractérisait la première partie de « Noël à la campagne », lorsque les cloches de l’église devenaient de plus en plus présentes, jusqu’à l’intermède instrumental, pour ensuite disparaître.

La voix enfantine de Norma Larin entendue dans la chanson d’ouverture revenait dans « Le cœur du père Noël », où il était question de « bebelles qui sont brisées ».

Puis, dans « La famille du p’tit Médée », Joe Larin introduisait dans chaque couplet un étrange discours à deux niveaux : l’un chanté (« Ma mère s’appelle »), et l’autre récité (« Marguerite », ou plus loin : « Fais attention »), comme en aparté. Les parties récitées étaient des phrases comme « Prends ton temps » ou « Fais donc comme les autres » qui ne semblaient pas toujours liées au vers précédent, créant ainsi une curieuse impression de discontinuité entre les vers chantés et ceux récités. Autre élément inhabituel, cette fois dans « Nos belles Canadiennes » : les couplets syncopés et chargés d’onomatopées (« Opa, opa, opa là ») créaient un effet absolument insolite.

Sur le plan de l’orchestration, l’instrumentation reste simple, mais donne une unité à tout le disque : piano, accordéon, à l’occasion du violon (dans la pièce « Le réveillon du jour de l’An »), harmonium et clochettes de Noël, le tout complété par un chœur mixte et enthousiaste. Les quatre dernières pièces sont des chansons à boire : « Saluons la nouvelle année », « Oublions l’an passé », « Ti-Guste au jour de l’An », et « L’enjôleur ».

En réécoutant les premiers enregistrements de la Famille Larin, on ressent encore aujourd’hui une sorte de ferveur, de candeur et d’authenticité que l’on ne retrouve plus dans la musique folklorique ambiante, qui trop souvent cherche à divertir facilement et à faire rire sur un ton loufoque.

Le boîtier et le feuillet intérieur du CD de Noël à la campagne pourraient presque battre le record du degré zéro d’information : ils ne fournissent aucun renseignement sur les artistes, leurs prénoms, ou sur les enregistrements, ni même de photographie des interprètes. La présentation minimale contraste avec la qualité de ces mélodies inoubliables de notre folklore.

 

Yves Laberge

Noël à la campagne (Chansons à répondre). Autrefois sur l’étiquette Gala (RCA Canada) et désormais sur CD (BMG Québec 74321-31607-2).

Portrait de la famille Larin

https://www.youtube.com/watch?v=wwmI0YgMKDo

 

Médias de l’histoire – #122 -été 2015

Un site de sites et de ressources

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 Pour les généalogistes et les archivistes, le site Nouvelle-France électronique fournit une multitude d’hyperliens et d’outils de recherche vers diverses bases de données consacrées à l’histoire du Canada, avec une prédilection pour les fonds d’archives sur la Nouvelle-France. On y retrouve par exemple la « Liste des Filles du Roy et de leurs époux », ou encore une dizaine de sites d’archives situés en Louisiane. L’apport le plus utile de Nouvelle-France électronique réside dans son éclairage de nombreuses institutions situées aux États-Unis ayant mis en ligne des archives en français datant de l’époque de la Nouvelle France, comme la « Checklist of Post-1500 French Manuscripts » émanant d’une bibliothèque indépendante, la Newberry Library, à Chicago. Naturellement, le féru d’histoire reconnaît parmi ces ressources de première main une référence à Cap-aux-Diamants : la revue d’histoire du Québec. Cette ressource gratuite a été conçue par Joseph Gagné, doctorant en histoire, avec l’informaticien David St-Martin. On y retrouve également une pétition pour la réouverture du portail Archives Canada-France, qui offrait des ressources considérables provenant de fonds français (sous l’égide du ministère de la Culture de la France), mais qui est malheureusement inaccessible depuis plusieurs mois.

Nova Francia Electronica

http://www.novafrancia.org/

 

Newberry Library, Checklist of Post-1500 French Manuscripts [French in the Americas] http://www.newberry.org/french-americas

 

Les 45 ans du pont Pierre-Laporte

On parle beaucoup de ponts depuis quelques années, à Québec comme à Montréal. Mais ce ne serait pas une raison pour oublier le plus récent des liens au-dessus du fleuve Saint-Laurent : le pont Pierre-Laporte, dont on célèbre en 2015 les 45 ans. Son inauguration a eu lieu le 6 novembre 1970, au moment où l’on venait de décider de changer le nom de ce qui devait au départ s’appeler le pont Frontenac. Dès le début des travaux, le ministère des Transports du Québec avait produit une série de courts métrages sur le chantier de ce pont suspendu et majestueux. Visuellement, ces documentaires sont intéressants, car ils montrent le fleuve Saint-Laurent avant et pendant le chantier, avec des vues impressionnantes prises au sommet des plus hauts piliers (voir la cinquième capsule de cette série de sept parties). Il est étonnant d’observer le pont de Québec isolé sur le fleuve, sans son voisin. On peut aussi voir les ouvriers qui travaillaient sans câbles et sans filet de sécurité à plusieurs centaines de mètres d’altitude! En plus de leur intérêt historique, ces films pourront aussi servir à illustrer l’évolution des normes du travail au Québec.

 

La construction du pont Pierre-Laporte – Ville de Québec, ministère des Transports

 

 

Le pont Pierre-Laporte en direct

http://www.circulationquebec.com/camerasquebec1.shtml

 

 

Plaque commémorant le passage d’André Breton à Percé.

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’écrivain surréaliste André Breton (1896-1966) a séjourné près de Percé où il a écrit quelques pages de son livre Arcane 17, paru en 1945 et maintes fois réédité. C’était à la fin de l’été 1944, durant son exil en sol américain. Une plaque commémorative rappelle son passage en Gaspésie, en compagnie d’Élisa Claro. Le Répertoire du patrimoine culturel du Québec montre les inscriptions des plaques commémoratives qui mettent en valeur les lieux de mémoire du Québec. Ces petites leçons d’histoire sont indispensables pour saisir l’importance de certains sites qui autrement sembleraient anodins.

 

André Breton, Répertoire du patrimoine culturel du Québec

http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=119169&type=bien#.UzRnmqSPKcM

 

Répertoire du patrimoine culturel du Québec

http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/

Yves Laberge

 

 

Médias de l’histoire – #121 -printemps 2015

Renée Martel : le temps des hommages et des rétrospectives

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Au moment où paraît une nouvelle biographie de Renée Martel (Le roman de Renée Martel par Danielle Laurin, aux Éditions Québec Amérique) et qu’un timbre-poste lui est consacré, nous découvrons un coffret quintuple regroupant cinq albums déjà parus. Comme la carrière de cette chanteuse couvre plus d’un demi-siècle, les compilateurs avaient l’embarras du choix.

Le coffret CD 5 albums incontournables propose une étonnante variété de styles car au fil des ans, Renée Martel a toujours oscillé entre la chanson populaire et le country. Les cinq 33 tours repris en CD dans ce coffret sont : un album de duos avec René Simard sous le titre Souvenirs de vacances (1978), un disque contenant quinze interprétations en anglais intitulé Renée Martel chante Connie Francis et Brenda Lee (1980), un disque country (Un coin du ciel, 1981), son disque du retour (Authentique, 1992), et une compilation d’anciens succès dans de nouvelles versions (Les grandes chansons, 1993). Cependant, le dernier disque regroupant les grands succès (Les grandes chansons) risque de poser problème, car il s’agit de réenregistrements et non des versions originelles de titres intemporels comme « Liverpool » (1967) remontant à l’époque de la quintessence de Renée Martel. Ceux qui avaient aimé les premières versions avec les sonorités typiques des années 1960 pourraient être déçus en redécouvrant ces nouveaux enregistrements qui datent de 1993. En comparant les versions enregistrées à la fin des années 1960 et celles reprises par la même chanteuse en 1993, on reconnaît une voix différente mais toujours magnifique; mais on constate du même souffle une atmosphère et une texture différentes dans les instrumentations. Comme on le sait, une chanson ne se réduit pas uniquement à des paroles et une musique; le rôle des musiciens et les arrangements comptent aussi pour beaucoup. Il reste cependant difficile d’endosser le titre d’« incontournable » de ce coffret inégal qui ne contient même pas de livret.

La plupart des premiers succès de Renée Martel étaient des traductions de chansons américaines ou des adaptations de chansons françaises. Mais elle savait toujours les réinventer et les améliorer. Il suffit de comparer la version d’origine de « Trains, Boats and Planes » de Dionne Warwick et celle adaptée en français par Claude François sous le titre « Quand un bateau passe » (1968) pour comprendre à quel point la version mélodieuse et nostalgique de Renée Martel leur était de loin supérieure.

Indéniablement, les années 1960 ont été l’âge d’or de Renée Martel; c’est à ce moment qu’elle est devenue pour toujours une icône de la chanson québécoise, au même titre que Françoise Hardy, Marie Laforest, Petula Clark ou Dusty Springfield dans leurs pays respectifs. Il ne manquait à Renée Martel que le rayonnement international. Son changement de style vers le country au début des années 1970 lui assura un auditoire fidèle, mais peut-être plus restreint.

D’autres compilations des premiers enregistrements de Renée Martel existent sur CD, toutes sur étiquette Mérite (Renée Martel Volume 1, Disques Mérite : 22-2421).

« 5 albums incontournables », coffret Renée Martel 5 CD. Productions Martin Leclerc et Sélect, 2014. PMLCD8849

http://productionsmartinleclerc.com/disques

Site officiel de Renée Martel

www.reneemartel.ca

Pour une écoute comparative sur YouTube :

« Trains, Boats and Planes » interprétée par Dionne Warwick

https://www.youtube.com/watch?v=nuBumHuouug

« Trains, Boats and Planes », interprétée par Billy J. Kramer

https://www.youtube.com/watch?v=5XKZQrTtocU

« Quand un bateau passe », adaptée en français par Claude François

https://www.youtube.com/watch?v=MRcqd17pH18

Renée Martel, « Quand un bateau passe » (réenregistrement de 1993)

https://www.youtube.com/watch?v=Mqz01nbjsII

Renée Martel, « Viens changer ma vie »

https://www.youtube.com/watch?v=MRDb21dl73g

Renée Martel, « Liverpool » (1967)

https://www.youtube.com/watch?v=9c7KHZuW_wA

Renée Martel, « Je vais à Londres » (1968)

https://www.youtube.com/watch?v=UNqOzsOlKMQ

Pour réécouter les enregistrements d’origine des premiers succès de Renée Martel, il faut trouver les rééditions sur étiquette Mérite :

http://www.postedecoute.ca/catalogue/album/renee-martel-liverpool-1

Disques Mérite, Montréal

http://www.disquesmerite.com/

Yves Laberge

 

 

Médias de l’histoire – #120 -hiver 2014

par Yves Laberge

Dans les coulisses de l’Opéra de Québec

Les amateurs de grande musique découvriront sur YouTube beaucoup de petits films montrant des événements, des rencontres, des répétitions et différents extraits de spectacles antérieurs de l’Opéra de Québec. Ainsi, l’Opéra de Québec a présenté, en 2012, l’opéra Nelligan, composé par André Gagnon sur un texte de Michel Tremblay. L’extrait choisi ne provient pas directement du spectacle Nelligan sur scène, mais il montre Marc Hervieux accompagné uniquement du compositeur André Gagnon au piano en complément d’une conférence de presse ayant eu lieu au Grand Théâtre de Québec.

Extrait inédit de l’opéra Nelligan, avec André Gagnon et Marc Hervieux

https://www.youtube.com/watch?v=cQkXdwO8QFE

Ailleurs, un autre extrait (en deux parties) montre une conférence de presse de Plácido Domingo (s’exprimant dans un français impeccable) lors de son passage à Québec pour la présentation de l’événement Operalia, en 2008.

Plácido Domingo à Québec

https://www.youtube.com/watch?v=mxRwYlX14IU

et

https://www.youtube.com/watch?v=PTTof2feq_8

Par ailleurs, parmi les nombreux documents de travail montrant les coulisses de l’Opéra de Québec, on peut observer les solistes et les figurants chanter en chœur (et sans leurs costumes de scène) divers passages de Lucia di Lammermoor, un opéra de Gaetano Donizetti.

Répétitions de Lucia di Lammermoor

https://www.youtube.com/watch?v=FInPSp67260

Le chœur de l’Opéra de Québec s’est même livré à un récital impromptu et de courte durée (en anglais, on dit un flashmob) au casse-croûte du troisième étage du centre commercial Laurier, à la grande surprise des clients et des passants qui étaient présents le 21 novembre 2011. Il fallait voir les chanteurs anonymes et dispersés entonner magnifiquement un air célèbre de Giuseppe Verdi au milieu de la foule incrédule et ravie. C’est une manière très originale d’apporter la grande musique au public et de conquérir de nouveaux auditoires.

Flashmob de l’Opéra de Québec

https://www.youtube.com/watch?v=n4ABqEf0TkE

Un album phare de la chanson

Jean-PIerre Même après plus de 40 années, l’album Jaune (1970) de Jean-Pierre Ferland reste intemporel et universel. C’est un disque innovateur et éternellement moderne, jamais démodé. Il se range aux côtés des disques parfaits de la chanson québécoise qui se comparent volontiers à ceux des plus grands artistes de réputation internationale. On peut revoir Jean-Pierre Ferland au meilleur de sa forme interpréter intégralement l’album Jaune (et d’autres chansons immortelles comme « Marie-Claire »), en 2011, lors d’un spectacle grandiose donné aux Francofolies de Montréal.

Jean-Pierre Ferland – L’album Jaune en intégrale, 2011.

https://www.youtube.com/watch?v=BAYIaUUVucE&index=1&list=FLQ3l6NRP5-1D_fFeeZk1b7w

 

Médias de l’histoire – #119 – automne 2014

par Yves Laberge

Art, mémoire et commémorations

Spectacle de la Cérémonie Internationale Officielle de commémoration du Débarquement du 6 juin 1944.

Spectacle de la Cérémonie Internationale Officielle de commémoration du Débarquement du 6 juin 1944.

À l’occasion des commémorations internationales du Débarquement en Normandie, un extraordinaire spectacle théâtral et multimédia a été organisé sur la plage d’Ouistreham, au nord de la France, le vendredi 6 juin 2014, soit le jour même du 70e anniversaire de la bataille. Ce grand spectacle d’une heure évoquait quatre moments marquants de la Seconde Guerre mondiale : l’Occupation nazie, le Jour le plus long, le long chemin de la victoire, les chemins de la Paix et la construction européenne.

Les concepteurs ont eu l’intelligence d’évoquer symboliquement – par la danse, le mime et le jeu – les principaux épisodes de cette guerre, évitant ainsi de reproduire pour une énième fois des croix gammées et sans avoir à recréer des scènes de combat réalistes. De plus, au lieu de se réduire à deux camps opposés, la mise en scène intégrait également les populations civiles et les enfants français. Le décor naturel était magnifique : sur la plage au bord de la Manche, avec une série d’écrans géants pour apporter les éléments historiques. Cette mise en scène subtile a été imaginée par des concepteurs sous l’égide d’une compagnie bien française (comme l’indique son nom) : la société Magic Garden. Plusieurs cérémonies officielles ont eu lieu durant cette semaine de commémorations, dont une journée consacrée au Canada et à ses vétérans. Cette politique axée sur les commémorations et la célébration des Alliés contraste avec l’attitude du général Charles de Gaulle qui, durant sa présidence, avait refusé de commémorer le vingtième anniversaire du débarquement en Normandie, en 1964, sous prétexte que les Français étaient alors exclus des décisions et que les Alliés anglo-américains ne cherchaient que leurs propres intérêts.

 

On peut revoir sur Internet le spectacle de la commémoration donné à Ouistreham (Calvados).

http://www.youtube.com/watch?v=ZOQAdHyafx8

 

Le spectacle qui a eu lieu à Ouistreham, le 6 juin 2014.

http://basse-normandie.france3.fr/2014/06/06/revoir-le-spectacle-de-la-ceremonie-de-commemoration-internationale-du-debarquement-ouistreham-493725.html

 

Le Mémorial de Caen.

http://www.memorial-caen.fr/tourisme-normandie-plages-debarquement-musee-centre-juno-beach-cimetiere-canadien

 

Sur le refus du général Charles de Gaulle de commémorer le vingtième anniversaire du débarquement en Normandie, en 1964.

http://www.enquete-debat.fr/archives/le-d-day-vu-par-de-gaulle-une-autre-vision-de-cette-journee-12621 

 

L’ouverture du Musée canadien pour les droits de la personne

119.r8b Dans le contexte économique actuel, l’avènement d’un nouveau musée fédéral est un événement rare qui ne se produit pratiquement qu’une fois par génération. En gestation depuis 2008, le nouveau Musée canadien pour les droits de la personne propose un concept innovateur en étant basé non pas sur des artéfacts placés en vitrine, mais principalement sur des histoires personnelles et des témoignages audiovisuels. Les sujets abordés se divisent en deux grandes catégories : les témoins ou les survivants dont les droits ont été dénigrés et les défenseurs ou les promoteurs des droits humains. Chaque personne pourra concevoir sa propre visite personnalisée en choisissant ses thèmes de prédilection, une région, une époque. Ce processus interactif lui permettra de se reconstruire un nouveau parcours thématique à chaque visite. C’est le tout premier musée à se consacrer exclusivement à la question des droits de la personne, et le premier musée fédéral à être situé à l’extérieur de la région d’Ottawa-Gatineau, grâce à un partenariat public-privé ayant largement mobilisé la communauté d’affaires de Winnipeg, des donateurs anonymes et de nombreuses fondations.

 

Le Musée canadien pour les droits de la personne.

http://museepourlesdroitsdelapersonne.ca/

 

Section du site YouTube consacrée au Musée canadien pour les droits de la personne.

http://www.youtube.com/user/MuseeDroitsPersonne

 

Construction du Musée canadien pour les droits de la personne : trois années de travaux résumés en deux minutes. Vidéo en accéléré du MCDP.

http://www.youtube.com/watch?v=ckoKECiLvlo

 

Une journée (en accéléré) à l’intérieur du Musée canadien pour les droits de la personne.

http://www.youtube.com/watch?v=cyNN3mDElVs

 

Médias de l’histoire – #118 – été 2014

par Yves Laberge

L’Architecture Art Déco de Montréal sur Internet

artdeco Notre revue avait vanté l’excellent rapport de recherche sur L’architecture Art déco et les écoles de la Commission scolaire de Montréal (voir notre n° 112 – hiver 2012). Ce beau travail d’histoire urbaine effectué par Karine Garcia et Claudine Déom montrait des écoles de tous les arrondissements de Montréal caractérisés par le style Art déco des années 1920 et 1930, mais aussi d’autres exemples de style Beaux-arts. Une version en ligne de ce rapport illustré sur le patrimoine architectural montréalais est désormais accessible gratuitement.

Déom, Claudine et Karine Garcia. 2010. L’architecture Art déco et les écoles de la Commission scolaire de Montréal. Montréal : Commission scolaire de Montréal et Fondation des amis du patrimoine scolaire, 2010.

www.csdm.qc.ca/~/media/PDF/Batiments/Art_deco_version_web.ashx

 

Médias de l’histoire – #117 – printemps 2014

par Yves Laberge

À la recherche de Louis Hémon

1374643-gf En attendant de pouvoir apprécier le prochain documentaire sur Louis Hémon (1880-1913) que prépare le réalisateur Jean-Claude Labrecque, on peut signaler quelques reportages brefs consacrés à l’auteur du roman Maria Chapdelaine. De ce fait, un pèlerinage culturel et commémoratif devient possible sur Internet, à défaut de s’y rendre en personne. À propos de sa jeunesse, on peut voir sur YouTube (dans le reportage « Alain Boulaire présente son dernier livre sur Louis Hémon ») une plaque commémorative marquant le lieu de naissance de Louis Hémon, à Brest, en France, présentée par l’écrivain brestois Alain Boulaire, qui est à ce jour le dernier biographe de Louis Hémon. Cette maison natale n’existe plus, mais on en connaît l’emplacement exact. Par ailleurs, on peut aussi voir dans un autre reportage datant de juillet 2013 (« 100e anniversaire du décès de Louis Hémon ») l’endroit précis de la voie ferrée où Louis Hémon a été fauché par un train, dans la ville de Chapleau, au nord de l’Ontario, à l’âge de 32 ans, en se rendant avec un ami vers le Manitoba. D’autres images montrent sa pierre tombale au cimetière local; on voit par la suite quelques citoyens franco-ontariens se rencontrer au Centre culturel Louis-Hémon, à Chapleau, le jour du centenaire de sa disparition. Ce court reportage produit par Radio-Canada à l’occasion du centenaire du décès de Louis Hémon permet de constater que Chapleau revendique aussi sa part dans la mémoire de cet écrivain au destin tragique et dont la gloire fut uniquement posthume.

Alain Boulaire présente son dernier livre sur Louis Hémon

https://www.youtube.com/watch?v=sfrmtpGlvZ8

100e anniversaire du décès de Louis Hémon à Chapleau. Radio-Canada

http://www.radio-canada.ca/emissions/boreal_express/2012-2013/chronique.asp?idChronique=301937

100e anniversaire du décès de Louis Hémon à Chapleau

https://www.youtube.com/watch?v=ic7aANNahc8

Centre culturel Louis-Hémon (à Chapleau)

www.quatrain.org/reso/cclh.html

Musée Louis-Hémon de Péribonka

www.museelh.ca

 

Six heures en compagnie d’André Malraux sur DVD

51HMsLdoMGL L’éditeur français Doriane Films a réédité sur DVD l’intégrale des fameux documentaires sur l’art avec André Malraux (1901-1976), écrivain universel et par ailleurs ami du Québec sous la présidence de Charles de Gaulle. Deux coffrets triples reprennent intégralement les séries « À la recherche des arts du monde entier » réalisées en 1975 et 1976 par Jean-Marie Drot. Longtemps introuvables, ces émissions avaient été diffusées en France et exceptionnellement au Québec peu après la disparition de Malraux. Filmé à la fin de sa vie, l’écrivain érudit se retransforme en un historien de l’art universel, après avoir publié tant d’ouvrages sur les Beaux-Arts, désormais regroupés en deux tomes dans la prestigieuse Bibliothèque de La Pléiade. Dans ces entretiens entrecoupés de toiles et de sculptures judicieusement choisies, Malraux septuagénaire commente avec passion et modestie ses écrits de jeunesse sur l’art puis évoque des souvenirs extraits de ses Antimémoires. D’une durée de plus de six heures, chaque coffret DVD est triple et contient un cycle de promenades imaginaires dans plusieurs musées, villes ou pays dont Malraux admirait les artistes : Florence, Venise, Rome, Fontainebleau, l’Espagne, les Pays-Bas (coffret 1), mais aussi le Japon, l’Inde et un survol de l’art en Océanie (coffret 2). On trouvera ces deux cycles de documentaires directement sur le site de Doriane Films, mais il faudra pour les visionner disposer d’un lecteur DVD universel pouvant décoder les films du système PAL, en Zone 2 (ou d’un ordinateur compatible muni d’un lecteur DVD). Visuellement, ces coffrets sont une réussite. C’est un plaisir intellectuel inégalé que de partager la compagnie d’un Malraux en verve qui discute d’art avec des mots simples et sans jargon. Par la profondeur de son analyse et l’ampleur de son propos, ce Journal de voyage avec André Malraux constitue un sommet de sobriété et d’érudition dans l’histoire de la télévision.

Journal de voyage avec André Malraux. Coffrets 1 et 2. Paris : coédition Doriane Films avec INA, CNC, Fondation Bettencourt Schueller et Amitiés internationales André Malraux. 360 minutes chacun. Format PAL, Zone 2.

 

Doriane Films

http://www.dorianefilms.com/

http://www.dorianefilms.com/description.php?id=474&path=6&PHPSESSID=67f347247d6324e57407f660485cdfcf

 

http://www.dorianefilms.com/description.php?id=480&PHPSESSID=67f347247d6324e57407f660485cdfcf

Association André Malraux

http://www.andremalraux.com/

Association André Malraux

http://www.malraux.org/

 

Médias de l’histoire – #116 – hiver 2014

par Yves Laberge

 

Neil Young en Blu-ray

Neil-Young-Journeys-blu-ray Jonathan Demme (réalisateur), Neil Young Journeys [Blu-ray]. Culver City: Sony Pictures Home Entertainment et Sony Classics, 2012 [2011], 87 minutes. Sous-titres anglais et français.

Ce documentaire sur Neil Young suit le chanteur durant sa tournée canadienne de 2011; les passages musicaux sont entrecoupés par des entretiens et des souvenirs de jeunesse. Chantre de la mythologie populaire des États-Unis avec des chansons vibrantes comme « Southern Man » et « Alabama », Neil Young emprunte une Crown Victoria de 1956 pour faire une visite de son village natal du nord de l’Ontario, Omemee. Des souvenirs scolaires, des anecdotes à propos d’excursions de pêche et la fréquentation de lieux désormais disparus sont évoqués. Une dizaine de nouvelles chansons datant de 2010 sont présentées sans coupure; on peut aussi entendre dans des versions épurées quatre classiques des années 1970 : « After the Gold Rush », « I Believe in you », « Ohio » et « My, My, Hey, Hey (Into the Blue) ». Quelques images d’archives sont superposées lors de son interprétation de la chanson « Ohio », du groupe Crosby, Stills, Nash & Young, montrant les noms des victimes de la répression policière sur le campus de la Kent State University; cet événement tragique était à l’origine de cette composition.

 

Dans ce film, Neil Young est seul sur scène et s’accompagne successivement de plusieurs instruments (guitare, piano, harmonium). Contrairement à d’autres chanteurs de sa génération comme Bob Dylan ou Gordon Lightfoot, le Neil Young de 2010 n’a pas perdu sa voix et peut toujours atteindre les notes aiguës. Cependant, le travail du réalisateur est assez discutable, car il se complait parfois (dans la deuxième moitié du film) à montrer des gros plans de l’intérieur de la bouche du chanteur pendant qu’il chante. Le CD/DVD Live at Massey Hall (sorti en 2007, mais filmé en 1971) était supérieur en intensité et montrait le chanteur au sommet de son art.

 

Deux grands cinéastes québécois disparus en septembre 2013

B.ETL. Deux cinéastes québécois nous ont quittés à quelques jours d’intervalle : Arthur Lamothe (1928-2013) et Michel Brault (1928-2013). Ces deux réalisateurs ont d’abord travaillé pour l’Office national du film, mais aussi dans le secteur privé.

Assurément l’artisan le plus complet du cinéma québécois, Michel Brault était à la fois caméraman, réalisateur, producteur, scénariste et à l’occasion monteur. Alternant entre le documentaire et la fiction, entre le court et le long métrage, sa filmographie est incroyablement diversifiée et la quantité de prix qu’il a reçus est impressionnante. Michel Brault incarnait presque à lui seul le cinéma direct québécois au tournant des années 1960 avec des films comme Les raquetteurs (coréalisé avec Gilles Groulx, 1958) et surtout Pour la suite du monde (1962), qu’il coréalisa avec Pierre Perrault. Son long métrage Les ordres (1974) constitue encore de nos jours l’illustration la plus éloquente de la question des droits de la personne au Canada et de la fragilité des libertés individuelles. Toujours intéressé par l’histoire, Michel Brault avait accepté de participer au n° 38 de Cap-aux-Diamants (1994) consacré au cinéma et avait aimablement répondu à nos questions. Il était accessible et passionné de cinéma.

Né en France, mais ayant vécu toute sa vie adulte au Québec, Arthur Lamothe était surtout connu pour son court métrage Bûcherons de la Manouane (1962), qui incarnait une québécitude pittoresque, mais authentique, comme une sorte d’apologie du froid en tant que définition du Québec. C’est sans doute l’un des documentaires qui décrivent le mieux le Québec traditionnel d’avant les années 1960. Cinéaste engagé, Arthur Lamothe se passionnait pour les Amérindiens et leur avait consacré la majorité de ses films, pour la plupart des documentaires. Il avait aussi adapté le roman d’André Langevin, Poussière sur la ville (1967). On peut voir les films d’Arthur Lamothe dans les cinémathèques universitaires et à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (Collection « Arthur Lamothe »).

 

Site de Michel Brault

http://www.nanoukfilms.com/francais/nanouk/mbrault.html

et

http://www.nanoukfilms.com/francais/nanouk/nanouk1.html

 

Site d’Arthur Lamothe

http://www.banq.qc.ca/collections/collection_numerique/coll_arthur-lamothe/

 

Le coffret CD Pag Collection – Tonnes de flashs, de Michel Pagliaro. Earth Born Music, Musicor et Sélect.

PAG Sans être tout à fait une intégrale, le coffret CD Pag Collection – Tonnes de flashs, de Michel Pagliaro regroupe une douzaine de disques originaux en treize CD. Né à Montréal, le fils de Guy Pagliaro aura été un hitmaker (un faiseur de succès) durant plusieurs décennies. La liste de ses chansons immortelles serait trop longue à énumérer. Retenons seulement quelque jalons: « J’ai marché pour une nation », « À t’aimer », « Pour toi, pour toi », « Fou de toi », « M’lady », et surtout « J’entends frapper », devenu un véritable hymne du rock en français. Sachant parfaitement adapter les mots français au langage du rock, Michel Pagliaro avait composé les paroles et musiques de toutes les chansons énumérées ci-dessus et d’une centaine d’autres.

De plus, Pagliaro a aussi adapté plusieurs chansons américaines et anglaises en des versions françaises, dont « Miss Ann », composée par Little Richard (pseudonyme de Richard Penniman), mais aussi « Émeute dans la prison », un standard de l’équipe Jerry Leiber et Mike Stoller (« Riot in Cell Block #9 ») repris par des dizaines de chanteurs depuis les années 1950. En outre, Michel Pagliaro s’est aussi hissé au sommet de la scène canadienne avec ses compositions comme « Rainshowers » et « What the Hell I’ve Got » (avec ce vers accrocheur « I’m gonna lose control »); ses succès en anglais prouvaient qu’il était de calibre international, au même titre que d’autres groupes canadiens comme les Guess Who ou Bachman Turner Overdrive, avec cette différence que contrairement à tant de groupes, seul le nom de Michel Pagliaro figurait sur ses affiches et qu’il a écrit à lui seul la moitié des chansons qu’il a enregistrées.

 

Couvrant trois décennies, ce coffret respectant presque toujours l’ordre chronologique permet de suivre l’évolution de l’artiste. Toutefois, certaines chansons des débuts ont été omises, comme « Ton nom imprimé dans mon cœur » ou « Les vacances » (1968) enregistrée en duo avec Renée Martel. À ses débuts, par exemple, dans « Mon cœur », la voix de Michel Pagliaro annonçait presque celle de Serge Fiori. Par la suite, les instrumentations et les arrangements se sont intensifiés; les rythmes se sont diversifiés. Indéniablement, Pagliaro occupe une place unique dans l’histoire de la musique québécoise et canadienne, et ce coffret permet de mesurer pleinement le talent de ce grand artiste. Les photographies (non datées) et le graphisme du livret ne sont pas exceptionnels, mais au moins on y trouve les textes de toutes les pièces regroupées. Quant à la musique, on s’étonne de reconnaître tant de mélodies familières tout au long de ces treize disques.

 

Pag Collection – Tonnes de flashs  www.musicor.ca

 

Site officiel Michel Pagliaro www.pagliaro.ca

 

Sur Youtube

http://www.youtube.com/watch?v=VupYkvMB6RU

 

Médias de l’histoire – #115 – automne 2013

par Yves Laberge

Les archives de l’INA et de l’émission Radioscopie

115-r9.3 L’Institut national de l’audiovisuel (INA) a réédité sur CD certaines émissions mémorables de la radio française dont un entretien rare d’une demi-heure tiré de l’émission Radioscopie, datée du 4 janvier 1971, avec Salvador Dalí. Dans un français fortement marqué par de généreux roulements de r, l’excentrique Dalí discute avec son habituelle fantaisie d’une foule de sujets, parfois inattendus : sa prime jeunesse (ou plutôt ses « souvenirs intra-utérins »), l’argent, la publicité, son admiration pour le peintre espagnol Diego Velázquez. Avec lucidité, Dalí décrira comme tels les nombreux arrivistes de son entourage qui veulent constamment profiter de sa compagnie afin de gagner en visibilité et en prestige. En outre, le peintre surréaliste explique comment la photographie est un art faible comparativement à la peinture, et il déconseille par ailleurs aux jeunes d’utiliser les drogues et les narcotiques. D’autres entretiens de cette série sur CD ont été consacrés à Marc Chagall, Jacques Brel, Georges Brassens. On se procurera ces enregistrements historiques directement sur le site de l’INA, chez certains libraires ou sur Internet.

Dalí, Radioscopie de Jacques Chancel, CD, Radio-France et INA, collection « Paroles », 2012 [1971], 38 minutes.

http://boutique.ina.fr/cd/nouveautes-cd/nouveautes-cd/PDTINA000060/salvador-dali-radioscopie.fr.html

 

Le cinéma muet en DVD : des classiques du cinéma fantastique allemand réédités

115-r9.4 Il fut un temps où on pouvait découvrir régulièrement des classiques du cinéma allemand grâce au Ciné-club de Radio-Canada, le dimanche soir. Certains de ces films inoubliables sont à nouveau disponibles. La compagnie new-yorkaise KINO, longtemps spécialisée dans la distribution de films européens introuvables, a réédité sur DVD deux coffrets consacrés au cinéma fantastique allemand de l’époque du muet. Un premier coffret intitulé German Expressionism Collection regroupe quatre films emblématiques de l’expressionnisme allemand : Le cabinet du docteur Caligari et Les mains d’Orlac, de Robert Wiene, mais aussi Le montreur d’ombres, un mélodrame axé sur les jeux d’ombres, et enfin Les mystères d’une âme, premier film psychanalytique de l’histoire du cinéma, qui explore les thèmes de la névrose et l’interprétation des rêves. Le deuxième coffret présente six films magistraux du réalisateur allemand Friedrich Wilhelm Murnau, dont Nosferatu, Le dernier des hommes, et Faust, adapté de John Walfgang van Goethe. En outre, on découvrira dans ce coffret trois films longtemps considérés comme perdus : Le château hanté, Les finances du grand duc, et Tartuffe, d’après Molière. Ici, pas de comédie ni de burlesque comme dans beaucoup de productions hollywoodiennes des années 1920, mais au contraire du drame intense et une esthétique recherchée avec des éclairages très contrastés. Tous ces longs métrages sont muets, désormais avec des intertitres traduits en anglais seulement. Il est dommage de ne pas trouver de versions adaptées en français. Même les titres des films ont ici été traduits en anglais. On trouvera ces classiques sur DVD, individuellement ou ensemble, chez de bons fournisseurs, dans les bibliothèques universitaires ou directement chez ce distributeur américain au nom allemand, KINO (qui veut dire « cinéma »).

German Expressionism Collection et Murnau. New York, KINO, DVD zone 1.

Plusieurs heures.

http://www.kino.com/video/item.php?product_id=1094

et

http://www.kino.com/video/item.php?product_id=1161

 

Des rapports, des bilans et des synthèses sur Internet

115-r9.1 Plusieurs rapports, bilans et synthèses publiés par le gouvernement du Québec sont désormais disponibles sur Internet en accès gratuit. Cette pratique devient de plus en plus répandue. Comme beaucoup de ces rapports n’étaient pas en vente en librairie, il devenait parfois difficile de les commander, sauf pour les emprunter dans certaines bibliothèques publiques ou encore pour les consulter à la Bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec. Maintenant disponible en ligne, on retrouvera par exemple une version abrégée d’une centaine de pages du fameux rapport Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables publié il y a cinq ans (sous le titre Fonder l’avenir : le temps de la conciliation), ou encore l’intégralité du bilan 2004-2007 sur l’Intégration des arts à l’architecture et à l’environnement, publié par le ministère de la Culture et des Communications, paru en 2008, qui montrait une série de projets artistiques réalisés dans le cadre de la loi du 1 % pour les édifices publics québécois.

Le bilan 2004-2007 sur l’Intégration des arts à l’architecture et à l’environnement :

http://www.mcc.gouv.qc.ca/fileadmin/documents/publications/bilanIAAE_04_07.pdf

Le rapport Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables (Fonder l’avenir : le temps de la conciliation, gouvernement du Québec, 2008) en version abrégée :

http://www.inalco.fr/IMG/pdf/Quebec_multiculturel_rapport-final-abrege-fr.pdf

 

Les aventures de Martin le Malin

115-r9.2 Vous vous souvenez sans doute de Tintin, Astérix, Dan Cooper ou de Michel Vaillant. Moins connu, mais tout aussi vénéré durant les années 1950 et 1960, Martin le Malin était un gentil personnage de bande dessinée qui vivait des aventures irréelles en compagnie de son ami Florisse Fidel. Contrairement aux autres héros cités ci-haut dont les albums ont maintes fois été réédités, les livres de Martin le Malin publiés à l’origine aux Éditions du Gai Moulin sont devenus introuvables en librairie à partir des années 1970. Pourtant, des titres comme Le mystère du temple d’or, l’effroyable Les Martiens atterrissent ou encore À  la recherche de l’Atlantide avaient fasciné des générations de jeunes lecteurs. Qui pourrait oublier après les avoir lus des albums comme L’autre monde ou La machine à remonter le temps? Un site Internet est désormais consacré à ce héros de douze ans, imaginé il y a plus de 60 ans par le dessinateur hollandais Josef Hans Koeleman, qui était alors très perméable aux influences d’autres auteurs de science-fiction (par exemple Hergé, mais aussi Herbert-George Wells et Edgard-Pierre Jacobs). Après 1964, d’autres dessinateurs se sont ensuite emparés du personnage de Martin le Malin, avec moins de succès. Par ailleurs, un autre personnage de bande dessinée, assez différent, a été créé par Christian Godard, sous le sous similaire de Martin Milan. Ce site Internet conçu par un Québécois comprend un historique, une bibliographie complète et des extraits des différents albums de Martin le Malin.

http://www.martinlemalin.com/apropos.html

et

http://www.martinlemalin.com/images/albums/grand/hard_templeor.jpg

et http://www.martinlemalin.com/images/albums/grand/hard_alarecherchedelatlantide.jpg

Médias de l’histoire – #114 – été 2013

par Yves Laberge

Le centenaire de Charles Trenet

114-r9.1 Considéré à juste titre comme le père de la chanson française moderne, Charles Trenet (1913-2001) aurait eu 100 ans cette année, le 18 mai. Principalement entre 1937 et 1940, il a révolutionné la manière de concevoir les chansons en France, ajoutant une touche de  fantaisie dans ses textes et mettant à profit les influences du jazz (on parlait alors du swing). C’est durant cette période effervescente que Charles Trenet compose une multitude de chansons immortelles : « Je chante », « Y a de la joie », « J’ai ta main », « Boum ». Ce tourbillon de gaieté et d’images inattendues (« Il pleut dans ma chambre », « Vous oubliez votre cheval », « La route enchantée ») était alors inhabituel dans la chanson « sérieuse » des années 1930. Pour cette raison, on le surnomma – un peu abusivement – « le Fou chantant ». Séduit par le Québec, il visitera souvent les Amériques et la rumeur veut que Trenet ait composé à Québec sa chanson « L’âme des poètes », en attendant à la porte de la station de radio CHRC, située au coin de la rue Saint-Jean et de la côte du Palais.

Souvent à l’affiche du célèbre cabaret Chez Gérard à Québec et dans plusieurs salles du Québec dès la fin des années 1940, Charles Trenet pouvait parfois proposer de donner un récital dans le sous-sol d’une église d’une paroisse des Laurentides, à seulement quelques jours d’avis.

Au début des années 1950, Charles Trenet a évoqué le Québec dans quelques-unes de ses compositions dont : « Voyage au Canada », « Dans les rues de Québec », « Les pharmacies », et plus tard en 1971 dans « Les chiens-loups ». Ironiquement, il mentionnait déjà le Canada au passage dans l’une de ses premières compositions (interprétée en duo avec Johnny Hess) intitulée « La vieille marquise », dans laquelle la veuve se lamentait : « C’est mon pauvre mari qu’est mort au Canada ». À cette époque en France, le Canada symbolisait la contrée lointaine d’où on revient difficilement.

Plusieurs coffrets en CD rassemblent les enregistrements de Charles Trenet et de nombreuses prestations peuvent être vues sur YouTube. Certains films dans lesquels il était acteur ont été réédités en France sur DVD (mais pas au Québec). On peut désormais visiter la maison natale de Charles Trenet, à Narbonne, qui a été transformée en musée.

http://www.mairie-narbonne.fr/fr_la-maison-natale-de-charles-trenet

et

http://www.trenetdiscographie.fr/trenetcolumbiaFR.html

et

http://www.charles-trenet.net/

et

http://www.youtube.com/watch?v=s0VQHTZN5EQ

L’hebdomadaire La Liberté célèbre son 100e anniversaire en 2013.

114-r9.2

En plus de découvrir de nombreuses activités qui entoureront le 100e anniversaire de La Liberté, ceux qui étaient venus à la conférence de presse du 16 novembre 2012 ont pu jeter un œil sur quelques archives du journal, notamment sa toute première une (20 mai 1913)

Le journal La Liberté de Saint-Boniface (aujourd’hui fusionnée à Winnipeg) célèbre ses 100 ans. Contrairement au quotidien Le Droit d’Ottawa, La Liberté est un hebdomadaire, fondé le 20 mai 1913. Ces deux journaux de langue française ont toutefois en commun d’avoir été fondés par les pères oblats. À l’occasion de ce centenaire, tous les numéros précédents de La Liberté seront numérisés et accessibles en ligne (sous l’intitulé « Peel Project »), ce qui offrira une mine de renseignements inédits sur la francophonie minoritaire du Manitoba, particulièrement en milieu rural. Chercheurs, archivistes et généalogistes pourront ainsi se documenter et retrouver dans ces milliers de pages des documents et des sources inespérés. Nous souhaitons longue vie au journal La Liberté et nous félicitons ses artisans y ayant œuvré depuis un siècle.

http://la-liberte.mb.ca/

 

http://la-liberte.mb.ca/celebrations-du-100e

et

http://laliberte100ans.ca/

et

http://laliberte100ans.ca/projets/index/3

Le quotidien Le Droit célèbre son 100e anniversaire

114-r9.3 C’est en 1913 qu’est né le journal Le Droit, d’Ottawa, fondé par le père Charles Charlebois (1871-1945). À l’origine, ce quotidien avait été mis en place par les oblats en guise de protestation contre le fameux Règlement 17 (dès 1912), qui interdisait le français dans les écoles de l’Ontario. D’ailleurs, la devise de ce journal était, dès son premier numéro, « L’avenir appartient à ceux qui luttent »; mais cet avertissement combatif n’apparaît désormais plus en page couverture du journal. La mobilisation des Franco-Ontariens (on disait alors des Canadiens-français de l’Ontario) a été soutenue, et c’est seize ans plus tard, en 1929, que le gouvernement provincial de l’Ontario a consenti à lever l’interdiction du français dans les écoles ontariennes, bien que ce « Règlement 17 » soit resté en vigueur durant douze années de plus.

Voici ce qu’on peut lire au début de l’historique de ce journal, reproduit sur son site Internet :

« Il est impossible de dissocier la fondation du journal Le Droit en 1913 de l’instauration l’année précédente par le gouvernement ontarien de la Circulaire d’information N° 17, qui interdit formellement l’usage du français comme langue d’enseignement et de communication dans toutes les écoles de la province. Ce règlement administratif constituait le point culminant de dix ans d’efforts gouvernementaux visant à éradiquer l’usage de langues autres que l’anglais des écoles ontariennes, sous l’impulsion du clergé catholique irlandais et des orangistes protestants. »

De nombreux événements commémoratifs ont eu lieu le 27 mars 2013 pour célébrer le centenaire de ce qui demeure à ce jour le seul quotidien en français à être publié à l’ouest du Québec. Les autres journaux ouest-canadiens de langue française sont des hebdomadaires ou des mensuels, et non des quotidiens.

Pour les personnes qui n’auraient pas pu mettre la main sur l’édition spéciale de 212 pages du mercredi 27 mars 2013, on peut retrouver un site Internet entièrement consacré au centenaire du Droit, avec plusieurs articles, des images d’archive et une chronologie.

On trouvera aussi sur le site Web du Droit un rappel de 100 événements marquants  survenus au cours du dernier siècle, par exemple la mise en danger de l’hôpital Montfort en 1997, mais aussi le passage d’Elvis Presley, lors d’un récital donné à Ottawa, en avril 1957. Plusieurs articles d’époque parus dans Le Droit y sont cités.

http://www.ledroit.org/redaction/100ans/2013/03/25/57-elvis-le-provocateur-a-ottawa/

Depuis 2001, le journal Le Droit fait partie du groupe de presse Gesca, filiale du conglomérat Power Corporation du Canada et partenaire de Cyberpresse.ca.

Pour les Franco-Ontariens, Le Droit n’est pas qu’un simple journal, c’est une véritable institution et un symbole d’appartenance qui n’a pas d’équivalent.

http://www.lapresse.ca/le-droit/opinions/votre-opinion/201303/27/01-4635211-le-droit-et-100-ans-de-luttes.php

et

http://www.ledroit.org/redaction/100ans/

et

http://www.ledroit.org/redaction/100ans/category/100-evenements/

et

http://www.ledroit.org/redaction/100ans/media/

et

www.100ans.ca

et

http://www.ledroit.org/redaction/100ans/historique-2/

et

http://www.lapresse.ca/le-droit/

Médias de l’histoire – #113 – printemps 2013

par Yves Laberge

Un paysage familier?

 À première vue, ces images vous rappellent peut-être les deux ponts au-dessus du fleuve Saint-Laurent, à l’entrée de Québec, vus de la rive sud? Il s’agit en réalité du vénérable pont du Forth (Firth of Forth Bridge), réservé aux voies ferrées, tandis que le pont suspendu qui le voisine (le Forth Road Bridge) sert exclusivement à la circulation routière. Ces deux ponts sont situés en Écosse, à une quinzaine de kilomètres d’Édimbourg, à l’embouchure du fleuve du Forth. De type cantilever, le Firth of Forth Bridge ressemble en fait à un « pont de Québec » dédoublé, c’est-à-dire avec trois bases au lieu de deux; il a été construit entre 1882 et 1890, soit une quinzaine d’années avant « notre » pont de Québec, qui a dépassé son prédécesseur de 28 mètres. Monument national et symbole de fierté pour les Écossais puisqu’il demeure « le deuxième plus long pont de type cantilever au monde » (il fut détrôné par le pont de Québec), le Firth of Forth Bridge est une véritable attraction touristique avec son bureau des visiteurs et des hôtels avoisinants avec vue imprenable. On lui a consacré de nombreux livres et un site Internet compilant toutes les nouvelles à son propos. Ce sera un exemple à suivre pour les célébrations du centenaire de « notre » pont de Québec, en 2017.

Souvenir du 400e

Monique Blouin et Louise Côté, Du Wampum au Webqueb. Un voyage à travers le temps au Québec, de 1500 à 2008. Québec, Bureau de la Capitale-Nationale, La Société du 400e anniversaire de Québec et Studios Art Média. CD-Rom.

Destiné en premier lieu aux élèves du primaire et à leurs enseignants, ce CD-ROM très imaginatif présente sous la forme de petites capsules interactives cinq siècles d’histoire du Québec (de 1500 à 2008), et particulièrement de la région de Québec : les premiers explorateurs venus de France, la contribution des Premières Nations, et surtout la vie quotidienne en Nouvelle-France. Tout y est raconté à la première personne par des animations avec des personnages d’autrefois, montrés dans leur contexte d’époque. En réalité, la navigation et l’installation de ce CD-ROM exigent une connaissance plus avancée de l’informatique; le contenu pourrait très bien convenir à des élèves plus âgés (de dix ans et plus), à des didacticiens, et à des adultes familiers avec ce type de nouveaux logiciels. On trouvera ce CD-ROM éducatif dans les bibliothèques scolaires et publiques, ou auprès du Bureau de la Capitale-Nationale, à Québec.

Le Magazine Gaspésie a 50 ans! 

 Fondé en 1963, le Magazine Gaspésie paraît trois fois par an grâce au soutien du Musée de la Gaspésie. Affilié à la Société de développement des périodiques culturels québécois, ce magazine illustré offre des articles et des dossiers bien documentés. Ainsi, à l’automne 2011, tout un dossier portait sur la volonté de l’Allemagne hitlérienne d’acheter l’île d’Anticosti, soi-disant pour procéder à des expériences scientifiques; c’était en 1937 (vol. 48, n° 2, p. 23). Fort heureusement, ce projet ne s’est pas matérialisé. Par ailleurs, le site Internet de ce magazine comprend des archives et une généreuse banque d’images provenant du Centre d’archives du Musée de la Gaspésie. Après un demi-siècle d’activité, nous saluons la qualité du Magazine Gaspésie, la vision de ses fondateurs et la persévérance de ses collaborateurs.

http://www.museedelagaspesie.ca/fr/magazine/index.php

et

http://www.museedelagaspesie.ca/album/

Un nouveau disque de Félix Leclerc

Félix Leclerc, Chansons perdues (1950-1953) et Concert à Nicolet (1964), Triple CD avec un livret bilingue de 28 pages, Vincennes (france) et Montréal, Frémeaux & associés, avec XXI-21 Productions et Fondation Félix Leclerc. Réf.: FA 5230

Félix Leclerc, Chansons perdues (1950-1953) et Concert à Nicolet (1964). Triple CD avec un livret bilingue de 28 pages. Vincennes (France) et Montréal, Frémeaux & associés, avec XXI-21 Productions et Fondation Félix Leclerc. Réf. : FA 5230.

Le musicologue Martin Duchesne a eu la bonne idée de réunir dans ce coffret triple CD des enregistrements rares ou inédits de Félix Leclerc, incluant un concert donné à l’auditorium du couvent des Sœurs de l’Assomption de la Sainte Vierge à Nicolet, le 16 avril 1964. Cette performance inespérée permet d’entendre Félix Leclerc interpréter ses chansons éternelles : « Hymne au printemps », « Francis », « Je cherche un abri pour l’hiver », mais aussi « Tour de reins », « Le roi heureux », « Douleur », et vingt autres titres. Une partie de ces archives sonores provient du Séminaire de Nicolet ou encore de collections privées. On découvre également sur le premier CD d’autres trésors : des versions différentes et souvent introuvables de plusieurs des premières chansons de Félix Leclerc. Comme on peut le lire dans le livret détaillé qui accompagne ce coffret, Félix Leclerc avait réenregistré deux fois ses premières chansons : d’abord en 1959 pour l’étiquette Philips, et ce sont les versions les plus courantes de ses pièces immortelles, et ensuite dans des versions orchestrées par François Dompierre au milieu des années 1970. Or, le présent coffret ne contient aucun de ces enregistrements déjà connus, mais plutôt des repiquages des premiers disques 78 tours de Félix Leclerc parus bien avant 1959, surtout entre 1950 et 1953, alors qu’il était sous contrat avec l’éditeur parisien Jacques Canetti. Même pour les familiers de l’œuvre de Félix Leclerc, ces enregistrements oubliés pendant 50 ans sembleront nouveaux.

On trouve aussi dans ce coffret quelques démos et des enregistrements faits pour la radio, y compris des saynètes imaginées par Félix Leclerc. Après un demi-siècle, la qualité sonore de ces versions d’origine risque de désespérer les audiophiles, mais la valeur patrimoniale est indéniable, car on peut y entendre « le premier Félix Leclerc ». Ce coffret triple fabriqué en France devra être ajouté aux collections comprenant déjà « L’Intégrale Félix Leclerc ».

 

http://www.lalibrairiesonore.com/catalogue/canada/felix-leclerc.html

 

http://www.felixleclerc.com/

Médias de l’histoire – #112 – hiver 2012

par Yves Laberge

Revue d’histoire Le Chaînon (Ontario): le Règlement 17

 Vous connaissez bien la revue québécoise Cap-aux-Diamants, mais avez-vous déjà lu son équivalent ontarien? Peu visible au Québec, la revue Le Chaînon existe depuis 30 ans. Au printemps 2012, cette revue d’histoire a consacré un dossier important à l’infâme Règlement 17, dont on souligna en juin dernier le triste centenaire. Cette loi provinciale limitait l’enseignement du français dans les écoles de l’Ontario et avait donné lieu à une forte mobilisation, non seulement chez les Franco-Ontariens, mais aussi au Québec. De nos jours, on parle relativement peu de l’époque du Règlement 17, peut-être par oubli ou pour ne pas cultiver le ressentiment. Un article émouvant de Paul-François Sylvestre raconte la guerre du gouvernement provincial de l’Ontario contre le français, avec comme toile de fond « le mouvement anti-catholique et francophobe » (vol. 30, n° 2, p. 19). Comme l’explique M. Sylvestre dans son excellent article du Chaînon, le Règlement 17 sera adouci après quinze années de protestations, en 1927, et sera aboli des statuts ontariens en 1944. Mais le mal était fait et irrévocable : le Règlement 17 aura forcé l’assimilation de plusieurs familles franco-ontariennes qui ont ainsi perdu leur langue maternelle (vol. 30, n° 2, p. 23). Une loi similaire contre l’enseignement du français et même contre le bilinguisme a aussi existé au Manitoba, dès 1890 et jusqu’aux années 1960. On comprend que l’histoire des droits linguistiques au Canada reste encore à être écrite, et Le Chaînon y contribue significativement. Plusieurs historiens, généalogistes et thésards de l’Ontario contribuent à l’essor de ce magazine illustré, publié à Ottawa par le Réseau du Patrimoine franco-ontarien.

http://www.rpfo.ca/fr/Le-Chainon_26

et

http://www.rpfo.ca/fr/Abonnement–Le-Chainon–Electronique_128

 

Mise en ligne de l’Inventaire des lieux de culte du Québec 

 Le Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ) annonce la mise en ligne de son site Internet sur l’Inventaire des lieux de culte du Québec, qui regroupe presque toutes les églises et autres temples érigés sur notre territoire avant 1975. Chaque église du Québec y est photographiée et décrite, avec son année de construction et les détails de son architecture. On peut restreindre sa recherche à une région, à une ville ou à une municipalité régionale  de comté, et localiser chaque église sur une carte interactive. Cependant, on ne peut pas faire de recherche par nom d’architecte, ce qui nous empêche de comparer tous les ouvrages d’un même concepteur. De plus, certaines églises reconstruites après 1975 ne sont pas incluses, par exemple au nord de Québec, l’église de Notre-Dame-des-Laurentides, datant de 1905, incendiée en 1991 et reconstruite l’année suivante n’apparaît pas dans ce bilan pourtant étoffé.

www.lieuxdeculte.qc.ca

Cependant, il existe sur Internet d’autres sites sur nos églises et chapelles (par exemple http://eglisesdequebec.org/) qui permettent de préserver virtuellement des églises détruites, désaffectées ou qui luttent pour leur survie, comme l’église de Sainte-Maria-Goretti (1965-1966), à Charlesbourg, ou l’église Saint-Cœur-de-Marie, sur la Grande-Allée à Québec, tout près de ministère de la Culture, qui est chargé de préserver notre patrimoine. D’ailleurs, plusieurs églises de la haute-ville de Québec ont été détruites au cours des dernières années, par exemple l’église Saint-Vincent-de-Paul dans la côte d’Abraham, ou encore l’ancienne chapelle des Franciscaines, au coin de la Grande-Allée et de la rue Turnbull. Ce magnifique site coproduit par la Ville de Québec et l’École d’architecture de l’Université Laval ne se limite pas à un simple inventaire et contient des textes plus étoffés sur l’historique et la valeur patrimoniale de ces églises québécoises. Ces sites Internet permettront aux historiens de demain de localiser les églises disparues ou reconverties.

http://eglisesdequebec.org/

et

http://eglisesdequebec.org/ToutesLesEglises/NotreDameDesLaurentides/pourImpression.html

et

http://eglisesdequebec.org/ToutesLesEglises/swSaintCoeurDeMarie/SaintCoeurDeMarie.html

À ne pas confondre avec les deux sites précédents, un autre site Internet abrité par la Corporation du patrimoine et du tourisme religieux de Québec porte également sur le patrimoine religieux de la région de la capitale, offrant des itinéraires de visites et des suggestions d’activités éducatives très bien présentées.

http://www.patrimoine-religieux.com/

Je voudrais voir… Michel Rivard 

 Michel Rivard, Un trou dans les nuages. CD / DVD. 11 chansons + un concert filmé de 96 minutes, réalisé par Jean-Jacques Sheitoyan. Montréal, Spectra Musique et Les Productions sauvages, SPECD-7829. 2012 [1987 pour le disque; 1988 pour l’émission].

Après un quart de siècle, Spectra Musique a eu l’excellente idée de rééditer le magnifique album Un trou dans les nuages, de Michel Rivard. C’est un des rares albums parfaits ayant été produits au Québec : cohérence des pièces, des thèmes, et des arrangements, mais aussi originalité instrumentale et qualité exceptionnelle des textes. Nous avons droit ici à de grands moments de poésie et à de très belles images au fil des couplets. Ainsi, dès la chanson d’ouverture, « Libérer le trésor », Michel Rivard écrit ce vers : « Alors il sent l’orage qui menace le ciel de sa vie ». Parmi les grands succès de ce disque, on reconnaît « Libérer le trésor », « Ma blonde et les poissons », « Je voudrais voir la mer » et « Un trou dans les nuages ». Mais en fait, chacune des onze chansons est formidable et unique. Parmi ces perles moins connues, il faudrait mentionner « C’est un mur », chanson anti-Apartheid composée en hommage à Nelson Mandela. En dépit de sa sonorité synthétique typique des années 1980, Un trou dans les nuages n’a pas vieilli, ou plutôt a bien vieilli, avec ses orchestrations recherchées et originales sur des musiques riches en accords complexes. C’est comme l’équivalent de Harvest (1971) de Neil Young. En prime inespérée, on découvre sur un DVD le spectacle d’une heure et demie correspondant à ce disque, capté à Montréal le 30 octobre 1988. On est cependant déçu par le design raté à l’intérieur de la nouvelle pochette de ce CD/DVD : aucune photographie d’époque de l’artiste ou de ses musiciens, grands espaces inutilisés, et au lieu d’une analyse sérieuse de cette œuvre exceptionnelle, on ne lit que quelques éloges vides formulés par des inconnus. En revanche, on peut lire les paroles des chansons sur un petit livret.

Ce disque renversant marque l’apogée de la chanson québécoise et je pense que Michel Rivard nous a donné une œuvre qui demeure inégalée depuis sa parution. J’irai plus loin : Un trou dans les nuages me semble comme le dernier grand disque de la chanson en langue française, tous pays confondus. Bien sûr, il y a eu de bonnes chansons au Québec au cours des 25 dernières années. Mais jamais depuis Un trou dans les nuages a-t-on vu dans la Francophonie un ensemble de chansons avec une telle qualité, une langue aussi inventive et surtout une telle unité stylistique dans un seul disque. Et après la redécouverte de ce concert inédit de Michel Rivard, on espère maintenant la parution sur DVD du magnifique spectacle télévisé O.K. nous v’là de 1976 réunissant les groupes Beau Dommage, Harmonium, Octobre et Richard Séguin.

http://www.michelrivard.ca/

et

http://www.spectramusique.com/artistes/nouvelles.aspx?idA=50

Médias de l’histoire – #110 – été 2012

par Yves Laberge

Le Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec maintenant en ligne

 Au moment où paraît son huitième tome chez Fides, le prestigieux Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec a désormais son site Internet, hébergé par Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Cet immense dictionnaire présente, résume et rend compte de la réception de toutes les œuvres littéraires parues au Québec ou rédigées par des Québécois : romans, contes, recueils de nouvelles, poésie, pièces de théâtre, essais, scénarios édités, ouvrages théoriques, etc. Il ne s’agit pas de simples comptes rendus d’ouvrages célèbres ou méconnus, mais bien de synthèses individuelles qui situent chaque œuvre dans son contexte historique, culturel et critique. Signe de son succès, le premier tome dirigé par le professeur Maurice Lemire est presque introuvable. Fort heureusement, ce site Internet de la BAnQ permet justement l’accès gratuit au premier tome, couvrant à lui seul près de quatre siècles, depuis les récits de voyage de Jacques Cartier jusqu’à l’année 1900. Cependant, consulter l’ouvrage sur Internet n’est pas aussi convivial que de le parcourir sur papier. Les tomes 2 à 8 ne sont pas en ligne, mais ils restent disponibles auprès des Éditions Fides. Certains de ces tomes ont même été réédités. On trouvera ces ouvrages de référence en librairie et dans toute bibliothèque publique digne de ce nom.

http://services.banq.qc.ca/sdx/DOLQ/

et

http://www.crilcq.org/recherche/histoire/dolq.asp

et

http://www.fides.qc.ca/livre.php?id=486

Do you Saint-Tropez?

 Le coffret Louis de Funès. Le Gendarme 2 (dans la collection « Les Grands Classiques » Imavision) réunit sur DVD trois comédies, dont Le Gendarme de Saint-Tropez, où l’irascible gendarme Ludovic Cruchot règne sur Saint-Tropez et fait la chasse aux nudistes aux abords des plages de la Côte d’Azur. Pour notre plus grand plaisir, ce personnage excessif du gendarme zélé (interprété par Louis de Funès) réapparaît dans ces trois longs métrages réalisés par Jean Girault. Le travail de restauration est excellent et les copies ont été numérisées. C’était dans ce film de 1964 que l’on pouvait entendre le tube typiquement yéyé, « Do you do you Saint-Tropez », interprété par Geneviève Grad, et repris au Québec par Jenny Rock avec un titre francisé, « Douliou Douliou Saint-Tropez ». Même après presque un demi-siècle, ce film français apparenté aux beach movies des États-Unis reste si populaire qu’il a maintenant son propre site Internet, construit par un cinéphile!

Coffret DVD Louis de Funès. Le Gendarme 2. Comprend Le Gendarme de Saint-Tropez, Le Gendarme se marie, Le Gendarme à New York. Format NTSC. Montréal, Imavision (collection « Les Grands Classiques ») et SNC. http://www.imavision.com/fr/eStore,wciCatalogue,Type-P,ID-3067,LoadCat-1.html

Site officiel du film Le Gendarme de Saint-Tropezhttp://lgdst.free.fr/

Les musées d’histoire de Montréal lance un site Internet conjoint

 Comme on le sait, les musées de Montréal ne se trouvent pas tous rue Sherbrooke! Et certains d’entre eux n’ont pas les ressources suffisantes pour produire de vastes campagnes publicitaires. Pour pallier notre méconnaissance des petits et moyens musées montréalais, un site Internet les présente conjointement le musée du Centre commémoratif de l’Holocauste à Montréal, le musée Marguerite-Bourgeoys, le Lieu historique national du Commerce-de-la-Fourrure-à-Lachine, la Maison Saint-Gabriel, le musée de Lachine et neuf autres sites historiques. Plusieurs de ces institutions patrimoniales sont érigées sur des lieux de mémoire datant du Régime français ou de la période précédant la Confédération canadienne. Ce site Internet convivial contient une abondance d’images, de liens, et des idées pédagogiques pour planifier des visites en groupes ou des activités scolaires. Dans certains cas, ce site collectif conduit au site Internet propre à chaque musée et permet un accès en ligne à beaucoup d’archives visuelles (par exemple pour le Musée McCord). Même les Montréalais pourront y faire des (re)découvertes.

Les musées d’histoire de Montréal sur Internet

http://www.musees-histoire-montreal.ca/

1 fois 5: le spectacle de 1976 sur CD et maintenant sur DVD!

 L’un des disques doubles les plus vendus au Québec au cours des années 1970 aura été 1 fois 5, réunissant quatre des « grands » de la chanson québécoise, en plus de l’humoriste Yvon Deschamps. Incontestablement, Gilles Vigneault, Claude Léveillée, Robert Charlebois et Jean-Pierre Ferland étaient alors au sommet de leur popularité et de leur créativité. Ce spectacle mémorable avait été enregistré en juin 1976, juste avant la Saint-Jean-Baptiste. Ce double 33 tours se retrouvait dans beaucoup de foyers québécois et avait été télédiffusé par la suite à Radio-Québec (l’ancêtre de Télé-Québec). On se souviendra qu’un court montage d’extraits de ce film servait même à une publicité télévisée pour ce disque. Grâce à une aide du Fonds de la musique du Canada et du gouvernement du Québec, la compagnie GSI Musique a eu l’excellente idée de rééditer en format CD cet enregistrement devenu introuvable en y ajoutant, ô surprise!, l’équivalent audiovisuel de l’émission sur un DVD supplémentaire. On retrouve donc dans un seul coffret double les vingt chansons ou monologues contenus initialement sur 1 fois 5, à la fois sur CD et sur DVD. C’est une occasion unique d’entendre (et de voir) Claude Léveillée interpréter « L’étoile d’Amérique » : (« Je la vois, je la vois déjà cette étoile dans la nuit »). De plus, Vigneault livrera ses chansons emblématiques « Il me reste un pays », « Tout le monde est malheureux » et « Les gens de mon pays ». Toujours éblouissant, Ferland chante « Le petit roi », « Un Pepsi pour mon ami J.C. » et « Un peu plus haut, un peu plus loin ». Exceptionnellement, Léveillée et Charlebois font en duo « Les vieux pianos », chacun étant assis à son piano. Chahuté, Yvon Deschamps a proposa à un auditoire excédé un monologue satirique célébrant la venue imminente des Jeux olympiques de Montréal (prévus pour juillet 1976). Et tous chanteront à l’unisson « Gens du pays » et « Chacun dit “Je t’aime” ». En prime, on trouve sur le DVD des entrevues, des suppléments et des pièces inédites comme cette interprétation frénétique de « Fu Man Chu » par Robert Charlebois. En somme, ce magnifique coffret 1 fois 5 montre la chanson québécoise à son apogée.

Gilles Vigneault, Claude Léveillée, Robert Charlebois, Jean-Pierre Ferland, Yvon Deschamps. 1 fois 5. CD + DVD. GSI Musique et Télé-Québec. Réf. : GSIDVD-0578.

http://www.youtube.com/watch?v=3CpUhy_zjU8

Médias de l’histoire – #109 – printemps 2012

par Yves Laberge

Québec en première page du magazine de l’Unesco

 La prestigieuse revue Patrimoine mondial publiée par l’Unesco a placé une photographie du Vieux-Québec en couverture de son cinquantième numéro, consacré au thème du Patrimoine mondial du Canada. Ce magnifique dossier fait une cinquantaine de pages et présente tous les sites canadiens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. On y célèbre quatorze lieux de mémoire ou patrimoniaux, allant du parc national de Miguasha, en Gaspésie (p. 38-39) jusqu’au parc national de Kluane, au Yukon (p. 16). Soucieux de la préservation de ces lieux fragiles, la revue évoque même le terrible incendie qui détruisit l’ancien Manège militaire de Québec, le 4 avril 2008 (p. 71).

Outre l’arrondissement historique du Vieux-Québec, on trouve sur cette liste le canal Rideau, en Ontario, et le Vieux-Lunenburg, en Nouvelle-Écosse, qui conserve son architecture typiquement britannique datant de 1753 (p. 34-35). Contrairement à beaucoup de sites européens et asiatiques figurant sur la liste de l’Unesco, on note que le patrimoine mondial du Canada comprend principalement des sites naturels et des parcs nationaux, mais seulement deux sites urbains, dont le Vieux-Québec. Une carte simplifiée situe tous ces lieux répartis d’un océan à l’autre (p. 24-25).

Toutefois, quelques imprécisions subsistent dans ce beau dossier tout en couleurs : l’ancien village aborigène de SGang Gwaay (le mot « SGang » s’écrit vraiment avec deux majuscules successives) ne se trouve pas au Québec, mais bien sûr la côte pacifique, en Colombie-Britannique (p. 20). Mais ne boudons pas notre plaisir, car il existe trop peu de publications en français consacrées aux sites canadiens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

Cette revue luxueuse disponible en plusieurs langues ne se trouve pas en kiosque au Canada; on peut s’y abonner directement auprès de l’Unesco, à Paris, ou la commander par l’entremise du groupe montréalais Diffusion et promotion du livre universitaire (DPLU), en spécifiant bien que l’on demande la version en français.

Patrimoine mondial, n° 50, juillet 2008, 103 p.

http://whc.unesco.org/fr/revue/50/

et

http://whc.unesco.org/fr/revue

et

http://publishing.unesco.org/periodicals.aspx

et

http://www.dplu.ca/pdf/020.pdf

Radio-Canada entre au Musée de la civilisation

 Plus que partout au Canada, les Québécois aiment particulièrement leur télévision : leurs émissions, leurs animateurs, les personnages et leurs interprètes. Le Musée de la civilisation de Québec présente une exposition à l’occasion des célébrations des 75 ans de Radio-Canada, que l’on pourra visiter jusqu’au 23 septembre 2012. Il y est question à la fois des artisans de la radio, de la télévision, et de l’impact de Radio-Canada dans le monde. La visite peut durer plusieurs heures si l’on prend le temps de s’asseoir et de regarder les nombreux extraits d’émissions disponibles dans plusieurs cubicules. Malheureusement, comme c’est souvent le cas avec les activités émanant de Radio-Canada, on y parle trop des émissions nationales diffusées sur tout le réseau, et on évoque trop peu les émissions produites localement, certes moins connues, mais qui sont pourtant une composante essentielle (et méconnue) de notre mosaïque nationale. À propos de télévision, la revue d’histoire Cap-aux-Diamants avait déjà consacré l’un de ses premiers numéros aux médias (« Les communications », n° 23), et en 2002 un numéro thématique (notre n° 68, devenu très vite épuisé) pour les 50 ans de la télévision au Canada.

Radio-Canada, une histoire à suivre. Musée de la civilisation de Québec.

http://www.mcq.org/fr/mcq/expositions.php

et

http://www.mcq.org/fr/mcq/expositions.php?idEx=w3240

Des athlètes canadiens-français aux Jeux olympiques

 En cette année olympique, il convient de soutenir nos athlètes, mais aussi de se souvenir de nos héros nationaux et de nos olympiens du passé. À l’occasion des Jeux olympiques de Pékin, en 2008, la Société Radio-Canada avait diffusé une série radiophonique, De remarquables oubliés, portant entre autres sur des athlètes nord-américains s’étant illustrés durant diverses olympiades, au début du XXe siècle. Cette série est désormais disponible dans un coffret audio produit par Radio-Canada afin de perpétuer la mémoire de ces athlètes canadiens du siècle précédent. Un choix a été opéré par les recherchistes : la plupart de ces sportifs héroïques étaient soit d’origine canadienne-française, autochtone ou métisse. Ainsi, on évoque les exploits de l’homme fort Étienne Desmarteaux, du marathonien Édouard Fabre – originaire de Kanawake –, du boxeur Eugène Brousseau, de l’athlète Ray Lewis (le premier Noir canadien à obtenir une médaille aux Jeux olympiques), et tant d’autres. La plupart de ces athlètes se sont illustrés entre 1904 et 1960. L’écoute de ce coffret quintuple sur CD peut naturellement se faire par étapes, ou même en voiture – comme si c’était vraiment à la radio et en direct. Sur le plan de la présentation visuelle, on regrette un peu de ne pas pouvoir revoir les performances de cette époque; de plus, le petit livret d’accompagnement contient trop peu d’illustrations. Néanmoins, le résultat est à la fois instructif et original. Même s’il offre plusieurs liens et des références bibliographiques, le site Internet de Radio-Canada consacré à la même émission ne donne qu’un bref aperçu du contenu très riche de cette série axée principalement sur l’histoire du sport au Canada. La recherche historique de ce travail d’équipe a été confiée à Carole Gagnon et Lise Maynard. Par ailleurs, d’autres volets de la série De remarquables oubliés ont également sorti de l’oubli une soixantaine d’explorateurs, artistes, héros et pionniers canadiens, depuis la Nouvelle-France jusqu’à tout récemment. Cependant, ces épisodes ne sont pas tous disponibles dans de tels coffrets.

(Collectif) De remarquables oubliés. Série des Jeux olympiques. Société Radio-Canada (Radio Première Chaîne) et Distribution Sélect. Coffret 5 disques sur CD, 2010. SRCCD-2341-1 à 5.

http://www.radio-canada.ca/radio/profondeur/remarquablesoublies/desmarteau.html

et

http://www.radio-canada.ca/radio/profondeur/remarquablesoublies/Fabre.html

et

http://www.radio-canada.ca/radio/profondeur/remarquablesoublies/personnages.htm

Médias de l’histoire – #108 – hiver 2011

par Yves Laberge

Le Nord québécois au cinéma

 Il existe une multitude de films de tous les formats et de toutes les époques consacrés au Nord québécois et au Grand Nord canadien, notamment ceux produits par l’Office national du film du Canada (ONF). Parmi ces titres, retenons Le Pays de la terre sans arbre ou le Mouchouânipi (1980), réalisé par Pierre Perrault, et repris en DVD dans un coffret posthume intitulé L’Homme et la nature. Mais en fait, le grand cinéaste du Nord québécois au XXe siècle demeure indéniablement Arthur Lamothe, qui aura consacré sa vie à faire connaître et comprendre les diverses cultures amérindiennes du Québec, avec des films comme Mémoire battante (1983) et L’Écho des songes (1993). Son cycle sur les Légendes amérindiennes couvre trois décennies, de 1975 à 2005. Heureusement, on retrouve désormais plus d’une douzaine de ses films en accès gratuit sur le site de la bibliothèque numérique iThèque. Contrairement à Pierre Perrault, qui était un « permanent » de l’ONF, très peu de films d’Arthur Lamothe ont été produits et distribués par l’Office national du film, ce qui rend ses œuvres cinématographiques beaucoup plus difficiles à trouver et relativement moins diffusées.

Office national du film du Canada (ONF), coffret DVD quadruple L’Homme et la nature de Pierre Perrault. Volume 4. Toutes régions.

http://films.onf.ca/perrault/volume4.php

Le Pays de la terre sans arbre ou le Mouchouânipi (1980), film documentaire de Pierre Perrault. (Accès limité sur Internet : exclusivement aux abonnés de l’ONF). Mais on peut regarder la bande-annonce en accès libre.

http://www.onf.ca/film/pays_de_la_terre_sans_arbre_ou_le_mouchouanipi/

Arthur Lamothe, Légendes amérindiennes, 1975 à 2005. Adhésion (gratuite) à la Bibliothèque numérique iThèque requise.

http://www.itheque.net/catalogue.php?sectionID=4

et

http://www.itheque.net/catalogue.php

Préserver son Moulin à images chez soi

 Le spectacle multimédia du Moulin à images de Robert Lepage existe désormais en DVD, pour notre plus grand plaisir. On peut y revoir cet événement grandiose et inoubliable créé à l’occasion des célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec en deux versions, avec ou sans les commentaires de Robert Lepage. La réalisation de ce « film sur la projection » est soignée. Une fois passée la surprise créée par les mouvements de caméra et le montage (que l’on ne ressentait évidemment pas sur place, puisque chaque spectateur opérait son propre cadrage et ses zooms), on revit et on redécouvre les images fascinantes et à l’infini de ce spectacle ouvert et avant-gardiste racontant une histoire pourtant familière : la nôtre. Et comme il s’agit d’un contenu « en mouvance » d’une année à l’autre, on trouvera ici préservée sur DVD la version d’origine de 2008. Les suppléments (dont le documentaire Dans le ventre du Moulin) montrent les détails de la préparation, la conception et les premières réactions du public québécois. Même si rien ne peut remplacer la magie du « grand écran » de 600 mètres de large dans le Vieux-Port de Québec, on revoit toujours le Moulin à images avec plaisir, même dans le confort de son salon. On peut s’attarder sur des détails et apprécier davantage certains effets visuels et sonores. Assurément, Le Moulin à images de Robert Lepage et son équipe restera non seulement « l’événement phare du 400e anniversaire de la ville de Québec », mais il sera certainement considéré comme le spectacle d’art actuel et de musique contemporaine ayant réuni le plus grand nombre de spectateurs dans tout le pays.

Robert Lepage et al., Le Moulin à images – L’événement phare du 400e anniversaire de la ville de Québec. Double DVD, zones 1 à 6. Les Productions du 8e art, en coproduction avec Ex Machina, Saga Film Productions, Imavision et Office national du film du Canada (ONF), 2011. Environ deux heures.

Robert Lepage. La Caserne, Québec.

http://lacaserne.net/index2.php/robertlepage/

Imavision, Montréal

http://www.imavision.com/fr/estore,wcicatalogue,type-p,id-9421,loadcat-1.html

Office national du film du Canada (ONF)

http://www2.nfb.ca/boutique/XXNFBibeCCtpItmDspRte.jsp?section=14585&item=167998&JServSessionIdrootstoreprod=42dbpsam71.qRfJqAjKqAXycBbOpR9zq79Jn2TInA8ImQ4UahqKax4-

Des classiques du cinéma en DVD

 Le temps des Fêtes est propice pour revoir en famille des films d’antan qui ont complètement disparu de nos petits écrans. Parmi une multitude de coffrets à offrir (ou à recevoir), nous en retiendrons trois axés sur le cinéma français de divertissement.

Dans la collection « Les Grands Classiques » de la compagnie Imavision, on pourra découvrir le coffret Jean Gabin, 4 de ses plus grands films, qui comprend quatre vrais classiques : La Traversée de Paris (avec Jean Gabin, Bourvil et Louis de Funès) qui évoque avec humour l’époque de l’Occupation, mais aussi l’excellent Crime et châtiment (Dostoïevski), librement adapté et transposé dans le Paris des années 1950. Dans le même ensemble, on regardera également deux mélodrames habilement réalisés : La Vérité sur Bébé Donge et La Minute de vérité, qui dans ce dernier cas, réunit de nouveau le couple mythique d’avant-guerre composé de Jean Gabin et Michèle Morgan (autrefois immortalisés dans le film Quai des brumes de Marcel Carné, non inclus dans ces coffrets). C’est que la magie de la fameuse réplique « T’as de beaux yeux, tu sais » appartenait à une époque révolue…

Un autre coffret de la même période (Jean Gabin 3 films) reprend trois films plus légers et plutôt obscurs de Jean Gabin : Archimède le clochard (1959), Les Grandes Familles (1958) et Le Baron de l’écluse (1959). Mais il n’existe pas de Gabin mineur; l’acteur excelle toujours, même lorsqu’il cabotine.

Et puisqu’il est question de cabotin, on retrouve maintenant au Québec plusieurs coffrets avec Fernandel, dont Fernandel, 3 de ses plus grands films, qui contient trois longs métrages (pourtant assez moyens) : Le Grand Chef (1958), Raphaël le tatoué (1938), Cœur de coq (1947). On préférera plutôt de Fernandel le fameux cycle de Don Camillo, les deux films réalisés sur un scénario de Sacha Guitry (Tu m’as sauvé la vie) ou encore ceux tournés avec le réalisateur Jean Boyer, qui lui ont permis de donner le meilleur de lui-même durant cette même décennie. Tous ces films avaient été diffusés au Québec lors de leur sortie en salle ou par la suite; ils sont désormais réédités sur DVD par la compagnie montréalaise Imavision.

Coffret double Jean Gabin 4 de ses plus grands films, collection « Les Grands Classiques » Gaumont et Imavision. Zone 1, NTSC, plus de six heures.

http://www.imavision.com/

Coffret 2 Jean Gabin 3 films, collection « Les Grands Classiques » TF1 et Imavision. Multizones, NTSC, plus de cinq heures.

http://www.imavision.com/fr/eStore,wciCatalogue,Type-P,ID-4221,LoadCat-1.html

Coffret Fernandel 3 de ses plus grandsfilms, collection « Les Grands Classiques » Gaumont et Imavision. Multizones, NTSC, plus de quatre heures.

http://www.imavision.com/

Médias de l’histoire – #107 – automne 2011

par Yves Laberge

La Révolution tranquille après un demi-siècle 

 Le gouvernement du Québec a eu la bonne idée de créer un site Internet entièrement consacré à la Révolution tranquille, en guise de complément à une exposition itinérante présentée depuis 2010 à l’occasion d’événements culturels comme le Salon du livre de Montréal. Accessible aux adolescents et au grand public, ce site présente distinctement les cinq grands thèmes de cette ère de changement ayant marqué l’avènement de l’identité québécoise : l’État québécois, la démocratisation de l’éducation, la prise en main de l’économie, l’affirmation de la langue française et de la culture québécoise, sans oublier la nationalisation de l’électricité. Toute une section porte sur les « acteurs du changement », fournissant un véritable « Qui fait quoi » de la Révolution tranquille. En outre, la programmation du site annonce les dates d’une série d’activités et de colloques, mais on a oublié d’indiquer les années de certains de ces événements! On ignore donc si ces commémorations sont déjà passées ou vraiment à venir… Un dépliant a également été publié.

La Révolution tranquille. Gouvernement du Québec.

http://www.revolutiontranquille.gouv.qc.ca/

et

http://www.revolutiontranquille.gouv.qc.ca/index.php?id=9

L’Orchestre symphonique de Montréal en 1956

 L’un des plus anciens enregistrements télévisuels de Radio-Canada encore existant à ce jour est ce concert classique télévisé du 22 mars 1956 qui mettait en vedette le chef invité Thomas Beecham (1879-1961) dirigeant la Symphonie n° 38 de Wolfgang Amadeus Mozart, dite « Prague ». Ce beau concert est réédité en DVD par la compagnie américaine Video Artists International (VAI). Le programme comprenait aussi une suite de Georg Friedrich Haendel, précédée de deux airs de Mozart interprétés par la soprano Maria Stader (1911-1999). L’interprétation faite par l’Orchestre symphonique de Montréal est très maîtrisée et de haut niveau, mais la qualité du son décevra peut-être certains audiophiles exigeants : grésillements occasionnels, distorsion momentanée, aigus stridents dans quelques passages les plus intenses. L’intérêt de cet enregistrement est plutôt historique : on voit comment les orchestres symphoniques étaient dirigés il y a 55 ans et comment la musique de Mozart pouvait être interprétée. La présentation en anglais puis en français faite par Henri Bergeron  « l’animateur des grands événements »  est à l’image de ce que fut Radio-Canada, qui présentait durant les années 1950 des programmes bilingues, comme L’Heure du concert /The Concert Hour. Ce DVD rare existe en « Zone 0 », ce qui signifie « compatible pour toutes les régions » et tous les types de lecteurs; on pourra le commander sur Internet ou directement chez le producteur.

Sir Thomas Beecham in Montreal. VAI et Société Radio-Canada. DVD n° 4230. Noir et blanc, 58 minutes.

http://www.vaimusic.com/VIDEO/DVD_4230_69434_beecham.htm

Enfin, nos vraies chansons folkloriques réunies! 

 Grâce aux recherches archivistiques et discographiques des Québécois Martin Duchesne et Robert Thérien, nous redécouvrons avec enchantement 50 chansons populaires québécoises devenues pratiquement introuvables depuis la disparition soixante-dix-huit tours. Parmi les titres proposés ici dans leur version d’origine, signalons Envoyons d’l’avant nos gens de Charles Marchand, Vive la Canadienne par Éva Gauthier (enregistrement de 1917), On est Canayen ou ben on l’est pas d’Eugène Daigneault, Dans Paris, y’a-t-une brune par Anna Malenfant (chanson reprise en 1980 dans une version « rock » par le groupe Garolou). Plusieurs de ces titres ont souvent servi dans d’autres chansons : Maluron malurette, Le fils du roi s’en va chassant. On remarque aussi plusieurs interprétations de Jacques Labrecque, dont À Saint-Malo, beau port de mer, À toi belle hirondelle, et la valse Partons la mer est belle. Plusieurs de ces mélodies sembleront familières, car certains titres ont été repris ou font partie de notre mémoire collective, mais on ne pouvait pas trouver sur CD les versions originales (souvent les meilleures). Cet admirable travail de « résurrection » du folklore québécois se compare aisément à ce que font pour le folklore américain d’avant les années 1950 des compagnies indépendantes comme Yazoo Records (États-Unis) et JSP Records (en Grande-Bretagne). Ces enregistrements sont d’époque et en mono, parfois radiophoniques ou repiqués d’un disque; mais la richesse et l’authenticité de ces mélodies compenseront leurs limites techniques. Les chorales du XXIe siècle pourront puiser dans ce répertoire presque inépuisable de nombreuses « bonnes chansons » qui donneront une épaisseur historique à leur répertoire. Les paroles ne sont toutefois pas incluses. Ce double CD faisant revivre le Quatuor Alouette, le Trio lyrique, les Grenadiers impériaux et tant d’autres artistes sera indispensable pour toute bibliothèque publique.

Québec, cent ans de chansons folkloriques. CD double sous coffret avec livret. Plus de deux heures. Produit conjointement par Frémeaux et associés (Vincennes), avec Amberola (Montréal). N° FA193.

http://www.fremeaux.com/index.php?option=com_virtuemart&page=shop.livrets&content_id=3500&product_id=1028&category_id=26

Évangéline en DVD, d’après un film muet d’Edwin Carewe

 En 1929, Hollywood produisait une version filmée et romancée d’Évangéline, d’après le fameux poème de Harry Longfellow. Récit individuel situé dans un tourment historique, un couple de jeunes amoureux de Grand-Pré se voit séparé par la déportation de 1755; durant toute sa vie, la jolie Évangéline recherchera Gabriel, son amoureux. Quelques séquences sont mémorables : l’assemblée dans l’église où l’armée anglaise réunit la population pour lui annoncer l’ordre de déportation, ou encore l’errance nocturne d’Évangéline après sa déportation aux États-Unis. Considéré comme une rareté, car il s’agissait de l’un des derniers films muets produits à Hollywood, ce long métrage est réédité en DVD par le producteur français Les Films du Paradoxe, en collaboration avec Milestone Films et le Centre National de la Cinématographie, à Paris. Contrairement à la version que l’on trouve en VHS ou en DVD aux États-Unis, cette version française est accompagnée d’intertitres en français; mais pour pouvoir la décoder, il faut un ordinateur compatible ou un lecteur DVD pouvant s’adapter aux disques de format européen PAL en « Zone 2 ». Il s’agit d’une occasion inhabituelle pour un film américain d’aborder un sujet canadien (le Grand Dérangement), qui a d’ailleurs été peu mentionné dans le cinéma canadien. Les Acadiens étaient représentés d’une manière bienveillante, voire idéalisée : des gens qui ne verrouilleraient pas les portes de leurs maisons… Le rôle-titre était tenu par une star de l’époque, l’actrice Dolores Del Rio, qui était d’origine… mexicaine!

Évangéline (1929), film muet d’Edwin Carewe. DVD Zone 2. 90 minutes. Paris : Les Films du Paradoxe, EDV311.

http://www.filmsduparadoxe.com/catalogue.pdf